‹ Contribution à l'étude de la syringomyélieChapitre 61 sur 63 · OBSERVATION I. (PERSONNELLE · texte numérisé non relu

OBSERVATION I. (PERSONNELLE

Atrophie musculaire du type Aran-Duchenne . — Intégrité de la sensibilité tactile. — Analgésie. — Thermo-anesthésie. — Scoliose.

Le nommé B... (Paul), âgé de 38 ans, employé aux écritures, entre le 18 janvier 1889, dans le service de M. le D' Debove^ à l'hô^pital Andral.

Antécédents héréditaires. — Père, 78 ans, bien portant : n'a jamais été malade ; n'est pas nerveux.

Mère, morte à 46 ans d'une maladie indéterminée ; a été très sujette aux migraines ; n'a présenté aucun symptôme de nervosisme.

Deux frères : l'un est bien portant ; l'autre est mort à 43 ans de phtisie galopante.

Deux sœurs : l'une est bien portante ; l'autre est morte en bas âge.

On ne retrouve dans la famille aucun cas d'aliénation mentale : cependant pour être complet, il faut signaler le suicide d'un de ses cousins.

Antécédents personnels, — Notre malade a été légèrement strumeux dans le jeune âge : a marché tard ; mais pas de rachitisme.

A 14 ans et demi, il a eu une fièvre typhoïde grave, à forme nerveuse, avec délire prolongé, ayant duré environ deux mois. A l'âge de 16 ans et demi est survenue une scoliose^ qui s'est produite assez rapidement et dont la courbure se serait accentuée pendant les deux années suivantes ; depuis, elle est restée stationnaire. Cette scoliose est remarquable par son siège : elle occupe, en effet, la moitié inférieure de la colonne vertébrale dorsale et la partie supérieure delà colonne lombaire; déplus, elle présente une courbure dont la convexité est dirigée à gauche ; la colonne vertébrale décrit une courbe assez régulière, dont la distance maxima à la ligne médiane mesure trois centimètres et correspond à peu près à la neuvième vertèbre dorsale. Il existe une légère courbure de compensation, occupant la partie supérieure de la colonne dorsale, dont la convexité est tournée à droite.

A 18 ans., il commcncoiX faire des excès alcooliques, qu il avoue, il prend du vin, de l'alcool, de l'absinthe ; il fait aussi un abus considérable de tabac : tous ces excès, continués pendant 15 ans, paraissent cependant avoir été bien tolérés ; on trouve à peine quelques signes peu importants, tels que rêves professionnels, dus à l'alcoolisme.

Notre malade n'est pas sujet aux migTaines, n'a jamais eu de rhumatisme, nie la syphilis, dont on ne retrouve d'ailleurs aucun stigmate. En 1879, il eut une blennorragie qui dura plusieurs mois.

En 1880, il fit une chute sur le genou droit ; malgré la contusion, qui a été très vive, il n'aurait ressenti aucune douleur et aurait même pu continuer à marcher ; le lendemain cependant, le gontlement du genou atteignit des proportions inquiétantes ; malgré V absence de phénomènes douloureux il crut prudent d'entrer à l'hôpital, où on lui prescrivit des ventouses scarifiées, dont l'application fut indolore ; à la suite de cet accident il a conservé de la claudication.

Début de la maladie. — Le patient fait remonter le début de sa maladie actuelle à cinq ans : tout d'abord il s'est aperçu de l'impotence fonctionnelle de la main, et plus tard de la position vicieuse de l'auriculaire : c'est dire que l'éminence hypothénar a été atteinte la première ; puis l'atrophie aurait progressivement atteint les autres muscles de la main, obligeant le malade à renoncer à sa profession d'employé aux écritures.

En 1887, il entre dans le service du professeur Charcot ; à la suite d'un traitement électrothérapique et de bains sulfureux, il a quitté le service très amélioré.

C'est à l'occasion d'une bronchite légère, qu'il entre à l'hôpital Andral, dans le service de M. Debove (janvier 1889).

Etat actuel.

Homme assez intelligent, de taille moyenne, bien constitué. Une brûlure indolore que le malade s'est faite accidentellement dans le service, appelle notre attention sur l'état de sa sensibilité : son étude nous révèle des troubles des plus intéressants : c'est par elle que nous commencerons.

Sensibilité .

1° au contact : elle est conservée dans son intégrité sur tout le corps ; l'examen pratiqué à l'aide du compas de Weber fournit les mêmes résultats qu'à l'état physiologique ; le malade sent le plus léger attouchement et se rend parfaitement compte de l'en-

droit touché. De plus, le sens musculaire est tout à, fait indemne.

2° à la douleur : il y a analgésie complète sur toute la surface cutanée : on peut piquer, pincer violemment la peau, le malade n'a que la sensation du contact. Il est intéressant de rechercher à quelle époque on peut faire remonter l'existence de cette analgésie : s'il est impossible d'en préciser le début, il paraît, au moins, très probable qu'elle existait déjà en 1880 ; à cette époque en elfet, nous avons indiqué qu'un traumatisme du genou, suivi d'une arthrite intense, a été absolument indolore ; une application de ventouses scarifiées ne causa pas la moindre souffrance.

3° à la température : elle est altérée depuis plusieurs années déjà ; mais la thermo-anesthésie n'est pas généralisée à tout le corps ; aux membres elle présente une distribution symétrique. Aux membres supérieurs le malade a perdu totalement la notion de la température ; il ne se rend compte ni du froid, ni de la chaleur, on peut appliquer sur la peau un ballon renfermant del'eau à 90° ou un ballon contenant un mélange réfrigérant, l'impression est identique, et le malade ne fait aucune diiTérence entrelefroid et la chaleur. Aux membres inférieurs la thermo-anesthésie est absolue depuis les orteils jusqu'au tiers inférieur de la cuisse ; sur les deux tiers supérieurs des cuisses la notion de la température existe, mais d'une façon très imparfaite ; le froid et le chaud produisent une impression différente, qui permet de les distinguer. A la face la sensibilité à la température est normale. Au tronc, la thermo-anesthésie est incomplète, sauf pour la moitié droite du tliorax où il existe une véritable hyperesthésie ; le froid et le chaud y produisent des sensations pénibles et même douloureuses. En somme, au point de vue thermique, on pourrait diviser le corps de notre malade en quatre parties : (V. fig 1.)

1° Thermo- anesthésie absolue aux membres supérieurs, et aux membres inférieurs moins les deux tiers supérieurs des cuisses.

2° Thermo-anesthésie relative aux deux tiers supérieurs des cuisses, et au tronc moins la moitié droite du thorax.

3" Hyperesthésie dans la moitié droite du thorax.

4° Sensibilité thermique normale à la tête.

Cette thermo-anesthésie jointe à l'analgésie est tellement complète, que le malade s'est fait des brûlures profondes de la plante du pied sans éprouver la moindre douleur, et sans savoir qu'il se brûlait. 11 porte d'ailleurs de nombreuses cicatrices de brûlures anciennes ; il ne se rend compte de la température d'un bain qu'à partir du moment où il y a plongé la partie supérieure des cuisses. Tout dernièrement encore il s'est brûlé la jambe, en se chauffant auprès du feu.

Certaines muqueuses participent aussi aux troubles de la sensibilité : ainsi les muqueuses du nez, du gland sont insensibles, de même que la cornée et la conjonctive ; il n'y a pas d'anesthésie des muqueuses buccale, linguale, rectale, uréthrale. A la langue,

Fig. 1.

Distribution de la thermo-anesihésie (i).

toutefois, la sensibilité thermique est diminuée dans une certaine mesure, mais le malade se rend encore compte de la température des aliments et ne se brûle pas en mangeant.

\. Dans tous nos schémas, les régions, où existent des troubles de la sensibilité, sont recouvertes de hachures ; celles-ci sont d'autant plus serrées que les troubles sensitifs sont plus accusés.

Dans la figure 1, les hachures quadrillées indiquent une zone d'hyperesthésio thermique.

On ne constatejpas le moindre trouble des appareils sensoriels : il n'y a pas de rétrécissement du champ visuel ; tous les organes des sens sont indemnes.

Motililé.

1» Membres inférieurs. Le malade marchait bien jusqu'àl'époque où il fit une chute (1880), boitait depuis cet accident, mais pouvait marcher sans fatigue. Depuis un an, il accuse un état parétique des membres inférieurs qui s'accentue de plus en plus au point de rendre la marche difficile. A cette parésie s'ajoute une atrophie musculaire, beaucoup plus prononcée du côté gauche ; la mensuration du périmètre du mollet donne une différence de un centimètre en faveur du côté droit. Les muscles les plus manifestement atteints d'atrophie sont les jumeaux et le triceps crural.

2° Membres supérieurs.

A) Côté droit. On est frappé tout d'abord d'une atrophie considérable des muscles de la main droite : cette atrophie aurait débuté par l'éminence hypothénar, dont la saillie a totalement disparu ; le relief de l'éminence thénar est très diminué ; les interosseux n'existent pour ainsi dire plus, de sorte que le grillage métacarpien est des plus manifestes. La main présente une déformation caractéristique en forme de griffe : les phalanges des doigts sont fléchies les unes sur les autres ; mais le degré de la flexion varie, elle est maxima pour l'auriculaire, et diminue progressivement jusqu'à l'index, qui est normalement étendu. Cependant les principaux mouvements sont encore possibles : les diverses phalanges se fléchissent les unes sur les autres; les doigts se fléchissent sur les métacarpiens (le malade peut fermer le poing) ; le mouvement d'opposition du pouce s'effectue régulièrement : seuls les mouvements d'adduction et d'abduction des doigts sont abolis. Laforce musculaire de la main est notablement diminuée : lorsqu'on prie le malade de serrer un dynamomètre l'aiguille ne marque que 9.

L^avant-bras est émacié surtout dans sa moitié inférieure ; les muscles épitrochléens et épicondyliens dessinent sous la peau leur relief normal. Le deltoïde présente aussi un certain degré d'atrophie : l'épaule est aplatie, les apophyses osseuses sont saillantes sous la peau: cependant tous les mouvements de l'épaule sont possibles.

B) Côté gauche. Ici aussi existe à la main une atrophie non douteuse; mais elle est beaucoup moins accusée qu'à droite. Il n'y a pas de déformation prononcée de la main : les doigts sont dans

l'extension; et l'exécution de tous les mouvements est possible. Seuls les métacarpiens semblent décharnés, et le deltoïde paraît légèrement diminué de volume. La force musculaire de la main est affaiblie, et l'aiguille du dynamomètre ne marque que 19. Les muscles du tronc et de la tète sont indemnes.

L'examen électrique du malade a été pratiqué par M. Yigouroux h la Salpêtrière à la date des 30 mars, 6 avril et 9 avril. Voici les résultats de cet examen :

1° Réaction de dégénérescence : A) totale: elle existe pour le troisième interosseux palmaire gauche et l'extenseur commun des orteils gauche .

B) partielle: elle se vérifie pour l'anconé gauche et droit, etpour le quatrième interosseux gauche.

2» Ne répondent ni à l'électricité galvanique ni faradique : les muscles de Féminence hypothénar droite, le long extenseur du pouce gauche, le court péronier latéral gauche, le grand fessier gauche, la longue portion du biceps crural droit.

3° Répondent faradiquement, mais ne répondent pas galvaniquement les jumeaux externe et interne gauches (le jumeau externe ne se contracte qu'étant excité par un courant très fort).

4° Quant aux autres muscles, ils ne présentent pas de réaction électrique anormale. Il faut seulement remarquer que quelquesuns des muscles du côté gauche surtout demandent un courant assez fort pour se contracter, tandis que d'autres se contractent à un courant de force moyenne.

Le malade ne présente actuellement aucun trouble trophique de la peau, ni du tissu cellulaire sous-cutané.

L'examen des réflexes nous a donné les résultats suivants : les réflexes tendineux des membres supérieurs sont affaiblis; le réflexe rotulien est totalement aboli à gauche, il est un peu exagéré du côté droit;, ce qui permettrait de supposer que la lésion a atteint le cordon postérieur gauche et le cordon latéral droit. Les réflexes pharyngé, crémastérien, abdominal sont normaux, ainsi que le réflexe plantaire.

Les pupilles sont égales et réagissent bien à la lumière et à l'accommodation.

Le sens génital paraît peu atteint : il n'y a pas d'impuissance mais une simple diminution de l'appétit sexuel. Jusqu'à présent le malade n'avait présenté aucun trouble sphinctérien ; la miction s'effectuait normalement: jamais il n'y avait eu ni incontinence ni rétention d'urine, ni de matières fécales. Cependant depuis quelque temps les besoins d'uriner sont devenus fréquents, impérieux; la miction a lieu toutes les heures, et s'accompagne de ténesme; l'ex-

pulsion des premières gouttes d'urine est pénible et nécessite un grand effort, en même temps il y a légère polyurie et la quantité d'urine émise en vingt-quatre heures dépasse deux litres; l'urine est trouble et franchement ammoniacale; au microscope on y trouve un grand nombre de globules de pus; elle ne contient d'ailleurs ni albumine, ni sucre. Le malade n'a pas de rétrécissement del'urèthre, que l'on aurait pu mettre sur le compte de sa blennorragie ; le cathétérisme, en effet, s'effectue facilement.

Ces troubles urinaires sont restés stationnaires depuis un an environ et n'ont en rien influé sur l'état général du malade, qui continue à être satisfaisant.

Le malade ne souffre pas, n'accuse aucune espèce de douleur : il se plaint seulement de sensations pénibles de froid et de chaleur. Phénomène curieux à noter, malgré sa thermo-anesthésie, il a remarqué que depuis quelques années il est devenu très sensible au froid en hiver, et il est très incommodé par la chaleur en été.

Il n'a pas de troubles spontanés de la sécrétion sudorale. Cependant la tête et les mains sont le siège d'une transpiration exagérée dès qu'il fait un effort.

Les fonctions intellectuelles ont conservé leur intégrité ; la mémoire et la parole sont normales ; le moral est légèrement affecté, et depuis le début de la maladie il y a une tendance manifeste à l'hypochondrie.

A part cela, l'état général du malade est satisfaisant : l'appétit est bon, il n'y a pas de troubles de la déglutition, les digestions s'effectuent bien ; il y a tendance à la constipation. Les autres appareils ne présentent rien qui vaille la peine d'être signalé.

Depuis environ un an, que nous suivons le malade, nous n'avons constaté aucun changement dans son état, qui paraît stationnaire.

Observation II (inédité).

(Due à l'obligeance de notre collègue et ami le D' Blocq).

Syringomyélie typique diagnostiquée. — Mort. — Autopsie. — Syringomyélie gliomateuse.

La nommée Marie Carp... âgée de 73 ans, entre à l'infirmerie de la Salpêtrière, salle Gruveilhier, lit n" 3, le 23 juillet 1889, pour une broncho-pneumonie droite. Cette femme habitait les

dortoirs de la Salpêtrière sans avoir plus spécialement attiré l'attention. Ce n'est que lorsqu'elle fut transportée h l'infirmerie, que l'on remarqua une dél'ormation tout à fait caractéristique des deux mains, qui représentaient un type de mains de prédicateur. L'état adynamique grave de la malade ne permit pas de se livrera un examen prolongé ; aussi l'observation est-elle un peu écourtée.

Voici la série des symptômes que l'on a pu constater chez Marie Carp...

1"" Une atrophie considérable de tous les petits muscles de la main, ayant déterminé une griffe d'extension très prononcée.

2° Des troubles de la sensibilité caractérisés par l'intégrité absolue du sens du tact, par une analgésie et de la thermoanesthésie occupant tous les deux membres supérieurs : c'est-àdire dissociation sy ring omy clique.

3° De nombreuses cicatrices de brûlures anciennes^ existant sur le tronc et les membres, preuve très probable que la thermo- ^ anesthésie existait de longue date.

-4° Des taches de vitiligo disséminées sur le tronc en plaques assez étendues.

VinQ scoliose très prononcée de la région dorso-lombaire.

6° Une paraplégie spasmodique des membres inférieurs avec contractures des pieds en extension, exagération énorme des réflexes rotuliens.

1° Eschares sacrées.

En présence de ce tableau si caractéristique, on porte le diagnostic de syringomyélie.

La malade meurt le 27 juillet de sa broncho-pneumonie.

L'autopsie a été faite le 28 juillet par M. Blocq.

Le cerveau ne présente aucune altération.

La moelle, extraite de la cavité rachidienne, est aplatie et molle, comme une grosse veine dans ses trois quarts supérieurs; elle est pleine et ferme dans son quart inférieur. A la coupe, elle présente une cavité considérable, paraissant unique et se prolongeant jusque dans le bulbe; elle descendait jusqu'à la partie inférieure de la moelle dorsale ; cette cavité était en forme de sablier couché transversalement, et ne semblait contenir que fort peu de liquide. On voyait très nettement une membrane qui la limitait, qui tranchait par sa couleur et sa consistance sur le reste du tissu.

Les méninges ne présentaient ni signes de congestion, ni épaississement, ni adhérences.

L'examen des autres viecères n'olTre rien d'intéressant à noter.

si ce n'est la base du poumon droit qui présentait des foyers de broncho-pneumonie.

La moelle et le bulbe nous ont été remis par M. Blocq, à qui nous tenons à renouveler ici tous nos remerciements.

Les pièces ont été conservées dans une solution de bichromate d'ammoniaque à 4 O/Ô.

Nous n'avons pu, malheureusement, procéder à une étude complète de cette moelle, dont le durcissement n'est pas encore achevé. Voici cependant quelques renseignements, que notre examen nous a permis de recueillir.

Dans toute la longueur de la moelle, depuis la région cervicale supérieure jusqu'à la partie supérieure du renflement lombaire, il existe une cavité ayant son maximum d'étendue à la région cervicale où elle mesure environ un centimètre dans son diamètre transversal. Cette cavité est aplatie transversalement (affaire de durcissement); elle est recouverte par une paroi très nettement visible à l'oeil nu : cette paroi augmente d'épaisseur à mesure qu'on examine des régions plus inférieures ; c'est ainsi qu'à la région dorsale inférieure et lombaire supérieure on voit très distinctement des papilles au nombre de une ou deux du volume d'une tête d'épingle, qui font saillie dans l'intérieur de la cavité. A ce niveau on voit très clairement qu'il existe dans la moelle une tumeur excavée à son centre.

Sur des coupes faites avant durcissement parfait et à un faible grossissement, on voit très nettement que la paroi de la cavité est formée de tissu fibrillaire compact, sans revêtement épithélial à sa face interne. A la région dorsale moyenne et inférieure, on constate très nettement l'existence d'une tumeur excavée dans sa partie médiane et qui occupe le centre' de la moelle. C'est sur quelques-unes de ces préparations que nous avons pu assister pour ainsi dire à la naissance de la cavité, entourée d'une membrane festonnée.

L'état des cornes n'a été examiné que sur un petit nombre de coupes : les cornes antérieures renfermaient encore des cellules nerveuses saines ; elles paraissaient surtout refoulées vers la partie antéro-externe de l'organe. Les cornes postérieures paraissaient être le siège d'altérations plus profondes ; elles étaient comprimées et déjetées en dehors.

Nous nous proposons de publier plus tard un examen ana to mique complet de cette moelle: actuellement le durcissement insuffisant nous oblige à ne pas entrer dans de plus amples détails. Mais ce qu'il est dès à présent permis d'affirmer, c'est qu'il s'agit bien d'une syringomyélie par gliomatose.

Observation III {inédile).

ommuniquée par M. le professeur Gharcot.)

Atrophie musculaire progressive.— Troubles dissociés de la sensibilité.— Scoliose. — Panaris. — Début tardif.

Marie Fi..., 48 ans, passementicre.

Antécédents héréditaires. — Ils sont peu intéressants :

Père mort à 81 ans.

Mère morte d'une tumeur cancéreuse abdominale. Un frère et une sœur sont bien portants.

Antécédents personnels. — Rachitisme pendant l'enfance ; réglée à 17 ans, mal réglée jusqu'à 23 ans : n'a eu ni enfant, ni fausse

couche. , . .

Fi... a été sujette à des bronchites répétées ; elle n a jamais eu d'hémoptysies. A l'âge de 24 ans, elle a eu une pleurésie gauche.

Début de la maladie actuelle. — Vs^ïiecimnàQYL.. aurait commencé en 1879, il y a dix ans (à cette époque la malade avait 38 ans), par une sensation de courbature, de fatigue générale qui aurait persisté pendant six mois. Puis au bout de ces six mois elle a eu quelques douleurs passagères dans la nuque et dans la tête, qui semblent avoir modérément attiré son attention. En même temps, elle s'aperçut de l'amaigrissement de ses mains, et elle remarqua qu'il existait à leur niveau, surtout à Téminence thénar des secousses singulières, assez fortes pour lui faire croire que c'était les battements du pouls.

Elle entre alors, en 1880, à Lariboisière, service de M. le professeur Jaccoud," qui fit le diagnostic d'atrophie musculaire progressive.

Dans le courant de cette année (1880) les avant-bras et les bras sont progressivement envahis par l'atrophie, en même temps qu'ils sont agités de secousses fibrillaires.

En 1882, trois ans après le début, elle entre à la Salpêtrière ; à cette époque, le processus atrophique des membres supérieurs semble avoir évolué ; le volume des bras est resté stationnaire ; il était à ce moment ce qu'il est aujourd'liui. Mais une ankylose progressive des deux articulations scapulo-humérales- est venue s'ajouter au tableau clinique que présentait la malade.

On ne note pas de troubles urinaires.

La santé générale reste bonne.

En 1884^cinq'ans après le début de la maladie, survinrent autour des ongles des orteils des deux côtes des lournioles, qui amenèrent la chute de dx ongles; ceux-ci ont repoussé un peu irrégulièrement. A la même e'poque on constata des phénomènes analogues à l'index gauche.

JEtat actuel.

Femme de petite taille, amaigrie, mais d'une bonne santé habituelle. Toutes les fonctions générales s'accomplissent bien. Constipation ordinaire.

Vue, ouïe, odorat normaux.

A) Symptômes d'atrophie musculaire ; troubles moteurs. 1° Membre supérieur droit.

Amaigrissement général des muscles de la main, de l'avantbras et du bras. Le bras pend le long du corps, fixé dans cette situation par l'ankylose de l'épaule et peut-être aussi du coude. Les seuls mouvements possibles sont l'extension du médius et de l'index. Le deltoïde est très atrophié; le grand pectoral est respecté, ainsi que les muscles du tronc, d'une façon générale. L'avant-bras et la main sont en pronation forcée. Secousses fibrillaires.

2° Membre supérieur gauche.

Même situation que le bras droit ; il y a ankylose complète de l'articulation scapulo-humérale. L'articulation du coude est le siège de craquements très marqués. L'avant-bras et la main sont en pronation forcée. Le mouvement d'extension de la main sur l'avant-bras est possible, mais les mouvements des doigts pris individuellement sont impossibles. Le relèvement ordinaire en extension de la main lui donne l'aspect de la main de prédicateur ; on peut la considérer comme un prototype de prédominance d'action du radial.

L'atrophie musculaire est des plus évidentes; il y a des secousses fibrillaires.

3° Membres inférieurs.

Pas d'atrophie musculaire.

Réflexes rotuliens exagérés des deux côtés, sans trépidation spinale.

Réactions électriques.

On a exploré électriquement les muscles atrophiés de la main, de l'avant-bras, du bras, de l'épaule, et on y a constaté une réaction de dégénérescence partielle.

B) Examen de la sensibilité :

1° au contact.

Elle est partout conservée. — La sensibilité articulaire et le sens musculaire sont normaux, — Les diverses muqueuses ont leur sensibilité normale; il n'y a aucun trouble des sens spéciaux.

2" à la douleur.

Elle est normale aux membres inférieurs, au tronc jusqu'au niveau de la ligne transversale mammaire, à la tête et au cou:

Fig. 2.

Topographie de l'analgésie.

il en est de même pour les parties correspondantes de la face postérieure du corps.

Vanalgésie est complète aux deux mains, aux avant-bras, et aux bras dans l'étendue de 3 à 4 travers de doigts au-dessus du pli du coude. — La sensibilité douloureuse est obtuse sur le reste des bras, sur la partie antérieure du thorax, et sur la partie correspondante de la face postérieure {Fig. 2.)

Quelque temps après la confection du schéma, il y a eu certaines variations dans la distribution de l'analgésie : ainsi il n'y a plus analgésie absolue; au contraire, sur le bras droit on rencontre même quelques plaques douloureuses.

3° à la chaleur.

La température de 100" est nettement perçue et doulou-

Piff. 3.

Topographie de la thermo-aneslhésie (chaleui-). ~

reusement au niveau des bras et des avant-bras. — A partir de 63° degrés et au-dessous, la sensation de chaleur n'est plus perçuo au niveau des mains et avant-bras jusque deux ou trois travers de doigts au-dessus de l'articulation du coude. A partir de ce niveau et dans toutes les régions où la sensibilité à la douleur est obtuse, la sensation de chaleur à partir de 30° est seule perçue.

La sensibilité thermique est normale sur tout le reste du tégument. {Fig. 3.) 4° au froid.

La sensibilité au froid, examinée i\ l'aide d'un fragment de glace promené sur le corps, est complètement abolie aux mains, aux avant-bras et aux bras. Lors d'une première exploration, on

Fig. 4.

Topographie de la thermo-anesthésie (froid.)

avait trouvé une thermo-anesthésie absolue sur la poitrine et la partie correspondante du dos, un examen ultérieur démontra que l'application de glace sur la poitrine était perçue en tant que froid. Il y a donc une variabilité dans la distribution de la thermoanesthésie, qu'on peut observer d'un jour à l'autre ; elle peut ne pas être la même pour le chaud et le froid. {Fig. 4.) G. 7?'ou6/e5 frop/tigues (non musculaires).

La malade présente une légère scoliose de la région dorsale donl la convexité est tournée à droite. De plus, elle a eu une série de panaris aux orteils et aux doigts.

Enfin, elle a eu des arthropalhies (épaules, coudes), dont quelques-unes ont amené une ankylose.

Observation IV {inédite).

(Communiquée par le M. le professeur Charcot.)

Fièvre typhoïde. — Scoliose deux ans après. — Atrophie musculaire. — Paralysie sensitive partielle. — Troubles trophiques,

M""" G..., âgée de 17 ans, est originaire d'Odessa. Voici les renseignements qu'elle donne sur sa famille :

Son père est irritable, très impressionnable; sa mère est très nerveuse, quoiqu'elle n'ait jamais eu ni crises ni attaques. Comme antécédents nerveux dans la famille, M'" G... n'a connaissance que du suicide d'un oncle maternel. Elle a trois sœurs et trois frères bien portants.

M"* G... a eu, à l'âge de huit ans, une fièvre typhoïde grave. — Deux ans après seraient survenus des accidents nerveux : c'était une faiblesse de la jambe gauche, qui, au bout de trois mois, était devenue si grande^ que la malade ne pouvait plus marcher sans être soutenue par deux aides; jamais de douleurs ni de sensations anormales, telles que fourmillements, engourdissements; cet état de faiblesse a persisté pendant environ dix mois.

A l'âge de 13 ans, on a remarqué chez elle de la scoliose; elle était plus accusée à cette époque, qu'elle ne l'est actuellement.

M"* G. ..raconte qu'ily a deux ans, elle a eu trois ou quatre abcès, survenus sans cause appréciable à l'épaule gauche et dans l'aisselle du même côté. Depuis le début de la maladie il y aurait eu hémianesthésie gauche; cette hémianesthésie a même diminué d'intensité depuis cette époque.

Il y a six mois que M"° G... a commencé à éprouver des douleurs très intenses dans la région du dos et dans le bras gauche. Enfin depuis quelques mois seulement elle se serait aperçue de l'atrophie et de l'aplatissement de l'éminence thénar gauche, en même temps que d'une atrophie notable du membre inférieur gauche.

La malade raconte qu'elle présente de temps en temps des bulles, qui apparaissent aux deux derniers doigts de la main gauche.

L'examen de la malade donne les renseignements suivants : A. Molililé :

Membres inférieurs.

On constate une atrophie notable du côté gauche ; la mensuration nous fournit les différences suivantes : l" Pied (à quatre travers de doigts de la pointe des orteils).

Fig. 5.

Topographie de l'analgésie.

Le périmètre du pied droit mesure 22 centimètres, celui du pied gauche mesure 19 centimètres.

2° Jambe a) (à quatre travers de doigts au-dessus des malléoles). Le périmètre de la jambe droite mesure 24 centimètres, celui de la jambe gauche mesure 22 centimètres.

b) (à quatre travers de doigts au-dessous de la rotule). Le péri-

mètre de la jambe droite mesure 33 centimètres, celui de la jambe gauche mesure 30 centimètres,

3° Cuisse (à quatre travers de doigt au-dessus de la rotule). Le périmètre de l'une et l'autre cuisse mesure 37 centimètres.

Membres supérieurs.

L'atrophie porte uniquement sur les petits muscles de la main gauche. — Les chiffres donnés par la mensuration sont les mêmes des deux côtés ; il est même à remarquer que, à quatre travers de doigts au-dessus du poignet, le périmètre de l'avant-bras gauche mesure 18 centimètres, tandis que à droite, il n'est que de 17 centimètres.

Réflexe rotulien. Il est très affaibli à gauche, et il est aboli à droite.

B. Sensibilité :

1° Sensibilité spéciale. La vue, l'ouïe, le goût et l'odorat sont absolument normaux.

2° Sensibilité générale.

Elle est indemne aux deux membres inférieurs, de même qu'à toute la moitié droite du corps.

a) Sensibilité au contact: elle est conservée partout dans toute son intégrité.

b) Sensibilité à la douleur, explorée au moyen des piqûres d'épingle. Elle est totalement supprimée : (V. fig. 5.)

1° Dans toute la moitié gauche du thorax (en avant et en arrière), la ligne médiane du corps forme la limite très nette de cette zone d'analgésie;

2» A la paroi abdominale antérieure du côté gauche jusqu'à une ligne qui irait de l'épine iliaque antéro-supérieure à un point situé mi-chemin entre la symphyse pubienne et l'ombilic ;

3° Au cou et à la face dans une étendue correspondant au maxillaire inférieur et limitée en haut par une ligne qui irait de la symphyse du menton au devant du tragus ;

4" A la tête, dans la moitié gauche de la région occipitale jusqu'à l'oreille ;

S" A tout le membre supérieur gauche, moins deux zones correspondant l'une à la face palmaire de la main, l'autre à moitié inférieure de la face antérieure du bras, où il y a diminution de la sensibilité à la douleur^ et non abolition ;

6" Enfin à la nuque l'analgésie est incomplète,

c) Sensibilité à la chaleur.

La thermo-anesthésie est complète pour des températures variant de 50» à 80° : (V. fig. 6.)

1° A tout le membre supérieur gauche (faces antérieure et postérieure) ;

2» A la paroi thoruciquc antérieure du côté gauche;

3° A la partie postérieure de l'épaule gauche.

Elle est incomplète (la malade accuse une sensation obtuse):

Fig. 6.

Topographie de la thermo-anesthésie (chaleur).

(a) En avant : 1° au front, à la face et au cou;

2° à la partie sus-ombilicale de la paroi abdommale .

(B) En arrière dans toute la région limitée en haut par la ligne occipitale externe, en dedans par la colonne cervicale et dorsale, et en bas par une ligne horizontale passant par la douzième vert èbr6 tlo rs blIs

(d) Sensibilité au froid examinée au moyen d'un morceau de glace:(V./i^. 7.)

Elle est totalement perdue :

(a) En avant : à la tête, au cou, à la poitrine et au membre supérieur gauche.

(P) En arrière : au membre supérieur gauche. Elle est diminuée :

Fig. 7.

Topographie de la thermo-anesthésie (froid).

(a) En avant : dans les deux tiers supérieurs environ de la paroi abdominale antérieure.

(P) En arrière: dans la moitié gauche de la tête, à la nuque et dans le dos jusqu'à une ligne horizontale passant un peu audessous de la 12" vertèbre dorsale.

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