OBSERVATION III
(Personnelle)
Le 2 février 1914, se présentait à la consultation de l'hôpital une jeune fille de 14 ans, très bien constituée, vigoureuse, paraissant plus âgée. Elle se plaignait de maux de tête depuis 15 jours environ avec abattement, fatigue et somnolence continuelles. La langue est sèche, rôtie. La température axillaire est à 385 environ, le pouls bat à 115 pulsations à la minute. La malade entre le jour même à l'hôpital et quand nous l’interrogeons, nous la trouvons dans un état d’abattement complet, répondant mal aux questions : elle fait pendant dans la salle à une petite malade qui est en plein stade amphibole d'une fièvre typhoïde grave : Le tuphos est également intense chez ces deux malades.
La langue est blanche, plâtrée, mais non rôtie ; les
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vomissements sont fréquents, la diarrhée est abondante, fétide. Le foie est normal, mais la rate est notablement augmentée de volume ; il n'y a pas de taches rosées. La malade présente en outre une céphalée intense à paroxysmes nocturnes et des bourdonnements d’oreilles. Les autres appareils ne présentent rien d’anormal : on note cependant un peu d’albumine dans les urines.
Ce qu'il y a de plus caractéristique c’est la température élevée, oscillant entre 385 et 39°5 (4 axillaire) ; le pouls bat à 110 environ, égal, régulier, assez bien frappé. Cet état de choses durait depuis 8 jours et malgré l'absence d’épistaxis, nous pensions à la fièvre typhoïde surtout étant donnée l'épidémie constatée à ce moment : mais le nombre de pulsations proportionné à la température, l'absence de taches rosées, l’état de la langue qui était blanche et non rôtie nous faisaient cependant hésiter quelque peu. Par contre, la fièvre était nettement du type continu et le tuphos très intense avec hypertrophie considérable de la rate, tous symptômes en faveur de l'infection éberthienne.
Le 4 février, véritable coup de théâtre : la malade se plaint de dysurie, l'émission de l'urine produit une sensation de brülure très pénible au niveau des grandes et petites lèvres. Nous examinons immédiatement cette région et constatons que la petite lèvre gauche est œdématiée : à sa face interne siège une ulcération, grosse comme une pièce de O0 fr. 50, à base indurée, à bords taillés à pic et dans laquelle on trouve facilement le tréponème de Schaudinn : il n’y a pas cependant d’adénopathie inguinale. La malade avoue avoir été
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violée il y a 2 mois par son beau-père ; elle ne s'était jamais aperçue de rien jusqu’à présent, quoique l’aspect de l’ulcération doit la faire considérer comme datant déjà d’un certain temps.
La recherche du tréponème dans le sang pratiquée le même jour est positive (fait très intéressant à retenir).
Le 5 février on pratique la réaction de Widal qui se montre négative au 1/25° et au 1/50° : quelques rares amas se forment seulement au 1/10° mais très lentement : le séro-diagnostic est également négatif, pour les paratyphiques A et B.
Le 7 février on fait une première injection intraveineuse de 0 gr. 15 de néo-salvarsan : il se produit alors une réaction thermique à 40°.
Les 8 et 9 février, on pratique une injection intramusculaire de 0 gr. 02 centigr. de biiodure de mercure, le 10 février O0 gr. 15 de néo-salvarsan sans réaction, les jours suivants biiodure, et la température qui n'était plus aussi élevée depuis la réaction précitée s’abaisse lentement chaque soir et reste à 37°7 le soir du 12 février : le tuphos est disparu, la langue est nettoyée.
Après 2 jours 1/2 d’accalmie complète la malade est prise le 14 février au soir de frissons répétés et d’un violent point de côté : la température monte rapidement à 40°. Le lendemain on découvrait une pneumonie franche de la base droite, affection qui évolua avec une allure particulièrement grave chez cette malade très déprimée : des enveloppements tièdes et une médication tonicardiaque énergique devaientcependant juguler les symptômes alarmants : la défervescence fut
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normale, assez rapide. Ajoutons que le traitement spécifique avait été continué pendant l’évolution de la pneumonie.
A la lecture de nos trois observations on a pu voir que dans deux cas le séro-diagnostic de Widal avait été positif au 1/10°, mais l'agglutination se faisait lentement.
Nousindiquons plus loin comment il faut interpréter la réaction de Widal et nous montrons à quelles conditions elle peut être regardée comme positive.
Le fait que chez deux de nos malades le séro-diagnostic a semblé positif au 1/10° ne va pas à l'encontre de notre thèse puisque l'agglutination dans les deux cas s'est produite lentement : il peut d’ailleurs se faire, ainsi que nous le disons plus loin, que les réactions humorales produites par l'infection syphilitique soient suffisantes pour produire une agglutination atténuée.
D'ailleurs nous pourrions rapprocher de ces faits les cas d'agglutination au B. d’Eberth ou aux paratyphiques que nous avons eu l'occasion d'observer plusieurs fois dans des cas de granulie ou de typho-bacillose.
Témoin le cas de cette jeune fille de 17 ans qui, il ÿ à un mois environ, au cours d’une granulie (confirmée d’abord au début par la ponction lombaire et ultérieurement par l'autopsie) présenta une agglutination rapide au 1/100° pour le paratyphique A. originaire du labaratoire de bactériologie de Rennes et également au 1/100° pour un B. coli.