Morvan. Gazette hebdomadaire A
dans la paréso -analgésie et respectée dans la syringomyélie.
2° Réduite à sa plus simple expression, la paréso-analgésie n'est plus que la lésion de la trophicité médullaire. En s'étendant du centre de la moelle aux cordons antérieurs elle détermine la parésie et l'atrophie musculaire; en s'étendant aux cordons postérieurs, l'analgésie et les autres espèces d'anesthésies.
Cependant il faut savoir que la syringomyélie à son début peut parfois revêtir les caractères du panaris analgésique; le panaris peut être le premier symptôme d'une syringomyélie; le fait a été signalé par Mader (1). Schultze cite l'observation d'un liomme qui cinq ans auparavant avait eu deux panaris de la main gauche, alors que la sensibilité était encore normale ; depuis sont survenus des troubles de la sensibilité, de l'atrophie musculaire, une paraplégie spasmodique; à l'autopsie la moelle présenta une cavité centrale entourée de tissu gliomateux.
D'une façon générale, grâce à la dissociation syringomyélique, on peut distinguer ces deux affections : cependant il n'est pas absolument certain que parmi les cas de maladie de Morvan ne figurent pas quelques cas de syringomyélie.
M. le professeur Charcot a tout récemment attiré l'attention sur le diagnostic différentiel de la syringomyélie et de Y hystérie « cette grande simulatrice des maladies organiques des centres nerveux » ; et il y attache une grande importance, parce que l'hystérie peut dans certains cas réaliser le tableau complet de la syringomyélie. La dissociation spéciale des divers modes de la sensibilité, si importante comme caractéristique clinique de la syringomyélie, peut se rencontrer chez les hystériques : elle existe naturellement chez le sujet ou elle peut avoir été déterminée chez lui artificiellement, au moyen d'une suggestion faite pendant l'état hypnotique. Sur 17 hystériques examinés à ce point de vue par M. Charcot, il y en avait quatre qui ont présenté la dissociation syringo-
1, Mader. Wiener. med.Blulter 1885.
myélique, dont deux naturellement, deux à la suite de suggestion. Si à cela on ajoute que les anesthésies syringomyéliques sont disposées à la surface du corps, comme le sont les anesthésies hystériques par zones géométriquement limitées, par segments de membres, sous forme hémiplégique, on comprend les difficultés que peut présenter un pareil diagnostic. Il importe, en outre, de ne pas oublier la possibilité d'atrophies musculaires hystériques, décrites par MM. Charcot et Babinski, de troubles trophiques, de troubles vaso-moteurs, d'œdèmes hystériques signalés par Weir Mitchell; on voit donc comment l'hystérie peut arriver à réaliser le tableau de la syringomyélie.
Il est cependant possible d'établir un diagnostic différentiel. Tout d'abord dans la syringomyélie, on a signalé l'absence de troubles sensoriels: la vue, l'ouïe, l'odorat, le goût ne présentent aucune altération ; dans l'hystérie, au contraire, comme on le sait, les anesthésies sensitivo-sensorielles sont la règle; il y a toujours des troubles sensoriels, parmi lesquels l'un des plus constants est le rétrécissement du champ visuel. De plus dans l'hystérie les accidents paralytiques ont un début brusque, presque subit; dans la syringomyélie par contre la marche des accidents est lentement progressive. L'hystérique peut guérir subitement, inopinément; or, dans la syringomyélie les guérisons véritables et avant tout les guérisons brusques sont totalement inconnues. M. le professeur Charcot rapporte à l'appui de cette opinion l'histoire d'un malade, qui, à la suite de la mort de sa femme et d'un de .ses enfants, était devenu sujet à des vertiges, à des bouffées de chaleur au visage; puis subitement il a été pris d'une paralysie du poignet aussi bien pour l'extension que pour la flexion avec tuméfaction œdémateuse du dos de la main, avec coloration violacée et température relativement basse de cette main. Les impressions tactiles sont normalement perçues; mais la sensibilité à la douleur, au chaud et au froid sont totalement abolies à la main, au poignet et à la partie inférieure de r avant-bras.
Tous ces symptômes pourraient faire croire à une syringomyélie; ce qui l'en distingue, c'est que la paralysie de la main était déjà, ilyatrois ans, survenue brusquementpendan le sommeil ; puis, un beau jour, inopinément, au moment où le malade oubliant un instant son impuissance motrice voulait prendre un verre pour le porter à sa bouche, il tut guéri de sa paralysie. « Si j'avais été à Lourdes, dit le malade en rappelant cet 'événement, j'aurais cru à un miracle. » Ce malade présentait comme stigmate hystérique une perte très nette du goût du côté droit de la langue. Depuis, il a de grandes attaques d'hystérie vulgaire.
En résumé, l'hystérie peut simuler la syringomyélie ; mais les troubles sensoriels, le début brusque des accidents chez un sujet prédiposé à l'hystérie par d.e^«traumatismes moraux» la disparition non moins brusque des accidents, permettront dans la majeure partie des cas de séparer l'hystérie de la syringomyélie. M. Charcot croit d'ailleurs que parmi les cas décrits comme appartenant à la syringomyélie, il en est un certain nombre qui relèvent de Fhystérie. Bernhardt (V. obs. XXIII) avait déjà eu soin de bien spécifier que les malades qui avaient la dissociation des troubles de la sensibilité, et qu'il considérait comme syringomyéliques, ne présentaient aucun stigmate d'hystérie.
Il faut enfin signaler les cas, où l'hystérie viendrait à se développer chez un malade présentant déjà de l'atrophie musculaire ou une autre afîection myopathique.
Peut-on tenter de diagnostiquer les différentes variétés de cavités médullaires entre elles ? Ce diagnostic est au moins prématuré. L'hydromyélie est encore inconnue au point de vue clinique. LamyéUte cavitaire centrale, dit M. Charcot, viendra probablement un jour figurer dans la clinique, « il « est même fort vraisemblable, qu'il en sera ainsi, et on peut « prévoir qu'alors la symptomatologie ne s'éloignera pas con- « sidérablement de celle de la gliomatose. * En eftet, deux maladies qui affectent la môme localisation spinale se tradui-
-se-
ront par des symptômes analogues. Ce sera alors dans le mode de début, la marche de la maladie que l'on trouvera les éléments d'un diagnostic différentiel. Il n'y a pas lieu de chercher à séparer cliniquement la syringomyéHe gliomateuse du gliome médullaire : c'est la même affection, et ce n'est pas la cavité qui donne naissance à des symptômes spéciaux.
Cependant on a déjà tenté de faire une ébauche de diagnostic différentiel entre ces diverses variétés de syringomyélie. Ainsi Kahler croit qu'une marche très lente, un développement graduel des manifestations morbides se rencontrent plutôt dans la dilatation du canal, et que des phénomènes douloureux plus marqués sont plutôt caractéristiques du gliome central. Eickholt avait déjà fait remarquer que l'hydromyélie, de par son siège, ne devait pas donner naissance à des troubles trophiques.
Quant à la forme myélitique, M. le professeur Charcot, a esquissé les caractères qui semblent devoir lui appartenir : début à un âge plus avancé, souvent des irradiations douloureuses, marche plus rapide de Taffection qui en deux ou trois ans, aboutit au maximum des désordres, puis état absolument stationnaire pendant un grand nombre d'années.
Mais, comme le dit M. Charcot. il est bon de faire quelques réserves, jusqu'à ce qu'un certain nombre d'autopsies ait permis de vérifier le diagnostic.
Quant au diagnostic du siège, il a été fait dans un certain nombre de cas, grâce aux notions que nous possédons sur les localisations médullaires. C'est le cas de Renz, rapporté par Wichmann (V. observation XX), qui est extrêmement curieux à ce point de vue : de Renz a pu déterminer d'une façon précise les limites supérieure et inférieure de la lésion en s'appuyant sur l'existence de deux zones d'hyperesthésie. Schultze a pu aussi avec un certain degré d'approximation prévoir l'étendue d'un gliome. Mais ce diagnostic ne sera possible, que lorsque nous aurons des données plus nombreuses et plus précises sur les centres médullaires.