HISTORIQUE
L’histoire de In tuberculose chirurgicale sénile se confond à ses déluits avec celle d(‘ la tuberculose sénile en général, i.es auteurs sont muets sur ses manifestations ou ne les rapportent pas à leur véritable cause. On a longtemps désigné sous le nom un peu vague de scrofule une maladie diathésique distincte, une entité morbide dans le cadre de laquelle on faisait entrer la plus grande partie des manifestations tuberculeuses, néoplasiques, syphilitiques et cutanées de toute nature. Et encore, les localisations de cette diathèse ont-elles longtemps été considérées comme exclusives à l’enfance et à la première jeunesse, et sont-elles à peu près passées inaperçues chez le vieillard, en raison de leur rareté relative!
Dès l’antiquité, Hippocrate déclare que la scrofule ne se
rencontre pas chez le vieillard. Les auteurs de la fin du XVtL siècle, et })arini enxLalonette (1780). Koiduni (1789j, citent des exeni])les de scrofule chez des individus en ayant déjà j^résenté des accidents dans leur jeunesse. Richerand en parle aussi (1808).
Les travaux de Laënnec, les statisti(|iies de Louis (1825) et de Prus (1840) se rapportent exclusivement à la tuberculose pulmonaire du vieillard.
Milcent (Traité de la scrofule, 1836), Dumoulin (De quelques lésions tardives de la scrofule chez le vieillard. Paris 1854), Bazin (Leçons sur la scrofule, 2® édit. Paris 1851, p. 120), signalent certaines variétés de cette affection survenant à un âge avancé. Bazin divise la scrofule en quatre périodes : V période des lésions cutanées et muqueuses ; 2^ période des lésions plus profondes avec engorgement ganglionnaire ; 3” localisation aux os et aux articulations ; 4° période de scrofule viscérale, et il admet le début de la scrofule sénile par la troisième ou la quatrième période.
En 1867, Paget, dans ses Clinical lectures and essaijs (pages 314 et suivantes), insiste sur la plus grande fréquence de la scrofule chez le vieillard que chez l’adulte. « Je ]}ense, dit-il, que les vieillards sont plus souvent scrofuleux que les personnes de trente à cinquante ans. »
Bourdelais (Thèse de Paris, 1876) consacre sa thèse inaugurale à l’étude de Quelques observations de scrofule chez le vieillard. C’est un travail sérieux dont les conclusions sont basées sur un assez grand nombre de faits précis. L’auteur y esquisse quelques-unes des principales questions qui se rapportent à l’étude de la scrofule chez le vieillard : étiologie, fréquence, localisations, diagnostic, pronostic, traite m e n t .
Quénu signale, en 1879, le mal de Pott parmi les mani-
lestations de la scrol'uleséiiile(^7?;///e///z de la Société Anal.^
En 1880, Brissand publie, dans les Archives de médecine, lin article remarquable où il consacre l’unité des lésions, et en se basant sur l’étude de ranatoinie pathologique, il démontre l’identité de la tubercnlose et de la (( scrofulose ».
La découverte du bacille de Koch (1882) conlirme les conclusions de Brissand.
Citons aussi les travaux de Kageot de la Touche, Laconche (1882), Courtin (1883), Fouhjuier (1885), Dulac (1890), Marsh n 892). Ce dernier dit : « Les slatistiques montrent bien clairement que la tuberculose chirurgicale est de beaucoup la plus iVéquente en I re 3 eL 10 ans ; api*ès 10 ans, elle devient de plus en plus rare à mesure que l’àge augmenle.
Mauclaire (Thèse de Paris) 1893. I)es différentes formes d'ostéo-arihriie iiiherciiteiise ), (jangolplu' (1893) s’occupent aussi de la question de Fréquence delà luberculos<‘ chez l(‘ vieillard .
La thèse de Micliel (Paris 1894j, les leçons cliniques de Potain (1894) se raj)portent spécialemenl à l’étude de la tuberculose pulmonaire sénile.
Ln 1895, Barié Fait paraître dans la Revue de Médecine un article très documenté où il reprend l’étude de la tub(‘rculose sénile, mais il a surtout en vue ses localisations pulmonaires et il cite en passant, comme des raretés jiatliologiques, ses maniFestations chirurgicales.
Polaillon (Statistique et observations de chirurqie hospitalière^ Paris 1895) cite de nombreux exemples de localisation de cette maladie au-dessus de 50 ans.
Fax 1898, au Congrès de la tuberculose de Paris, \\ idal attire de nouveau l’attention sur la luberculose locale des
vieillards, doiii il avait pu recueillii* dix observations audessous de 70 ans. Pour lui révolution est cliniquement la meme que chez les jeunes, ((fju’il s’agisse de tubercules de la peau, d’abcès froids osseux ou sous-cutanés», et il signale le retour ])ossible d’accidents après une période plus ou moins longue jjendant laquelle la maladie est restée u sommeillante)). Chez les mêmes individus, il mentionne aussi l’hérédité rétrograde.
En juin 1900, Morestin publie, dans le BiiUelin de la Société anatomique, une observation très intéressante sur un cas de tumeur blanche du genou chez un vieillard arlhidtique, et Apert décrit, la même année dans la mêni(‘ publication une forme* particulière de tuberculose osseust' (tuberculose à petits foyers multiples) chez le vieillard.
Dans sa t hèse ( La lubevcalose à la maison de Nanlen^e. Etiologie et pathogénie, Paris 1899), Hanot donne une statistique très intéressante des nombreuses localisations de tuberculose observées à la maison de Nanterre. Cette stalistit|ue est reprise et comjilétée jiar Moret (Thèse de Pai*is, 1900); elle porte sur le nombre des malades entrés à l’intirmerie de la maison départementale de Nanteiaa' f chirurgie), et indi(pu‘ surtout la fréipience de la tuber- (‘ulose ostéo-aiiiculaire chez le vieillard. Elle s’ajipuie sui* l’observation des 3.925 malades qui, du mois d’août 1893 au mois d’octobre 1900, se sont présentés à la visite, e[ relève 178 cas de l’affection dont il s’occupe. Dans ses conclusions, Moret affirme la frécpience de la tuberculose osseuse et articulaire chez les vieillards et |)réconise le traitement radical ]>ar l’amputation dans les affecti<^ns des membres, qu’il a jdus pai*ti(*ulièrement étudiées.
ÉTIOLOGIJE
Nous aurons successiveineni à élncidcr, dans l’élnde de l’étiolos^ie des inanifestalions de la hibercnlose chirnrgicale sénile, rinilnenee d(‘ l’àge, de eei*laines dia- Lhèses, des antécédents, dn traumatisme et de ({iielqnes anlres causes générales, qui, en diminuant la insistance vitale de l’individn, assurent à rintection une prise ])lns facile. La plnpart d’entre elles ont été déjà mises en relief à pro|)os des localisations pnlmonaires de cette maladie, ce qui nous dispensera de les analyser ici en détail.
l^’intlnence de l’àge est très discutée. Laënnec écrivait déjà en 1824 : « La tuberculose est très fréquente dans la vieillesse meme avancée. » Louis, en 1825, sur 205 pei*-
sonnes mortes jihtisiqnes, signale, dans 11 cas, la tnbeicnlose an-delà de 00 ans. Certains auteurs ont professé depuis (pi’on est aussi tuberculeux à 70 ans (pi’à 15 ans , et Manfredi (1895) admet deux maxima de fréquence dans la tuberculose [udmonaire : la pmmière enfance et la vieillesse. « En dépit de ces divergences, écrit Haiaé, il est certain qu’on devient tuberculeux à tout âge et (pie la |)htisie fait de nondireuses victimes parmi les vieillards. » La statistique de FLcêtre, en elTet, donne, sur 590 décès, 18 fois la lulierculose comme cause, soit 4 fois sur 10(). Les cliilfres d’Apert, à la reiraib' d(‘s Ménageas,