GÉNÉRALITÉS — HISTORIQUE
« Morbus Gallicus est morbus absque febre. » Telle était la phrase classique des vieux collèges médicaux de jadis. A cette époque où il n'existait aucune différenciation clinique entre le chancre mou et le syphilome primaire et même la blennorragie, on vivait dans cette certitude que la Syphilis évolue sans température. A mesure que l’on différenciait les affections entre elles, que la Lèpre se séparait de la tuberculose et que la syphilis elle-même souvent confondue dans certaines de ses formes avec ces deux maladies commençait à s’individualiser, on revenait sur cette idée. Si bien que dans un travail de Hunter (1728-1793) sur la vérole « traité des maladies vénériennes » (1787), se trouve consacré un chapitre à la fièvre symptomatique ; mais cet auteur considérait la fièvre comme dépendante des accidents locaux, il n’admettait pas qu’elle puisse se produire sans intermédiaire, c’est-à-dire sans connexion avec tel ou
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tel symptôme diathésique. Depuis lors les recherches furent orientées dans ce sens et de loin en loin parurent quelques observations relatant la fièvre syphilitique symptomatique suivant les vieilles idées de Hunter. Cependant quelques auteurs, entre autres Frascator, ce défenseur si énergique de l’origine américaine de la syphilis, avaient entrevu eux aussi l'existence de la fièvre syphilitique; et même à côté d’eux Jean de Vigo, Schwediaur, Hecker et Morelli, signalent une association clinique particulière ; celle de la fièvre et d'un état d'asthénie et de stupeur. Haygarth (1860), De Castelnau (1847) en publient quelques observations, Guntz, en 1863, craignait de voir identifier les phénomènes fébriles de la syphilis avec ceux de la variole et d’autres fièvres éruptives.
Lancereaux disait à la même époque : « La fièvre syphilitique peut être continue, et pour peu qu’elle s'accompagne de céphalée, de lumbago, de nausées, d'hébétude, de stupeur et d’épistaxis on conçoit qw'elle puisse simuler la fièvre typhoïde »,
Vinrent ensuite deux travaux importants de Courtaux (1871) et d’Antonini (1876) suivis de quelques mémoires de Mustapha-Faïd, d'Ingold, de Kiouthayantz, de Janowsky, de Schierber ; et encore nombre de ces travaux n'ont trait à la fièvre syphilitique que très incidemment.
« Rien n'est tenace, dit-on, comme une erreur. Or, ce n'est pas une erreur seulement, ce sont deux erreurs qu'il me faut attaquer dans notre réunion de ce jour ». Ainsi débutait A. Fournier dans une de ses Leçons
cliniques sur la syphilis. Pour le Maître de la syphiligraphie française il est deux points bien acquis :
1° La fièvre peut se rencontrer dans la syphilis ;
2° La fièvre n'est pas uniquement symptomatique.
Et cet auteur pendant toute la lecon démontra que les accidents fébriles au cours de la syphilis ne sont pas uniquement des coïncidences et que, même malgré l'absence de symptômes locaux, cette fièvre est bien due à la syphilis évolnante et qu’elle disparaît avec le traitement.
Dès lors, sous l'inspiration de Fournier, des thèses importantes furent soutenues, celles de Morin (1887), de Vialaneix (1888), Ahleman (1895), Monier (1898), Bournoville (1901).
Mais, sauf dans le travail Morin et de Bournoville, la typhose syphilitique n’occupe qu’une place très secondaire et ce n’est que très incidemment que l'on rencontre les mots de fièvre syphilitique ou même de typhose syphilitique.
Et cette forme est malheureusement si peu connue que Fournier n’hésitait point à écrire dans son magistral Traité de la Syphilis que la typhose syphilitique était ignorée de la plupart des praticiens. C'est en effet une forme rare et c’est cette phrase de A. Fournier qui nous a en partie décidé à publier les observations personnelles que nous possédions et à les commenter.
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