I, — PHYSIOLOGIE DES GROUPES SANGUINS
Il semble logique que les iso-agglutinines et les iso-hémolysines, doivent se rencontrer chez tous les êtres vivants. Leur
LES GROUPES SANGUINS 5q
distribution est pourtant moins vaste que chez les êtres humains ; elle est d’ailleurs beaucoup plus difficile à démontrer. L'existence des groupes sanguins n’a pas été recherchée pour beaucoup d'espèces. Les premiers essais concernant la distribution des iso-agglutinines parmi les animaux furent faits par Hektoen, en 1907. Il essaya de grouper le sang des lapins, de cobayes, des chiens et des chevaux. Ces résultats furent négatifs dans chaque cas, mais il est probable que la technique était imparfaite, ou qu'un nombre insuffisant d'animaux furent examinés. Un groupe a été trouvé chez les chèvres par Erlich ; Ottenberg croit avoir démontré l'existence de trois groupes chez les cerfs et quatre groupes chez les lapins. Von Dungern a montré qu'il y avait quatre groupes chez les chiens. Des réactions agglutinantes furent trouvées par Ottenberg chez les chats, mais elles n’étaient pas constantes et il ne fut pas possible d'établir un groupement ; il en fut de même des rats.
Il se peut que le phénomène de l’agglutination entre groupes, ait quelque signification dans le succès ou l’insuccès des greffes d’un animal à un autre de la même espèce. De nombreuses recherches furent faites à ce sujet chez les animaux sans résultats bien nets. Néanmoins, il est #rès probable que le succès des greffes de tissus chez l’homme dépend d’une façon importante de la compatibilité des groupes sanquins des donneurs et des receveurs. Le problème ne peut pas être élucidé facilement par des expériences sur des animaux, chez lesquels une incompatibilité naturelle est évidemment beaucoup moins marquée qu'elle ne l’est chez l'homme.
Il ne semble pas non plus que la possession d’un groupe confère quelqu'avantage sur les individus des autres groupes, telle qu'une immunité plus grande pour les maladies. Des recherches sur une relation possible entre le groupe sanguin et les différentes maladies ontété commencées par W. Alexander à Saint-Andrew University. Dans une communication préliminaire concernant le groupe sanguin trouvé chez 50 patients
souffrant de cancers de toutes sortes, il déclare avoir trouvé une proportion plus considérable du groupe I et IIT que parmi les gens bien portants. D'un autre côté, la proportion est normale chez les gens atteints de tuberculose et de syphilis, serait toutefois bien hasardeux de dire que les individus des groupes I'et IL sont plus sujets que les autres à faire du cancer, car le nombre de gens groupés à l’heure actuelle est trop petit pour tirer des conclusions définies. Il reste aussi d’ailleurs à prouver que la présence d’une tumeur ne produit pas une altération dans les réactions agglutinantes qui déterminent les groupes. Il semble probable que les différences entre les groupes sont survenues incidemment au cours de l’évolution de homme comme le résultat de l’évolution parallèle de deux ou plusieurs types primitifs provenant de sources différentes qui, dans la suite, ont convergés, se sont mélangés, pour former ces sortes d'hybrides serologiques que sont les quatre groupes. Nous sommes loin d’élucider la signification anthropologique de ces faits, car le mélange des premiers groupes hypothétiques dont l'humanité est faite remonte à la plus haute antiquité, et il est possible qu’une race pure n’existe pas. Les recherches qu'on entreprendra chez les peuples isolés jetteront peut-être beaucoup de lumière sur ces problèmes d'anthropologie.
Aussi intéressante que ces questions d'ensemble puissent être, nous sommes plus immédiatement intéressés dans la distribution même des groupes dans notre propre population. Le pourcentage des # groupes a été estimé diversement par plusieurs auteurs, ainsi que le montre le tableau suivant :
BERNHEIM MOSS CULPEPPER Il 2 40 3 IT 40 40 33 III 45 d 18 IV 43 43 41
Nous avons à l'heure actuelle pratiqué plus de 500 groupements. Nous n'avons rencontré qu’une seule fois le groupe I.
La proportion est donc la suivante pour Paris :
Groupe I 0,2.
Groupe II 45.
Groupe IIT 15.
Groupe IV 40.
Comme on le voit le groupe IT est le plus connu.
La répartition des individus dans les différents groupes nous montre comment il se fait qu'il y ait beaucoup de chances pour que le sang d’un donneur pris au hasard soit compatible avec celui du receveur. Si, par exemple, le malade appartient au groupe IT, il y a 85 chances sur 100 pour que le sang d’un donneur pris au hasard soit compatible. En effet le donneur a 45 chances sur 100 d’être du même groupe et 40 chances sur 100 d’être du groupe IV (donneur universel). S'il appartient au groupe LIT, il y aura encore 55 chances sur 100. Ce n’est seulement que s’il appartient au groupe IV que la chance tombera à 40 p. 100.
L'établissement de ces faits concernant la distribution des
groupes sanguins, accroîtra l’absolue nécessité de l’examen préliminaire des sangs avant la transfusion. Mais il est utile, dès à présent, de détruire les conceptions fausses qui traînent un peu partout concernant les relations de groupes entre un enfant et sa mère, et entre les membres d’une même famille. On a écrit souvent que le sang de la mère était compatible avec celui de son enfant, ou aussi qu’un enfant n’a pas de groupe et qu’on pouvait le transfuser sûrement, sans danger, avec le sang de sa mère ou de son père, sans établir le groupement. On a aussi écrit que le frère ou la sœur d’un malade était plus que tout autre apte à lui donner du sang sans danger.
Le public a entendu parler de ces incompatibilités, malheureusement il ne comprend pas qu’elles puissent exister entre individus de la même famille, par conséquent de « même sang »
comme il le croit, Il en est résulté une confusion malencontreuse qui ne peut conduire qu’à une fausse sécurité, et même au désastre.