CHAPITRE PREMIER
Marche ordinaire de la température en dehors des complications.
La température ne présente pas dans la coqueluche une marche régulière et se prête par conséquent assez mal à une vue d'ensemble.
Essentiellement variable suivant les formes et les phases de la maladie, elle demande à être examinée dans ces diverses conditions et comme base à cette étude, il né nous paraît pas inutile de donner un rapide aperçu de l'allure générale de la coqueluche, de rappeler brièvement ses principaux symptômes.
La coqueluche est une maladie spécifique infectieuse, extrêmement contagieuse et récidivant rarement. Son évolution assez régulière a permis de la diviser en plusieurs périodes, toutes conventionnelles d’ailleurs, puisqu'elles se succèdent sans lignes de démarcation bien tranchée, mais utiles à conserver pour la commodité de la description.
À partir du moment où l’agent infectieux a pénétré dans l'organisme, il s’écoule un laps de temps assez mal défini, une semaine environ, pendant lequel la santé reste parfaite, rien ne faisant prévoir la maladie qui va se déclarer, C’est la période d’incubation.
Elle est suivie de la période prodromique ou catarrhale L’affection débute comme une simple bronchite. Il survient de l’abattement, de la tristesse, de la céphalalgie, une toux d’abord sèche plus ou moins fréquente. Le sommeil est troublé, l’appétit diminué. Avec les progrès de la maladie, la toux devient plus humide, plus opiniâtre, puis irrégulière et saccadée. Cet état persiste pendant un temps très variable, le plus souvent une douzaine de jours, et la toux continuant à changer de caractère, la maladie entre bientôt dans sa troisième période ou période spasmodique. Les quintes caractéristiques de la coqueluche qui n'étaient d’abord qu’à l’état d’ébauche revêtent peu à peu leur aspect pathognomonique, dont Trousseau nous a laissé un tableau si saisissant. Après quelques courts prodromes, il Survientune série d'expiration brèves suivies d’un long et pénible effort d’inspirations qu'accompagne un sifflement particulier appelé reprise. Presque immédiatement, les mêmes phénomènes se reproduisent et ce n’est qu'après un nombre de reprises plus ou moins considérables que la quinte prend fin par le rejet d’un liquide visqueux et filant parfois mêlé d’un peu de sang ou de matières alimentaires vomies. L'enfant dont la suffocation a pu paraître imminente reste quelques instants abattu avec le visage congestionné, les yeux rouges et larmoyants, puis tout rentre dans l’ordre jusqu'à ce qu’un nouvel accès se produise. Ces quintes vont en augmentant comme fréquence et comme intensité, puis elles diminueut progressivement et après un temps extrêmement variable dequelque jours à plusieurs mois, elles finissent par perdre leur caractère et la maladie passant insensiblement à sa période de déclin se termine
avec l'aspect d’un rhume ordinaire. Le début de cette quatrième période est d’autantplus difficile à préciser que les quintes peuvent reprendre quelquesjours où même quelques semaines après leur disparition.
On voit par cette description sommaire que la coqueluche a, comme la plupart des autres maladies infectieuses, une marche en quelques sorte cyclique. Les différents symptômes qui indiquent l’évolution de l'élément pathogène s'y déroulent de même dans un ordre invariable, mais d’une façon moins régulière. La marche de la température, avons-nous dit, y est plus irrégulière encore. Elle est influencée, même en dehors des complications, par des causes si multiples quil ne serait pas possible d’en tracer la courbe générale, comme pour la fièvre typhoïde par exemple. Nous pensons cependant que le meilleur moyen d'envisager ses principaux aspects est de la suivre dans les diverses phrases de la maladie et nous allons l’étudier successivement aux quatre périodes que nous venons de décrire.
I. Température à la période d'incubation — Nousn’avons pas ànous y arrêter. Le nom même de cette période indique qu'à ce moment l’état général n’a pas encore ressenti les atteintes de l'infection. Par conséquent il n’y a pas de fièvre.
II. Température à la période prodromique. — [Les avis sont très partagés sur l’état de la température à cette période. Pour les uns, on constate parfois une fièvre assez intense ; selon d’autres elle serait presque insignifiante ; d’après quelques-uns enfin, elle n’existerait jamais. Cette
a, APTE divergence de vues nous paraît relever de plusieurs causes.
Quelques auteurs ne semblent pas avoir tenu un compte suffisant des nombreuses variétés que peut présenter la coqueluche. Bien qu'unique dans sa nature, elle est presque infinie dans ses formes et des symptômes qui sont dans certains cas relégués au second plan prennent dans d’autres une importance prépondérante. (est ce qui a lieu pour la fièvre en particulier ; aussi comprendon que des observateurs d’ur égal mérite, en généralisant les cas dont ils ont été le plus frappés, aient pu considérer la coqueluche, les uns comme une pyrexie, les autres comme une affection complètement apyretique. H. Roger avait parfaitement vu combiendes affirmations aussi absolues s'accordent mal avec la clinique et pour éviter de tomber dans la même erreur, il n’a pas craint, dans sa magistrale description, de multiplier les formes de la maladie qui nous occupe. Considérant en premier lieu sa plus ou moins grande intensité, il a distingué une coqueluche légère ou coqueluchette, une coqueluche moyenne, la plus fréquente, et une coqueluche excessive qu'il désigne d’un mot i'hypercoqueluche. Se plaçant ensuite à un autre point de vue et envisageant surtout la prédominance de tel ou tel élément morbide, ila décrit séparément une forme nerveuse, une forme gastrique et une forme inflammatoire. C’est évidemment dans cette dernière que nous constaterons de la fièvre s’il en existe et c’est de celle-là surtout que nous nous occuperons.
Auparavant, nous devons attirer lattention sur une autre cause plus sérieuse encore de la divergence que
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nous avons signalée. Tout le monde ne s'entend pas sur le sens à attribuer au mot complication. Par exemple, M. Cadet de Gassicourt qui conteste d’une façon absolue la possibilité de la fièvre dans la coqueluche simple, fait rentrer la bronchite dans les complications. Il supprime de ce fait la forme inflammatoire et on s'explique ainsi la conclusion à laquelle il s’est arrêté : mais nous ne croyons pas pouvoir le suivre dans cette voie. Le catarrhe bronchique fait, en effet, partie intégrante de la coqueluche et si on admet la nature microbienne de la maladie, à peu près démontrée aujourd’hui, on comprend facilement que cette bronchite, indice de la lutte de l'organisme contre l’infection, puisse présenter tous les degrés, même en dehors de toute complication, puisque là, comme dans les autres maladies infectieuses, des causes multiples peuvent rendre la lutte plus ou moins vive.
D'un côté, l'agent pathogène a une virulence qui peut être extrèmement variable ; de l’autre, le terrain est plus où moins favorable à son développement. Les différents éléments anatomiques peuvent être plus ou moins sensibles à son action, selon le milieu où vitle sujet atteint, suivant son âge, suivant que sa résistance à ou n'a pas été amoindrie par une prédisposition héréditaire ou par le reliquat d’une affection antérieure.
Des considérations qui précèdent, il résulte que les contradictions, dont nous avons été frappé à la lecture des principaux ouvrages traitant de la coqueluche, sont plus apparentes que réelles et que d'autre part, il est très légitime de considérer la bronchite, même intense, comme un élément normal de la coqueluche. I] va dès lors nous être plus facile, en nous appuyant sur les constatations
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des auteurs les plus autorisés et sur les cas qu'il nous a été donné d’observer, d'indiquer les différentes conditions dans lesquelles se montre la fièvre,
D'une façon générale, on peut dire que les variations de l’état fébrile coïncident avec celles des phénomènes catarrhaux. Que ceux-ci prennent une certaine intensité et la température s’élève comme dans la bronchite ordinaire. L'élévation thermique est même plus considérable puisqu’ici viennent s'ajouter « comme causes d’augment de la chaleur, les congestions multiples, intenses et répétées, les troubles digestifs concomitants, les efforts musculaires » (ROGER). ;
Dans la coqueluchette que l’on rencontre surtout chez les enfants d’un certain âge et chez les adultes, les quintes constituent presque toute la maladie ; le catarrhe bronchique du début est insignifiant et l’état fébrile nul ou à peine appréciable.
: Dans la coqueluche moyenne au contraire, non seulement la toux est fréquente et opiniâtre mais elle s’accompagne de phénomènes généraux, qui pour être souvent peu marqués n’en sont pas moins parfois considérables. Le caractère change, l'enfant devient capricieux et maussade, il n’a plus d’appétit, son sommeil est agité, enfin la fièvre s'allume. L’élévation de la température est très variable. Elle se montre généralement le soir avec rémissions matutinales, mais d’une façon irrégulière, parfois même par accès pouvant simuler une fièvre intermittente. Elle n’est guère que de 1/2 à 1 degré dans les formes peu catarrhales ou chez les enfants qui ont dépassé la première enfance et c'est seulement dans les conditions inverses qu’elle devient beaucoup plus considérable.
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On peut observer jusqu'à 40° et il est à remarquer que même dans ces cas, les signes physiques ne sont pas en rapport avec l’état général.