‹ Contribution à l'Étude de la Tuberculose Pulmonaire des VieillardsChapitre 23 sur 33 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Dangers et Prophylaxie

La tuberculose pulmonaire sénile, on ne saurait trop le dire, est une affection méconnue : des malades qui, comme tous les hommes, vivent d'illusions et ignorent toujours leur état; des médecins, que l'on néglige souvent de consulter et qui n'attachent pas assez d'importance à l’auscultation des vieillards. Il en résulte que cette variété de bacillose, comme les phlisies florides, comme toutes Les for mes lentes et occultes, est un danger continuel de contamination. Ces malades, encore valides, vont partout, ne prennent aucune précaution. À l’hôpital, ils font de longs séjours dans les salies où leur lit avoisine celui d’ün jeune typhique ou d'un pneumonique, et comme leur état ne les condamne pas à l'inaction, ils aident les infirmiers dans leur besogne, font les commissions, vont à la cuisine, portent les carafes de lait ou les aliments. La nuit, quand ils sont couchés, ils expectorent dans leur crachoir, mais dans la journée, ils crachent où ils se trouvent : dans les corridors, que l’on balaye ensuite à sec; dans les cours. où se promènent les convalescents. Dans les hospices de vieillards, leur situation est semblable; la voici, d’ailleurs, telle que la décrit dans un rapport officiel un médecin des hôpitaux, professeur d'hygiène à l'Ecole de médecine" :

1 Joseph Arnaud. L'isolement des tuberculeux hospitalisés à Marseille. (Marseille médical, 15 juillet 1905.)

« Les vieillards tubereuleux sont nombreux dans les hos- » pices.. la contamination y est d'autant plus facile que la » plupart de ces vieux. ayant une tuberculose torpide, pro- » mènent leur pseudo-catarrhe et sèment le bacille partout, » jusqu'au jour où ils viennent spontanément demander une » consullation. Le médecin ne peut, en effet, aller recher- » cher les tuberculeux dans les salles de l’hospice, qui sont » considérées comme le domicile inviolable des vieillards.» Ils ne demandent, en effet, à entrer à l'infirmerie, où la discipline est plus sévère, que si leur état s'aggrave et, améliorés, ils retournent à la vie en commun, au dortoir et au réfectoire où, placés à côté d’incurables, ils propagent la bacillose.

£n dehors des milieux hospitaliers, le danger n'existe pas seulement pour les familles d'ouvriers qui vivent dans la promiscuité de logements encombrés et malpropres, mais aussi au sein des familles aisées. En voici un exemple que rapportent, d'après Landouzy, Méry et Delille, dans leur article du Traité des maladies de l'enfance :

«Dans un jeune ménage, appartenant à un milieu parisien riche et vivant dans d'excellentes conditions hygiéniques, dont le mari et la femme sont d’une superbe santé et l'ascendance absolument vierge de tuberculose, naissent successivement un, deux, {rois enfants qui sont successivement emportés vers l'âge de deux ans par la méningite tuberculeuse. Ces enfants, superbes à la naissance, ont été nourris au sein par leur mère et élevés dans les meilleu res conditions hygiéniques, à la ville et à la campagne. Dans l'entourage, on ne trouve rien, la bonne d'enfant est parfaitement saine, pe:sonne ne tousse el l'on serait prêt à renoncer à découvrir la cause de contamination, lorsqu'on s’avise qu'une vieille domestique, qui à élevé la jeune mère et qu'on à conservée par affection, est atteinte d’un vieux catar-

noue he et tousse quelquefois. Souvent elle garde les enfants, es place sur ses genoux, les embrasse. On l’ausculte et l’on lécouvre les signes d'une tuberculose pulmonaire ouverte, ndiscutable, on examine les crachats, il y a des bacilles. Jepuis, celte vieille femme a été reléguée à la campagne, le eune couple a eu d’autres enfants qui se sont parfaitement levés, et on n'a plus observé de cas de méningite dans la amille. »

La tuberculose pulmonaire sénile est donc dangereuse, nais elle ne l’est que si elle reste ignorée du médecin. elui-ci pourra, sans réclamer des mesures trop rigoureuses, ui pourraient paraîlre inhumaines, sans déclarer même au nalade la nature exacte de son affection, exiger quelques récautions, qui seront d'autant mieux suivies qu'elles parairont plus simples et plus rationnelles. Lorsque la séparaion ou l'isolement sont impossibles à obtenir, il suffira de uelques conseils à l'entourage, de quelques habitudes de proreté que le vieillard acceptera loujours dans l'intérêt des lens pour éviter la contagion. À côté du bacille, il reste, en flet, Je terrain et c'est surtout en améliorant celui-ci, qu’on rrêtera les progrès de la tuberculose.

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