OBSERVATIONS
OBSERVATION I (MM. Collet, Coulon)
Chat noir, 2 ans. — Présenté à notre consultation du 22 mars 1949. Etat général satisfaisant, mais depuis près d’un mois présente du larmoiement de l’œil gauche et une inflammation conjonctivale tenace. Aucun traumatisme local n’explique cet état. L’angle nasal et tout le pourtour de la fente palpébrale sont souillés de muco-pus grisâtre, Pœil est à demi-fermé et l'animal se dérobe à l’exploration. A l’examen local, la conjonctive semble faire hernie à travers l’ouverture des paupières, aussi bien en haut qu’en bas, elle forme un volumineux bourrelet rougeître, d'apparence néoplasique, infiltré d’œdème ; sur ce bourrelet charnu apparaissent de nombreux vaisseaux flexueux paral- .lèles entre eux et perpendiculaires au bord palpébral. On distingue à jour frisant de fines granulations grisâtres, presque translucides à la surface de la conjonctive palpébrale. Aucune altération de la cornée, de l'iris ou de la chambre antérieure, apparemment. Température 3992. La palpation abdominale révèle un ganglion mésentérique du volume d’une olive. Suspicion de tuberculose. Après quelques jours d’observation, tuberculination avec réaction focale très marquée, larmoiement, congestion intense de la conjonctive et ulcération de certaines granulations. La recherche du B.K: dans le raclage conjonctival décèle quelques acido-résistants.
Du 28 mars au 8 avril, deux injections quotidiennes de 0,25 gr. de didromycine sous-cutanées sont faites matin et soir. Dès le 31 mars, les phénomènes aigus paraissent rétrocéder. Le muco-pus se tarit, et la congestion locale s’estompe, la température descend à 38°2. Peu à peu le pseudo-chemosis diminue; le $ avril les paupières jusque-là cartonnées s’assouplissent, les granulations ne sont plus aussi visibles, les ulcérations sont comblées. L'amélioration se confirme chaque jour très, spectaculaire et le 8 avril, au bout de 22 injections de 0,2$ gr. de didromycine, un observateur non prévenu ne pourrait penser que les paupières gauches étaient auparavant si profondément altérées par l’infection tuberculeuse. L'animal est mis en observation, tout traitement suspendu jusqu’au 25 avril. Etant en équilibre thermique, il est de
NVOREL
nouveau tuberculiné le 26 avril; réaction positive ; 4095 ; larmoie-
ment et congestion marquée de la conjonctive gauche mais sans chemosis. Recherche du B.K: dans la sécrétion, négative. Cette réaction
focale témoigne ou de l'infection locale persistante, ou de l’imprégnation par des germes tués. En tout état de cause, pour éviter toute
récidive, nous. décidons de reprendre la thérapeutique spécifique durant
dix jours encore, 20 injections de 0,2$ igr. sont encore faites sans
incident. La températeure est normale (38°5); l’animal qui présente.
un bel appétit est cliniquement guéri de:sa blépharo-conjonctivite
bacillaire. Cependant persiste toujours l’hypertrophie du ganglion mésen- ”
térique. L'animal est rendu à son propriétaire qui nous le ramène
pour visite sanitaire en juillet et en octobre ; la guérison clinique s’est
maintenue.
OBSERVATION II (MM. Collet, Coulon)
Chat siamois castré, 3 ans. — Présenté le 26 mars 1949. Depuis.
près d’un mois est apparue une :petite plaie ulcéreuse de la taille d’une. léntille à la paupière inférieure droite, qui ne cicatrise pas malgré des. soins antiseptiques et l’utilisation de pommade à la pénicilline; on.
suppose que le chat à recu un coup de griffe d’un congénère. Etat général satisfaisant, température 38°5. L’ulcère, débarrassé de la croùtelle brunâtre qui le recouvre, est rougeâtre, finement piqueté de jaune,
à bords taillés à pic; mais la paupière inférieure apparaît très anor-. malement épaissie, comme cartonnée, presque indolore à la palpation ;
en éversant la paupière, la conjonctivite paraît accolée à une masse charnue en croissant concave, ‘d’aspet rouge vineux, sillonnée de nombreux vaisseaux flexueux perpendiculaires au bord libre palpébral. Il
semble qu’il s'agisse d’un néoplasme de la paupière ou d’une blépharoconjonctivite hyperplasique, car le ganglion rétro-maxillaire droit a!
le volume d’une petite noisette. L'animal soumis à la tuberculination.
deux jours après réagit positivement (40°) avec forte congestion douloureuse de la paupière, larmoiement. La recherche de B.K. dans le raclage de l’ulcère cutané montre quelques acido-résistants. Du 31 mars au 10 avril, 20 injections de 0,25 gr. de didromycine sont faites à l'animal par voie sous-cutanée. Dès le 5° jour, la plaie ulcéreuse commence à s’épidermiser, le larmoiement ‘disparaît et la paupière semble
plus souple. Au 10° jour, la cicatrisation de l’ulcère cutané est com- -plète, un épiderme bleuté recouvre totalement la plaie; la paupière.
au lieu de faire comme un bénitier reprend une apparence normale, mais le ganglion sous-maxillaire restant volumineux, nous continuons la cure pendant 10 jours, encore aux mêmes doses. Au 16° jour de la thérapeutique, la paupière est complètement souple ; la conjonctive
ke
est d'apparence normale, rosée, les vaisseaux ne sont re apparents ; le ganglion sous-maxillaire semble avoir diminué également de volume ; au 20° jour, son volume ne paraît pas supérieur à celui du côté opposé.
Mainténu en observation jusqu’au 27 avril, l'animal est tuberculiné une deuxième fois le 28 avril ; la réaction thermique qui dépasse 40° est positive, mais aucune modification anormale n’est enregistrée au niveau de la paupière cliniquement guérie. Ainsi la blépharo- conjonctivite tuberculeuse constatée, qui aurait pu être considérée comme primitive et ‘due à une Roc ulanon externe cutanée, n'était vraisemblablement qu’une lésion secondaire à un foyer initial non décelable cliniquement, mais que la tuberculination fait soupçonner, puisque l’état allergique persiste en l’absence de la lésion palpébrale.
, L'animal cliniquement guéri est revu en juillet, puis en novembre en excellent état ; la guérison $e maintient apparemment.
OBsERVATION III (MM. Collet, Coulon)
Chat tigré, 3 ans. — Le 17 octobre 1950, Mme T.…. nous démande d'examiner cet animal qui souffre de l'œil droit depuis plusieurs semaines. Lotions boriquées, pommade à l’oxyde de mercure n’ont pas amélioré son état. À l’examen, nous notons un ulcère cornéen ellipsoïde, peu profond, grisâtre, comme grenu, de Ja taille d’une lentille dans la moitié supérieure de la cornée entre 10 et 12 heures ; il est entouré d’une auréole blanc-bleuté de quelques millimètres en dedans, mais qui, du côté temporal, s’étend presque jusqu’au limbe. De’ nombreux vaisseaux descendent de la conjonctive bulbairé en pinceaux flexueux des régions, supérieure et temporale se terminant sur l’ulcère. La conjonctive palpébrale supérieure est très rouge, avec en regard de l’ulcère une plage blanc-grisâtre, irrégulière, comme rugueuse, grenue, un peu saillante sur le reste de la muqueuse ; la paupière à cet endroit est nettement épaissie. À
Au niveau de l’angle irido-cornéen, vers 9. heures, existe une formation ellipsoïde, dé couleur rosée, en saillie sur iris, de la taille d’un grain de blé, quelques flammèches jaunâtres de fibrine flottent dans la chambre antérieure. Réflexe irien normal. L'examen du segment postérieur de l'œil à l’ophtalmoscope ne décèle rien d’anormal. Œil gauche normal. Pas d’adénopathie sous-maxillaire, ni rétro-auriculaire, mais la palpation abdominale révèle un ganglion mésentérique de la taille d’une noix. L'ensemble de ces symptômes: kératite ulcéreuse subaiguë, et adénite mésentérique incite à rechercher la tuberculose. La température du sujet atteint 39°9 ; il ne peut être tuberculiné valablement. Sur l'œil du sujet anesthésié localement à la percaïne, nous effectuons un grattage de l’ulcère ; le produit étalé sur