Horzen. Archives de Pflilger T. XXXVIII
Jusqu'à présent les physiologistes n'ont pas encore tranché la question. Il est probable toutefois, d'après ce que nous enseigne l'étude clinique delasyringomyélie, que si ces conducteurs sont distincts, ils sont au moins très voisins dans la moelle.
L'anesthésie au froid peut être recherchée avec un morceau de glace que l'on promène sur le tégument. Si on veut avoir des données un peu plus précises, on peut avoir recours à un ballon, dans lequel plonge un thermomètre : c'est l'appareil dont nous nous sommes servi pour rechercher l'anesthésie à la chaleur; on refroidit graduellement l'eau en y ajoutant des fragments de glace ; on peut introduire dans le ballon de la glace pilée, ou même se servir d'un mélange réfrigérant, ce qui permet d'explorer le sens thermique pour des températures inférieures à 0°.
On pourra ainsi se rendre compte du degré d'anesthésie au froid, et on constatera que, dans certains cas, il existe une véritable hyperesthésie pour le froid, de même qu'il peut y avoir hyperesthésie à la chaleur. Un des malades de M. Charcot (V. observation IX), présentait d'une façon évidente cette hyperesthésie au froid.
Enfin il est bon de remarquer que chez certains malades il peut exister une véritable perversion du sens thermique : les objets froids produisent une impression de chaleur et réciproquement.
La sensibilité thermique des muqueuses n'a été vérifiée jusqu'àprésent que dans un nombre fort restreint de cas ; elles paraissent bien plus rarement anesthésiques que la peau. Cependant Schultze a signalé la thermo-anesthésie de la muqueuse buccale; et dans notre observation I, nous avons pu constater une légère thermo-anesthésie de cette même muqueuse; cependant le malade se rendait assez bien compte de la température des aliments pour ne jamais se brûler la langue.
La thermo-anestliésie est d'ordinaire accompagnée d'autres troubles de la sensibilité ; cependant elle peut exister indépendamment d'autres altérations de la sensibilité, et Rotli rapporte deux observations, dans lesquelles i'anesthésie tbermique existait isolément pendant treize ans dans un cas, et pendant six ans dans l'autre. Ce n'est quelquefois qu'après un assez grand nombre d'années, qu'à la disparition du sens thermique viennent s'ajouter d'autres troubles de la sensibilité. La syringomyélie, à part l'hystérie, est à, peu près la seule maladie actuellement connue qui se traduise par de la thermoanesthésie ; c'est un des meilleurs signes de cette affection : aussi Roth s'est-ii cru autorisé à porter le diagnostic de syringomyélie chez ses deux malades.
Un dernier point nous paraît intéressant à noter : malgré l'absence du sens thermique, les quelques syringomyéliques que nous avons eu l'occasion d'interroger se rendaient parfaitement compte de la température ambiante ; ils avaient froid en hiver, chaud en été; l'un d'eux racontait même que depuis quelques années il était fortement incommodé parla chaleur.
De l'Analgésie
L'analgésie accompagne d'une façon presque constante la thermo-anesthésie. Depuis longtemps déjà elle avait attiré l'attention ; et en parcourant d'anciennes observations de gliome de la moelle, on retrouve ce fait signalé explicitement dans nombre de cas. L'un des faits les plus intéressants et les plus remarquables est celui de Schûppel (1) et Spath, où il existait une analgésie généralisée à tout le corps ; le malade a subi sans éprouver la moindre douleur plusieurs amputations de doigts et plusieurs incisions de phlegmons.
L'analgésie est souvent absolue, c'est-à-dire que le malade n'a plus conscience de la douleur : on peut le piquer, le pincer