LA FORME TUMORALE DE LA TUBERCULOSE D'ALLURE PRIMITIVE DE LA TRACHEE
La tuberculose se manifeste parfois sous la forme de véritables tumeurs de la trachée qui infiltrent sa paroi, saillent dans la lumière du conduit trachéal, et ont tendance à envahir les organes avoisinants. Cette tumeur prend naissance dans le tissu sousmuqueux, est d’abord circonscrite et est le plus souvent recouverte d’une muqueuse saine. Fein a enlevé en 1906, par voie endo-laryngée, un granulome tuberculeux de la partie supérieure de la trachée et a publié cette observation à la Société de Laryngologie de Vienne. John Mackenzie relate le compte rendu détaillé d’une autopsie et d'examens microscopiques dans lequel il insiste sur l’aspect localisé de la tumeur tuberculeuse de la trachée.
Observation de John Mackenzie (Baltimore. Archives de Médecine, 1882).
L'examen post-mortem fut fait par le Docteur Hans Chiari, à qui je suis redevable des spécimens qui m'ont été fournis pour l’examen microscopique. La tumeur tuberculeuse de la trachée fut prise sur un homme mort à l’hôpital, de cancer de l’estomac. Il y avait des lésions de cancer secondaire du foie, des reins, de la rate. Les poumons présentaient des cavernes tuberculeuses. Le
pharynx, le larynx et la trachée n'étaient ni enflammés ni ulcérés. Les ganglions trachéo-bronchiques étaient tuméfiés et caséeux. Sur la face postérieure de la trachée, on trouvait une tumeur bien définie, circonscrite, du volume d’une petite fève, dont le grand axe était parallèle à celui de la trachée et d’aspect lisse. Elle était recouverte par la muqueuse de la trachée, sa consistance était dure, donnant la sensation au toucher d’un nodule cancéreux dur, ce pourquoi elle était prise. Une tumeur semblable fut trouvée dans le péricarde.
Le microscope révéla une structure à laquelle je n’étais pas préparé. Il montra que la tumeur qui semblait avoir son origine dans le tissu conjonctif sous-muqueux, consistait dans une agrégation de nodules tuberculeux placés dans un réseau plus ou moins bien défini de tissu conjonctif hypertrophié. La majorité des cellules étaient dans la partie profonde de la muqueuse et dans Île tissu sous-muqueux, un certain nombre plus superficiels étaient sous l’épithélium. Ils montraient toutes les phases de dégénérescence. Dans quelques-uns la caséification était si avancée que rien ne restait, si ce n’était la paroi cellulaire. Les tissus de la trachée, dans le voisinage immédiat de la tumeur, ne présentaient aucun changement remarquable.
Le nodule péricardique avait la même structure histologique que celle trouvée dans la trachée.
Les parties malades des autres organes furent trouvées de nature cancéreuse.
Dans son manuel sur la tuberculose des voies respiratoires supérieures, le Professeur Collet, cite l'observation d’un de ses malades et a eu la possi-
bilité de suivre l’évolution de la lésion qui eut tendance à s'étendre :
+ os
« J’ai pu suivre, pendant près de deux mois, l’évolution d’une tumeur tuberculeuse de la trachée. Un homme de cinquante ans se plaignait depuis six mois de douleur à la gorge en toussant et d’un enrouement léger. Je constatai de la toux de compression avec léger tirage. L'examen laryngoscopique ne montrait, sur les cordes vocales, qu’une rougeur diffuse; mais dans leur écartement apparaissait un bourgeon framboisé, sous-glottique, du volume d’un pois, siégeant au-dessous de la commissure antérieure. Le pharynx présentait une rhinite sèche. L’examen des sommets ne montrait qu’un peu de submatité et une induration douloureuse; le malade était solidement musclé, plutôt gras, et son état général satisfaisant. Bien qu’il n’y eut pas de syphilis avouée et qu’un traitement mercuriel eût été déjà suivi sans résultat, j’instituai un traitement spécifique intensif (12 injections mercurielles).
Un examen laryngoscopique, pratiqué quatre semaines après le premier, montrait une tumeur saillante, occupant la partie antérieure et droite de la trachée; le malade se plaignait depuis quelque temps de douleurs irradiées dans l'oreille, et de douleur à la déglutition. L’examen radioscopique, pratiqué dans l'intervalle, m'avait montré que l'obscurité des deux sommets, surtout à droite, des ganglions trachéo-bronchiques à droite, formant une masse peu circonscrite. La température dépassait 38 degrés, oscillant entre 37°5 et 38°5.
Une semaine plus tard, la tumeur se mit à saigner; son point d’implantation devint beaucoup moins net; c'était un bourgeonnement étendu, rouge, parsemé de points noirâtres, d’origine hémorragique; l’amaigrissement fit de rapides progrès; la toux était fréquente, l’expectoration parsemée d’ilots purulents où l’on trouvait, par deux ou par quatre, des bacilles de Koch.
Après avoir subi la trachéotomie, le malade voulut