II. — QUESTION DU NOUVEAU-NÉ
Cette question est intéressante parce qu’on a prétendu que les nouveau-nés n'avaient pas de groupes. Cette assertion est fausse et plusieurs auteurs en ont démontré l’inexactitude. Dans plusieurs cas, nous avons examiné le sang de nouveaunés et nous avons trouvé des réactions agglutinantes bien marquées indiquant un groupe IT ou un groupe ITT suivant les cas. En 1905, Martin a montré qu’on pouvait trouver une réaction entre les globules d’un enfant et le sérum maternel et quelquefois entre le sérum de l’enfant et le globule de sa mère. Plus récemment (1920), les divers résultats de recherches faites à ce sujet furent publiés par Happ, en Amérique ; ces recherches commencèrent par l'étude du sang du cordon ombilical qui donnait rarement la même réaction que le sang de la mère. Il est vrai aussi que le sérum de l’enfant ne donne habituellement aucune réaction à la naissance, ou pendant le premier mois de la vie; le pourcentage des réactions va en augmentant avec l’âge de l'enfant. Elle est habituellement établie avant un an, passé cette époque elle l’est toujours. D'un autre côté, La propriété agglutinante des globules apparaît avant celle du sérum, de telle sorte qu’on peut établir le groupement du nouveau-né, immédiatement après sa naissance. Mais il est possible que celui-ci puisse se modifier par la suite.
On a remarqué que quand les globules et le sérum sont en possession de leurs facultés agglutinatives respectives, le groupe ne change plus par la suite. La conclusion de Happ basée sur ses recherches, était qu'il n’était pas prudent de transfuser un enfant, avec le sang de sa mère, sans faire le groupement. La raison se comprend maintenant aisément. Tout
d’abord, un enfant peut être en possession de ses réactions sanguines complètes très rapidement après sa naissance et par conséquent devrait être traité comme un adulte. En second lieu, bien que son sérum puisse être encore inactif, cependant ses globules peuvent posséder des iso-agglutinines de telle sorte qu’elles peuvent être sérieusement touchées par le sérum d’un sang transfusé appartenant à un groupe incompatible. En troisième lieu, comme on va le voir, il n’est en aucune façon la règle qu'un nouveau-né appartienne au même groupe que sa mère, quelles que soient les propriétés de son sang. Une autre série d'observations a été faites par Chavaz; elles montrent qu'il n'y a pas transmission des principes agglutinants au travers du placenta, ni d’un côté ni de l’autre. Le fait que le groupe sanguin d’un nouveau-né n’est pas nécessairement le même que celui de sa mère, peut être amplifié, car on a trouvé que les groupes sanguins sont transmis suivant un plan, bien établi, de telle sorte que le groupe des parents étant connu, on peut faire certaines prédictions concernant les groupes possibles de leurs descendants. Les groupes sanguins se transmettraient héréditairement suivant les lois de Mendel. Nous n’insisterons pas sur ce sujet, mais signalons en passant avec Giraud toute l'importance médicolégale que ces faits peuvent avoir dans l'avenir, soit pour le bertillonnage, soit pour l'identification des taches de sang, soit pour la recherche de la paternité, avec toutes les réserves que comporte un sujet si délicat.