Leloir. Tràilé de la lèpre
diagnostic eût été absolument impossible, si les manifestations antérieures de la lèpre tuberculeuse, l'étiologie spéciale de la lèpre, n'eussent permis de rapporter à leur véritable origine l'ensemble des symptômes nerveux présentés par ces malades. On conçoit que les notions étiologiques aient ici la plus haute importance.
Les caractères différentiels des deux maladies consistent surtout dans les troubles de la sensibilité. En effet, dans la lèpre nerveuse, la lésion paraît bien être une névrite; c'est dire que la sensibilité tactile participera aux altérations des autres modes de la sensibilité; dans des cas très rares, où, comme dans celui de Rosenbach, on a constaté au niveau des macules la conservation de la sensibilité tactile avec altération de la sensibilité à la douleur et à la température, on peut encore reconnaître la névrite lépreuse de par les caractères suivants : les zones d'anesthésie et de thermo-anesthésie sont irrégulièrement disposées sous forme de plaques, et la transition des parties anesthésiées aux parties saines se fait brusquement; en effet ces ilôts d'anesthésie sont circonscrits par une ligne rougeâtre, un peu surélevée et très sinueuse; on a comparé cet aspect aux cartes géographiques. C'est absolument le contraire de ce qu'on observe dans la syringomyélie oij les zones d'anesthésie et de thermo-anesthésie occupent de larges surfaces, limitées par des lignes régulières.
Dans ces dernières années, M. le docteur Morvan(de Lannilis) a décrit sous le nom de panaris analgésique ou de parésie analgésique à panaris des extrémités supérieures, une affection bizarre, caractérisée par l'existence de panaris, généralement multiples, indolores, amenant d'ordinaire de profondes mutilations ; elle s'accompagne de troubles de la sensibilité et d'un état parétique du membre atteint. L'affection d'abord limitée à une main passe ensuite à la main du côté opposé. Les malades atteints de panaris de Morvan peuvent en outre présenter des troubles trophiques, des crevasses aux doigts ou entre les doigts, rebelles à la cicatrisation, des éruptions huileuses, des arthropathies et dans la moitié des cas environ
de la scoliose ou de la cyphose. Enfin la marche de la maladie est extrêmement lente.
Il est incontestable qu'il y ait de grandes analogies entre ce tableau clinique et la syringomyélie : certains auteurs, parmi lesquels il convient de citer Bernhardt, Roth, Broca, tendent à identifier ces deux maladies. Mais nous croyons, avec M. le professeur Charcot, avec M Déjerine et M. Morvan, que ce sont deux maladies distinctes, qu'il faut essayer de différencier. Dans la maladie de Morvan, il y a une altération des nerfs périphériques : c'est ce que nous savons par l'examen du doigt d'un malade de M. Monod^ fait par M. Gombault, qui y a trouvé une lésion profonde des nerfs, et par une autopsie récente de M. Gombault, rapportée à la Société médicale des hôpitaux, où il y avait simultanément des lésions portant sur les nerfs périphériques et sur la moelle qui était le siège d'une sclérose de la zone corticale avec un épaississement des parois vasculaires.
Au point de vue clinique, les sensibilités thermique et douloureuse sont extrêmement altérées dans la maladie de Morvan ; mais dans presque toutes les observations la sensibilité tactile est également altérée : donc pas de dissociation des troubles sensitifs, ce qui est tout naturel, puisque la névrite domine. De plus, le panaris est loin d'être constant dans la syringomyélie ; nous ne l'avons rencontré que quatre fois; et, d'après Rolh, il n'existerait qu'une fois sur deux cas; ensuite ce panaris aboutit rarement aux mutilations graves que l'on rencontre dans la maladie de Morvan.
M. Morvan (1) dans un traA^ail récent a plaidé l'autonomie de sa maladie, et son dernier mémoire se termine par les conclusions suivantes :
i° La paréso-analgésie séparée anatomiquement de la syringomyélie, peut l'être aussi cliniquement grâce à l'importance des troubles trophiques dans la première de ces maladies et surtout grâce à l'état de la sensibilité au tact qui est lésée