HISTORIQUE
La première observation de tuberculose oculaire paraît remonter à 1837, date où Guéneau de Mussy découvrit des granulations tuberculeuses dans la rétine d’un phtisique.
Avant lui, en 1820, Delarue avait pourtant dressé un tableau exact des tumeurs granuleuses de liris mais il n’en avait pas pressenti la nature tuberculeuse.
En 1844, Mackensie décrivit ces mêmes tumeurs sous le nom de « tubercules scrofuleux ». Il en publia 5 observations.
De Graefe, en 1855, décrit chez le porc un tuberculome volumineux adhérent à la sclérotique. La même année Jaeger publiait un cas de tuberculose uvéale chez l’homme.
Arcoléo, en 1862, donne une description assez floue de la tuberculose oculaire, mais il faut arriver à 1869 pour trouver, avec Gradenigo et Richetti, la première véritable observation de tuberculose irido-ciliaire, minutieuse description avec examens microscopiques à l'appui.
Dès lors les travaux importants et les mises au point vont se succéder. Citons simplement pour mémoire les noms de Bertholdi, Perls, Santini; Manfredi, Weiss, Gaspary, Koster, Vernon, Sattler, Baumgarten,
Spies
Adams, pour leurs découvertes anatomo-pathologiques, et ceux de Samelsohn, Engelucci, Haab, Wolf, Poncet, Félix Lagrange et Rochon-Duvigneaud, pour leur contribution à l’étude clinique de la question.
Avec Salmelsohn, en 1875, et Haensell, en 1877, c’est l’ère de l’expérimentation et de la pathogénie qui s'ouvre. Ce dernier reproduit la tuberculose uvéale par injection de bacilles tuberculeux dans la chambre antérieure de l’œil d’un lapin.
Plus tard, en 1898, Félix Lagrange réalise par injection d’une émulsion de bacilles tuberculeux, dans la carotide du lapin, la tuberculisation de l’uvée.
Ces travaux, repris par Stock et Daels en 1905 et ultérieurement interprétés par Resdlob, Nordmann, Henri Lagrange et ses élèves, sont à la base de nos conceptions pathogéniques actuelles.
A la même époque, de 1897 à 1910, à la lumière des travaux de Landouzy et de Poncet, de l’observation de Van Duyse en 1892 et du rapport de Vignes au Congrès d’ophtalmologie de Rome en 1894, le domaine de la tuberculose irido-ciliaire va s’accroître dans des proportions considérables : le Professeur Rollet de Lyon décrit, dans la thèse de son élève Fonsagrives en 1904, une troisième forme de tuberculose irienne « l’iritis tuberculeuse inflammatoire ». La preuve expérimentale de sa nature tuberculeuse est apportée en 1910 par Rollet et Aurand qui reproduisent expérimentalement chez un lapin cette forme inflammatoire.
Parallèlement à ces travaux des auteurs s’intéressaient plus particulièrement à la thérapeutique des
lésions oculaires. Etant donné la difficulté du diagnostic et la gravité des formes diagnostiquées, ces premiers essais n'étaient guère encourageants. La plupart des auteurs adoptaient une thérapeutique générale de l’infection tuberculeuse ; nous verrons qu’en dépit de l’expérimentation de nouvelles thérapeutiques, cette méthode (Werdenberg) est restée de nos jours la clef de voûte du traitement des irido-cyclites tuberculeuses.
En 1897 Zimmermann relate un cas de guérison par la tuberculine que venait de découvrir Koch. Von Hippel, de 1900 à 1908, établit les bases de la méthode, codifiée et abondamment illustrée à Vienne par Urbanek de 1918 à 1929. De nombreux auteurs ont expérimenté la méthode avec des tuberculines et des techniques diverses. Citons parmi eux Darier, Rohmer, Dor, Verhoeff, Hertel, Rollet, Aurand, Brown, etc., etc.
Lemoine, Térien et Lowtzew ont expérimenté la chrysothérapie dans cette affection.
Rollet et l’école lyonnaise, en 1921, Markenstein et Richter en 1927 ont employé avec succès les rayons Roœntgen.
Darier, Koster, Flemming Krusius, Kumer, Sallmann ont expérimenté le radium et Stewart-Duke- Elder les rayons ultra-violets.
Enfin de nos jours, après les travaux de Nègre et Boquet, l’antigène méthylique est à l’ordre du jour et des observations satisfaisantes ont été dressées par Terrien, Geneviève Civade-Arnould, Magitot, Bail-
lard, Nakamura, Beauvieux, Salsac, Onfray, Plicque, Duclos, etc. «D
Les travaux généraux les plus importants de ces dernières années ont été les multiples publications de Henri Lagrange, Terrien, Brown, Igersheimer, Rollet ; les thèses de Corbin (Toulouse), Seillon, Alet, Marq, Polak, Civade-Arnould, Ferré, etc.
Plusieurs Congrès internationaux et nationaux se sont occupés presque exclusivement de cette question. Citons le Congrès d'Amsterdam en 1929, le Congrès de la Société d’ophtalmologie tchécoslovaque en 1932, le 46° Congrès de la Société Française d’Ophtalmologie en 1933 et surtout la même année le Congrès international de Madrid où Brown, Igersheimer et Henri Lagrange ont réuni tous les rapports publiés durant ces dernières années.
PATHOGENIE