MODE D'ACTION DE L'AMPHÉTAMINE DANS L'OBÉSITÉ
Les auteurs ont surtout expliqué l’action amaigrissante de l’amphétamine par la réduction de l'appétit et par l'augmentation des dépenses énergétiques due à l'excitation psycho-motrice qu’elle provoque. Certains ont invoqué des processus variés. Nous allons les analyser successivement.
1. La réduction de l'appétit est un facteur d’une efficience certaine, d'autant plus que le rôle de la suralimentation sera plus grand dans la pathogénie du cas considéré (Phagomanie, Anhédomie). Mais des pertes de poids appréciables ont pu être obtenues sans régime et sans réduction de l'apport alimentaire : Telle obésité qui résistait au régime sera favorablement influencée par l’'amphétamine. Ceci est typique surtout dans certaines obésités spongieuses.
TAINTER a fait des expériences très ingénieuses pour étudier la part qui revenait, dans l’amaigrissement, à divers processus. Il prit des séries de 2 rats. L'un des rats recevait la benzédrine, l’autre servait de témoin et recevait chaque jour une quantité de nourriture égale à celle que le sujet traité avait consommée la veille. Parfois même il arrivait que le rat témoin ne mangeait pas toute la ration qui lui était octroyée. TAINTER put ainsi constater que le poids ne variait pas simplement en fonction de la nourriture ,car lese rats qui recevaient la benzédrine étaient beaucoup plus affectés que les rats témoins.
Quoiqu'il en soit, cette action déprimante de lappétit reste : pour la plupart des auteurs, notamment pour HARRIS, Ivy et SEARLE, le fait primordial. Il n’est pas douteux que cette propriété trouve son application dans toutes les formes, sauf exception, d’obésité, et à elle seule elle suffirait à conférer à l’amphétamine une grande valeur.
2. L'accroissement de l’activité. On sait combien l'exercice physique est incapable de donner des améliorations appréciables, . on sait qu’il est parfois nocii. Les auteurs considèrent généralement ce facteur d’un œil favorable, mais se gardent bien de lui attribuer un intérêt excessif.
Ces deux modes d’action du médicament ne résument pas tout ce qu’on peut en attendre.
3. Action sur le métabolisme général. L’amphétamine n’agit pas en augmentant la dépense de fond. Mais de l’avis de divers auteurs, il y aurait accroissement du métabolisme d’action, com-
pris entre O et 15 %.
4. On pouvait penser que l’'amphétamine, perturbant plus ou moins le transit gastro-intestinal, aurait une incidence sur la qualité de la digestion, et provoquerait une mauvaise assimilation des aliments. C’est encorë TAINTER, en pesant les selles des rats après dessication, qui démontra que cette hypothèse ne pouvait être retenue. D'’aileurs le plus souvent les doses utilisées en thérapeutique sont insuffisantes à retentir sur le tractus digestif. (ROSEN- BERG; ROSENTHAL et SOLOMON; PELNER.)
5. Action psychique. Nous avons vu quelle importance de nombreux auteurs atttribuent au terrain névrotique si souvent rencontré dans obésité, qu’ils qualifient même de « névrose organique ».
Nous avons vu les obésités déclenchées par un choc émotif. Parfois le terrain est constitutionnel, on remonte à des complexes affectifs plus ou moins refoulés de l'enfance. Bref, le facteur psychogénique de l'obésité doit être considéré comme capital, le traitement ne doit pas seulement viser à entraîner artificiellement une baisse du poids, mais il doit aussi s'adresser à cet élément. Or l'amphétamine est avant tout psychotonique. SOLOMON et PRINZ- METAL l’utilisèrent dans certaines formes d’asthénie, GUTTMANN et MYERSON en tirèrent bénéfice dans des états dépressifs simples, et par la suite de nombreux auteurs confirmèrent ces observations. (DAVIDOFF; NATHANSON; WILBUR; WOOLEY}. Par conséquent, ce médicament ,par son action stimulante sur les centres supérieurs et sur l'humeur, peut rendre d’incontestables services chez ces obèses déprimés, asthéniques, plus où moins névrosés. Par son action euphorisante et excitante, il invigore le malac, le sort de son sédentarisme, le rend capable de suivre correctement le régime (ROSENBERG; COLTON; HAWIRKO; NEUVEGLISE: PEL- NER, etc.….).
Mais il est démontré par l’usage que l’amphétamine est incapable de modifier en profondeur le terrain névrotique ou le trouble mental du malade, et à ce point de vue, SHORVON et SARGANT accordent beaucoup plus de crédit à la psychothérapie sous narcose, PELNER et d’autres, à la psychothérapie simple.
6. L’amphétamine est susceptible d’agir sur le métabolisme de l'eau. Le sujet de WauD, pendant les 3 ou 4 jours suivant l’administration de benzédrine, perdait de 4,500 kilos à 6,400 kilos, ce qui ne peut s'expliquer que par une deshydratation massive. Malgré la polyurie immédiate qu'il présentait, il n'avait pas soif. May et NETTER trouvent généralement chez les obèses une tension veineuse élevée, au-dessus de 18. Sur 39 malades, ils trouvent :
Tension veineuse de 18 à 20 chez 5 malades.
Tension veineuse de 20 à 30 chez 26 malades.
Tension veineuse de 30 à 40 chez 4 malades.
Tension veineuse au-dessus de 40 chez 1 malade.
Passant en revue les explications possibles, ils s'arrêtent à l’hypothèse suivante : il y aurait chez les obèses une hypotonie capillaro-veinulaire avec vaso-dilatation, ce qui amène une diminution de la perte de charge entre artères et veines. Cette distension capillaire, allant de pair avec une perméabilité accrue, expliquerait les troubles de rétention hydrique si communs chez les obèses. Or c’est le sympathique qui tient sous sa dépendance et
le tonus capillaro-veinulaire, et la perméabilité capillaire à l'issue -
de l’eau. Or l’amphétamine est sympathomimétique, et de fait, chez leurs obèses, May et NETTER ont noté une diminution de la T. V. précédant toute perte de poids.
Ainsi, si on considère que la rétention hydrique de l’obèse n’est pas d’origine univoque, mais que trois facteurs au moins sont susceptibles de l'engendrer en se combinant, soit hyperfolliculinie, hypotonie sympathique, excès d’hormone oligurique rétropituitaire, on voit que l’amphétamine est susceptible d'agir sur les deux derniers [ VERNEY en 1946, a montré que la tension émotionnelle entraîne, par l'intermédiaire de l’hypothalamus, une mise en circulation de l'hormone pituitaire antidiurétique.
7. BRUCH a émis l'avis que l’amphétamine devait retentir direct:ment sur le métabolisme des graisses, et PELNER S'en est fait l'écho. C’est là à notre sens le point capital, il y a atteinte directe des centres métaboliques diencéphaliques. Que l’amphétamine atteigne électivement le diencéphale, on n’en saurait douter, tout
concourt à le prouver assez éloquemment : son action sur Fhuimeur et l’affectivité, son action sur Je sommeil, son action sur l'appétit, son action réveillante dans la narcose ou dans le coma barbiturique. JUSTIN-BESANÇON a étudié cette action sur le chat et sur le chien. Les barbituriques sont des narcotiques à action prédominante sous-corticale, hypothalamique. Or au cours du coma barbiturique, les premiers effets d’une injection d’amphétamine sont un réveil à manifestations hypothalamiques, suivi seulement quelques minutes après d’un réveil cortical et psychique, se traduisant sur l’électro-corticogramme. Des doses faibles ne donnent qu’un réveil hypothalamique. JACOBSEN, WOLLSTEIN et CHRIs-
TIANSEN pensent également que le point d'attaque des amines est
l'hypothalamus. L'hypothèse que l’amphétamine fait maigrir parce qu’elle active le catabolisme lipidique est séduisante. Elle concorde avec ce que l’on observe cliniquement. Il est incontestable que chez l’homme, et expérimentalement chez l'animal, l’amphétamine donne des amaïigrissements plus rapides et plus importants que le seul régime. Tout se passe comme si elle agissait à la manière d’un analeptique des centres métaboliques. Elle n’a pas une efficacité identique dans toutes les formes cliniques. Si l’obésité plethorique exogène lui obéit assez bien, probablement ici à
cause de la diminution d’appétit, les obésités de la jeune fille ou de la jeune femme à type spongieux, les obésités post-partum, tous cas dans lesquels la participation hypothalamo-hypophysaire est prédominante, en bénéficient elles aussi amplement. Les gens les plus obèses sont ceux qui, proportionnellement, maigrissent le moins. En aucun cas ,chez les grands obèses, le poids idéal ne peut être atteint. C’est que ces gens sont aussi ceux dont les centres régulateurs sont le plus perturbés. Ils sont bien stimulés par l’amphétamine, mais celle-ci ne peut les restaurer dans leur intégrité fonctionnelle, elle corrige les troubles superficiellement, dans la mesure où ils sont réversibles, sans pouvoir redresser une déviation profonde. Elle agit dans la mesure où les centres nerveux sont encore excitables et capables de réaction. Il serait intéressant d'établir un rapport entre son efficacité et l’ancienneté de l'obésité : on peut penser qu’un trouble plus récent soit plus influençable ?
Il semble s’agir somme toute d’une action chimique assez superficielle, incapable de réparer complètement ni définitivement la mauvaise fonction neuro-végétative. À plus forte raison les facteurs génétiques, la structure intime de la cellule, restent-ils audessus des ressources médicamenteuses.
L’immense avantage des amphétamines réside néanmoins dans ce fait que, atteignant la déviation métabolique dans sa source même elles sont susceptibles d’apporter des résultats beaucoup plus rationnels qu'on ne peut en attendre des autres thérapeutiques, parce que justement elles corrigent des facteurs pathogéniques que ces autres thérapeutiques ignorent complètement.