‹ Contribution à l'étude de la syringomyélieChapitre 13 sur 63 · Schuppel. Archiv. de}' Heilkunde · texte numérisé non relu

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violemment, traverser la peau avec une épingle ; il n'accuse qu'une sensation de contact. D'autres fois l'analgésie est moins complète; la douleur est mitigée, très supportable, mais le malade éprouve une sensation légèrement douloureuse.

L'analgésie n'est pas uniquement superficielle; elle n'intéresse pas que la peau; de même d'ailleurs que la tliermo-anes- Ihésie, elle peut être profonde; et ce fait s'est vérifié nombre de fois. Dans notre observation I, le malade s'était fait inconsciemment deux brûlures très profondes ; la cicatrisation des plaies a nécessité plusieurs mois ; à aucun moment ces plaies n'ont été douloureuses. Les complications inflammatoires, telles que phlegmons, panaris, qui sont si communes chez ces malades, sont indolores pendant toute la durée de leur évolution, et l'intervention chirurgicale, incision, voire même amputation, nécessitée par quelques-unes d'entre elles, n'a pas occasionné aux malades la moindre souffrance. L'analgésie s'étend même jusqu'au système osseux, et il existe un certain nombre de fractures indolores chez des syringomy cliques.

Quelle est la distribution de l'analgésie ? Elle offre une certaine variété dans ses dispositions. Tout d'abord elle peut être généralisée à tout le tégument cutané : c'est ce que. nous avons observé chez B... (V. obs. I); c'est également ce qu'avaient constaté Schûppel et Spath. Mais cette forme paraît plutôt être exceptionnelle. Plus souvent, l'analgésie affecte la forme hémiplégique, et, comme nous l'avons indiqué à propos de la thermo-anesthésie, elle se limite très exactement à la ligne médiane du corps. Mais dans la forme la plus habituelle, elle occupe un des membres supérieurs avec la partie contiguë du thorax, quelquefois les deux membres supérieurs, avec la paroi thoracique, affectant dans ces cas la forme de « veste » que nous avons déjà signalée dans l'anesthésie thermique. \

Yoici la marche que l'analgésie suit ordinairement : elle paraît débuter par une des extrémités supérieures, siéger à la main, par exemple, et même se borner à cette localisation

pendant une période fort longue ; puis elle envahit de proche en proche l'avant-bras et le bras, dont elle occupe des segments limités en haut par une ligne régulièrement circulaire, perpendiculaire à l'axe du membre; puis elle gagne l'épaule, \ empiétant rapidement sur le thorax; bientôt toute la moitié du thorax du côté correspondant (poitrine et dos) participe à l'analgésie : tel paraît être un des modes de distribution les plus usuels. A ce moment, quelquefois même à une période bien antérieure, l'extrémité du côté opposé devient également anesthésique ; au bout d'un certain temps l'anesthésie revêt une distribution absolument symétrique : ainsi se trouve réalisée \a<f.veste analgésique-», quel'onvoitsi communément dans les schémas. Du thorax l'analgésie suit une marche descendante, et souvent alors la paroi abdominale participe à cette insensibilité. Les membres inférieurs peuvent également être analgésiques ; ce n'est qu'une question de localisation de la lésion ; l'analgésie débute par la périphérie : des pieds elle passe sur la jambe, la cuisse, la partie adjacente de la paroi abdominale. Gomme aux membres supérieurs, les zones d'anesthésie s'arrêtent rarement au niveau d'une articulation mais bien au-dessus ou au-dessous de celle-ci : c'est encore un caractère commun avec les anesthésies hystériques. Enfin l'analgésie peut s'étendre à la tête : la face innervée par le trijumeau, les régions occipitale et temporale, l'oreille, en un mot les territoires qui sont sous la dépendance du grand nerf occipital et du petit nerf occipital peuvent participer à Tanesthésie, à la douleur.

Enfin il faut encore signaler l'analgésie de certaines muqueuses : Schultze, dans un cas, avait remarqué une insensibilité absolue de la langue, que l'on pouvait traverser de part en part avec une aiguille.

Quels sont les rapports qu'affectent dans leur distribution la thermo-anesthésie et l'analgésie ? Le plus souvent, c'est presque la règle, ces deux symptômes coïncident, et dans les régions où il y a thermo-anesthésie absolue, il y a presque toujours analgésie. Les mêmes régions sont à la fois thermo-

anesthésiques et analgésiques: seules les limites de ces régions peuvent empiéter l'une sur l'autre; jusqu'à présent on ne connaît pas de lois qui président à cet arrangement ; tantôt la région analgésique est un peu plus étendue que la région tliermo-anestliésique ; tantôt c'est le contraire que l'on observe.

Ici encore, les physiologistes se sont demandé comment se comportaient dans les cornes postérieures les conducteurs pour les impressions douloureuses et thermiques : sont-ils confondus? sont-ils distincts? La dernière opinion est la plus vraisemblable, si on se rappelle qu'avec une analgésie généréalisée, il peut y avoir thermo-anesthésie limitée.

Ces deux ordres de symptômes sont-ils contemporains? L'analgésie précède-t-elle la thermo-anesthésie ou inversement? C'est ce qu'il est difficile d'affirmer à l'heure actuelle ; le nombre de documents, oii la sensibilité a été soigneusement étudiée, est encore insuffisant . Cependant, avec Roth, il faut admettre que la thermo-anesthésie peut exister seule, et cela pendant de longues années. Dans nombre de cas, on a bien signalé l'existence de l'analgésie ; mais comme il n'a pas été question du sens thermique, nous ne sommes pas en droit d'en inférer qu'il a été indemne ; l'examen de la sensibilité, en effet, a pu dans ces cas avoir été incomplètement fait.

Au lieu d'analgésie les syringomyéliques peuvent présenter de Y hyperesthésie à la douleur. Cette hyperesthésie pourrait s'expliquer, d'après M.Charcot, en admettant que la période de destruction soit précédée d'une période en quelque sorte irritativc. Cette hyperestliésie existait de la façon la plus nette aux membres inférieurs (Y. obs. IX) ; chez une autre malade (V. obs.V), nous signalons l'existence d'une zone d'hyperesthésie occupant la base du thorax et l'hypochondre droit. Mais cette hyperesthésie a été particulièrement étudiée par de Renz et Wichmann (1), qui y attachent une grande importance au point de vue du diagnostic de l'étendue de la lésion. Ces

1. Wichmann. Gesc/mulsl und HoehlenbUdUng im Rûokenmark, 1887.

auteurs admettent qu'au niveau des limites de la lésion, il y a un véritable processus irritatif en tout comparable à l'inflammation qui se l'ait autour d'un corps étranger : cette irritation se traduirait dans les zones correspondantes des téguments par une véritable hyperesLhésie. Dans le fait de Wichmann (V.obs. XX) il y eut deux zones hyperesthésiques, l'une répondant au territoire innervé par la quatrième paire cervicale, l'autre au territoire de la première paire lombaire : dans toute la région intermédiaire il y eut diminution de la sensibilité ; aussi de Renz en a-t-il tiré la conclusion que le siège de l'altération médullaire devait s'étendre de la quatrième paire cervicale à la première paire lombaire; l'autopsie confirma en tout point le diagnostic de Renz. Ces mêmes auteurs ont d'ailleurs eu l'occasion de constater un certain nombre de fois une légère bande d'hyperesthésie siégeant à la limite des régions anesthésiques.

Enfin, il faut savoir que les limites de l'anesthésie de même que celles de la thermo-anesthésie ne sont pas absolument fixes et qu'elles peuvent subir d'un jour à l'autre de légères variations.

Pour compléter l'étude des troubles de la sensibilité, pour achever la description de notre syndrome « dissociation syrin- (jormjélique », il est de la plus haute importance de signaler ici un symptôme négatif: l'absence de troubles de la sensibilité au contact. Ce signe négatif a droit de domicile dans ce chapitre, consacré à l'étude des symptômes poliomyéliques postérieurs, si on accepte l'hypothèse infiniment vraisemblable de Schiff, d'après laquelle les seules impressions de douleur et de température chemineraient par la substance grise postérieure, tandis que les impressions tactiles suivraient la voie des cordons postérieurs dans la substance blanche.

Or, dans un nombre d'observations déjcà respectable on a remarquéquelasensibiiitétactileétaittotalementindemne, alors que les autres modes de sensibilité avaient subi de profondes altérations. Le syringomyélique se rend compte du moindi-e

frôlement ou attouchement, il localise exactement le point de départ de l'impression ; il n'y a aucun retard dans la perception. ICn même temps il est facile de constater l'intégrité du sens musculaire; toujours le malade a conscience de la position de ses membres; il reconnaît la forme des objets, il apprécie très exactement les impressions de poids, de pression. Dans certaines observations cependant il a été spécifié que la sensibilité tactile a été plus ou moins atteinte ; un attouchement au pinceau pouvait ne pas être perçu; mais une impression plus forte pouvait l'être : en somme, le plus souvent la sensibilité tactile est simplement émoussée. Ces troubles du sens du tact se trouvent d'ordinaire dans les zones oii existent l'analgésie et la Ihermo-anestliésie ; ils sont dus à des altérations de la substance blanche, sur lesquelles nous aurons l'occasion de revenir. Mais d'après les observations les mieux contrôlées, nous n'hésitons pas à affirmer que la sensibilité tactile est exceptionnellement atteinte : ce sont précisément ces troubles dissociés de la sensibilité dans ses divers modes, qui impriment un cachet vraiment spécial à la symptomatologie de la syringomyélie.

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