B) INTERPRÉTATION DES RÉSULTATS
19 Au point de vue du Diagnostic
Il résulte de ces faits que la cuti-réaction a, dans la première enfance, une valeur diagnostique de tout premier ordre. De ce qu’elle a été une fois positive, on est en droit en quelque sorte d’affirmer l'existence de lésions tuberculeuses en évolution; et ces lésions,
-toujours plus étendues et plus avancées que ne le laisse supposer l'examen clinique, ont «la plus funeste tendance à se disséminer. » (Calmette).
HD
Mais, si la cuti-réaction est négative, elle ne permet. pas de conclure d'emblée à la non-contamination du sujet. On ne peut pas se fonder sur un seul résultat. négatif pour éliminer, chez un enfant suspect, le diagnostic de tuberculose. La réaction fait défaut, en effet, pendant la période ante-allergique et si le nourrisson, au cours précisément de cette période, est soumis à l’épreuve tuberculinique, il répondra négativement, bien que, déjà porteur de bacilles, il soit en puissance de tuberculose.
La période ante-allergique (Debré et Jacquet), «comprise entre le moment où le bacille tuberculeux pénètre dans l’organisme et celui où cet organisme devient capable de réagir à la tuberculine », est en quelque sorte une période d’incubation, pendant laquelle l'infection demeure silencieuse et ne se révèle par aucun signe. Elle peut varier de quelques jours à plusieurs semaines, mais rarement elle dépasse quatre mois. Il semble d’ailleurs qu’elle soit d'autant plus longue que le sujet est plus jeune et tarde davantage à constituer ses défenses humorales. L'organisme, dans les premiers mois de la vie est peu apte à élaborer des anticorps, cette fonction ne se développant que progressivement, avec le temps. D'autre part, la période d’incubation est plus longue dans les cas où la primo-infection est discrète que dans ceux où elle est brutale et massive, la modalité de l'infection paraissant avoir sur la formation des défenses et par
conséquent sur l’apparition de la réaction tuberculinique une influence de premier plan.
Pour éviter cette cause d’erreur, il sera donc nécessaire de renouveler plusieurs fois la cuti-réaction, à intervalles réguliers, tous les huit ou dix jours par exemple. Si ces cuti-réactions successives restent négatives, on pourra admettre alors l’absence de lésions tuberculeuses.
Mais quelques réserves sont cependant encore à faire au sujet de la cuti-réaction négative. Von Pirquet avait déjà constaté que, chez les sujets qui présentaient antérieurement une cuti-réaction positive, tuberculeux ou « tuberculisés » , la rougeole supprimait passagèrement leur réaction à la tuberculine. La cuti-réaction, faible à la période d’invasion, devient négative à la période d’éruption, puis reparait pendant la convalescence. L'état d'allergie disparaît donc au cours de l’infection morbilleuse, à la phase d’exanthème. Tout se passe comme si l'organisme était devenu momentanément incapable de produire les anticorps spécifiques qui, par leur présence, témoignent de son’ état de résistance à l’infection bacillaire. Cette « anergie » morbilleuse est d’autant plus importante à constater qu’elle éclaire les rapports si étroits de la rougeole et de la tuberculose. Et - on peut voir le fléchissement des défenses humorales coïncider, dans certains cas, avec le réveil d’une tuberculose latente ou guérie, qui dès lors se met à