CHAPITRE V
Le choix du donneur sera naturellement conditionné par le groupement sanguin, mais avant d’éprouver son sérum, il faut trouver une personne qui veuille bien donner son sang. Personnellement, je ne me suis jamais trouvé dans l’impossibilité de faire une transfusion faute de donneur. J’ai toujours rencontré des gens de bonne volonté, même en dehors de la famille du malade, qui m’ont spontanément offert de se priver d’un demi-litre de leur sang quand il s’agissait de sauver quelqu’un. Tous acceptent, en général, quand on a pris la peine de leur expliquer en peu de mots qu’ils ne courent aucun danger. Il m'est même arrivé de prendre du sang à des petits opérés (hernie, appendicite) pour sauver un de leurs voisins de lit. Sachons profiter de cette croyance bien établie, que la prise de sang, cette antique saignée, ne peut qu'être utile à celui qui la subit. Du reste, jusqu’à 500 grammes, la prise de sang passe inaperçue; il suffit de laisser le donneur au repos, allongé, pendant une heure ou deux, pour qu’il puisse, sans inconvénient, reprendre ensuite son travail. Si on a besoin d’une transfusion plus copieuse, par exemple de 500 grammes à 1 litre, il est bon de laisser le malade au repos pendant vingtquatre heures. Nous avons l’habitude, sitôt après la prise de sang, de faire boire au donneur, un grog chaud qui le remet de ses émotions et de l’eau à satiété qui comble la perte de sang. J’ai eu quelques donneurs professionnels, mais j'ai dû les abandonner, tant ils devenaient exigeants au point de vue
rétribution. Récemment, un appel est apparu dans un grand quotidien, s’il était entendu, on pourrait créer une classe de donneurs professionnels comme cela existe déjà aux États- Unis, où la transfusion est un moyen thérapeutique primordial, employé sur une bien plus grande échelle que chez nous. Les donneurs professionnels y reçoivent 80 francs pour 500 grammes de sang, mais il paraît qu’ils viennent de former un syndicat pour défendre leurs intérêts et obtenir la somme la plus forte possible pour ceux d’entre eux qui donnent leur sang. Que le donneur soit professionnel ou volontaire, il faut noter quelques points.
Choisir de préférence naturellement des hommes entre 18 et 30 ans ; plus le donneur est jeune, moins il aura de chance d'être contaminé, moins il souffrira de la perte de son sang et plus vite il récupérera ce qui lui manque. Il faut toujours s’enquérir si le donneur présumé n’est pas atteint de quelque maladie transmissible par le sang, telle que le paludisme et la syphilis. Une réaction de Wassermann sera pratiquée régulièrement chez les donneurs professionnels, qui peuvent donner du sang d’une façon continue tous les mois.
Nous avons organisé à l’hôpital Saint-Michel un service spécial de transfusion du sang. En principe, voici ce qui se passe : dès qu’un malade affaibli et devant subir une opération importante, doit entrer à l'hôpital, on le prie d'amener avec lui des parents ou amis. Il passe d’abord au laboratoire où on détermine immédiatement le groupement sanguin auquel il appartient, ainsi que celui des membres de sa famille ou des personnes qui l’accompagnent. En moins d’un quart d'heure, on à le résultat et on sait quelle est la personne qui servira de donneur éventuel. En principe, nous transfusons de groupe à groupe ; par exemple : si le donneur est du groupe II et que parmi les gens de bonne volonté offrant leur sang, on en repère un du groupe IL, c’est lui que nous choisirons de préférence ; mais s’il ne se trouve aucune personne du groupe II, mais une
du groupe IV, celle-ci fera notre affaire; en eflet, rappelonsnous : groupe IV, donneur universel. Nous avons du reste toujours sous la main un ou deux donneurs professionnels du groupe IV, qui peuvent servir éventuellement. Si le récepteur est du groupe [, si on trouve un donneur du groupe I, c’est sur lui naturellement que portera le choix, bien que nous puissions, sans inconvénient, transfuser n'importe quel sang, en effet : groupe I, récepteur universel. Du reste, en cas d’urgence, si on a affaire à un récepteur du groupe I, inutile d'aller plus loin, tous les donneurs sont bons. Nous avons montré plus baut qu’on devait pratiquer ces recherches pour tous les individus sans exception, même pour les plus proches parents, de fils à père par exemple. Ajoutons aussi que, dans les cas de maladies du sang, on doit contrôler Le choix du donneur par l'épreuve directe entre le sérum du récepteur et les globules du futur donneur (présence d’agglutinines anormales). C’est seulement quand il n’y a pas d’agglutination qu’on peut transfuser. :
A l'heure actuelle, pour trouver un donneur et un récepteur dont les sangs soient compatibles, on peut procéder de plusieurs façons.