CHAPITRE IV
La cuti-réaction dans la tuberculose du nourrisson à la période de généralisation tuberculeuse
Nous plaçant strictement au point de vue de la tuberculose du nourrisson, il nous a paru intéressant de rechercher ce que devenait la cuti-réaction au stade de généralisation tuberculeuse. Cette généralisation se fait par voie sanguine le plus souvent, empruntant tantôt la petite circulation (granulie pulmonaire), tantôt la grande (granulie généralisée, méningite tuberculeuse). Maïs elle peut encore s’opérer, soit par voie bronchique (broncho-pneumonie et pneumonie caséeuse), soit par voie lymphatique (tuberculose généralisée chronique de Marfan et Aviragnet).
Nous exposerons le résultat de nos observations et nous montrerons quelles conclusions on peut en tirer, tant au point de vue du diagnostic de la tuberculose dans le premier âge qu’au point de vue de son pronostic.
Le diagnostic positif de la généralisation tuberculeuse chez le nourrisson est souvent très difficile, étant donné le polymorphisme des aspects qu’elle
RTC
revêt. Cliniquement, on se trouve en présence d’une bronchite capillaire, d’une réaction méningée, d’un syndrome cholériforme, d’une broncho-pneumonie à foyers disséminés. Dans bien des cas, l’examen clinique à lui seul ne permettra pas d’affirmer la nature tuberculeuse de ces divers affections. Autrement dit, le diagnostic de la tuberculose du nourrisson, si difficile à la période d'état, où la maladie est fruste ou larvée, le sera presque tout autant à la phase de généralisation, la symptômatologie des accidents qu’elle provoque étant essentiellement atypique.
Dans ces conditions, la cuti-réaction, à cette phase de l’évolution tuberculeuse, sera-t-elle ou non l’élément si précieux du diagnostic qu’elle a été à la période d’état ? La tuberculose du nourrisson ayant donc une tendance manifeste à se généraliser, et cela d'autant plus volontiers que l’enfant est plus jeune, l'intérêt pronostique de la cuti-réaction ne serait pas moindre. La cuti-réaction nous permettra-t-elle, dès le début de cette généralisation tuberculeuse, de porter un pronostic, fatal en l’occurence ? En un mot, la cuti-réaction devient-elle aussi souvent négative qu’on a bien voulu le dire au cours de cette tuberculose généralisée ?
Oppert a fait une restriction pour la méningite tuberculeuse. Dans presque toutes les méningites
SMS es
qu’il a observées, la cuti-réaction était encore posi- Live dans les derniers jours de la vie,
Mie Mioche (Thèse de Paris, 1919) rapporte, parmi les observations qu’elle a recueillies dans le service du Professeur Marfan, 29 cas de tuberculose aiguë chez lesquels la cuti-réaction a été positive quelques jours seulement avant la mort. En outre, dans 40 cas de méningite tuberculeuse en évolution, la réaction s’est montrée positive ; dans 5 cas seulement, négative. Sans viser le point de vue particulier qui nous intéresse, Mile Mioche constate cependant « qu’il ne faut pas exagérer le nombre des réactions négatives dans les cas de tuberculose certaine. »
Les observations que nous rapportons ici proviennent du travail qu’ont fait, dans le service du Professeur Marfan, H. Lemaire et Turquety, sur la bacillémie tuberculeuse du premier âge (Turquety, Thèse de Paris. — Étude des septicémies et de la bacillémie tuberculeuse dans le premier âge, 1921). Ces auteurs ont étudié les variations de la cuti-réaction, tout en recherchant la bacillémie tuberculeuse chez le nourrisson, plus particulièrement au stade de généralisation tuberculeuse. Ils pensaient, en effet, que, ainsi qu’on l’avait observé chez l’adulte, la bacillémie tuberculeuse serait plus fréquente à la pèriode de généralisation qu’à la phase de tubercu- | lose ganglionnaire localisée. La bacillémie tubercu-
PME Te
leuse, primitive ou secondaire, leur a d’ailleurs paru exceptionnelle, même en se plaçant dans les conditions d’expérimentation indiquées. Gette septicémie tuberculeuse, outre qu’elle est très rare, est fugace. Dans les quelques cas où l’inoculation au cobaye s’est montrée positive, ces auteurs n’ont pu l'obtenir plus d’une fois pour le même enfant; et les cobayes injectés la veille ou le lendemain de cette inoculation positive n’ont pas été infectés.
Nous n’envisagerons ici que les variations de la cutiréaction à la période de généralisation.
OBSERVATION I. — Enfant R. : 3 mois. Cet enfant n’a pas reçu l'allaitement maternel. A son entrée, il présente un état d’athrepsie net. On constate sur la cuisse gauche une gomme tuberculeuse. L’examen des voies respiratoires montre des signes de tuberculose ganglio-pulmonaire à droite. Une première cuti-réaction est positive. La température oscille entre 370 et 380. Un syndrome méningé fait son apparition, et le diagnostic de méningite tuberculeuse est confirmé par la ponction lombaire. Apparition sur l’abdomen et les membres inférieurs de tuberculides papulonécrotiques. Mort. L’autopsie n’a pu être faite.
Quatre cuti-réactions ont été pratiquées pendant l'évolution de cette tuberculose méningée. Les trois premières ont été positives. Seule la dernière, faite 24 heures avant la mort, a été négative.
OBSERVATION II. — Enfant G.:8 mois. A été élevé au sein. Parents bien portants. Entre le 6 octobre 1920. L'enfant, depuis cinq jours, ne s’alimente pas et somnole. La ponction lombaire montre une hyperalluminose et une lycuphocytose massive du liquide céphalo-rachidien. Présence du bacille de Koch dans le liquide.
Température oscillant entre 3805 et 390, — Cuti-réaction