OBSERVATION VI
Wagner. (Deutsch Archir. Klin. medicin., 1880.)
Un homme, âgé de 38 ans, commence à sentir depuis le mois de juin 1887 un grand abattement et une diminution de la vue ; depuis une semaine, il a de violentes douleurs péri-orbitaires,
ue des vomissements opiniâtres, des vertiges, une grande faiblesse, de l’inappétence et des envies fréquentes d’uriner. Depuis le milieu du mois d'octobre, il a des vomissements tous les jours, et depuis la fin d'octobre les douleurs frontales diminuent rapidement ; le malade remarque aussi que les urines sont troubles et mousseuses.
Au bout de six jours, les urines redeviennent claires, et après un même laps de temps il survient subitement dans la nuit une forte douleur dans le troisième orteil gauche; au commencement de novembre apparait une forte douleur dans le ventre. Jamais d'œdème.
Etat du malade depuis le 20 novembre 1887.
Se plaint d’un abattement opiniâtre et de douleurs dans l'orteil ; l'appétit est bon. T. 360$, pouls à 112, fort ; toutes les artères, perceptibles au doigt, sont rigides ; 24 respirations, amaigrissement. Pas d'œdème. Rétinite double et hypertrophie du ventricule gauche; le ventre est plus dur et le troisième orteil est enfié. L’urine est claire, jaunâtre et contient de l’albumine.
Dans les jours suivants, la quantité des urines varie entre 1.100 et 3.000 grammes. D. 1.009. Dans le dépôt du fond du vase, il y a quelques cylindres hyalins et des globules blancs du sang. Après un écart de régime, dans la nuit du 26 novembre, le malade succombe par péritonite.
Autopsie.— Hypertrophie excentrique du ventricule gauche. Endartérite chronique intense et de nombreux thrombus des parois de l'aorte. Gangrène de l’orteil, Cicatrice syphilitique du foie. Une tumeur chronique de la rate avec des infarctus hémorrhagiques anciens. Les reins sont légèrement contractés et granuleux. Ulcères catarrhaux de l'extrémité inférieure de l'iléon; un des ulcères a été perforé. Péritonite généralisée. :
OBSERVATION VII Barthélémy. (Annales de dermalologie et de syphiligraphie.)
Carin Léopold, âgé de 55 ans, bijoutier, entre le 2 avril 1877, salle Saint-Louis, n° 30. À l’âge de 18 ans, il a eu un écoulement qui a duré trois mois. Cet écoulement fut traité par des tisanes et des pilules de protoiodure de mercure ; quoique le malade n'ait pas remarqué le moindre vestige d’un chancre. Depuis la fin de cet écoulement, le malade se porta toujours très bien: il eut seulement, étant militaire, une rétention d'urine qui disparut rapidement.
En 1867, sans cause appréciable, il eut des névralgies violentes qui ne le quittaient ni jour ni nuit. Selon le malade, les douleurs de la tête étaient plus violentes la nuit que le jour: Ces douleurs durèrent environ deux ans.
En 1869, le malade aperçut, sur le front, à 4 centimètres environ au dessus du sourcil gauche, une tumeur qui atteignit rapidement le volume d’une deminoix. Cette tumeur était molle et fluctuante et donna au bout de quelques jours issue à un liquide séreux. Bientôt, et à côté de la précédente, apparut une nouvelle tumeur qui évolua de la mème façon et ainsi de suite. Dans l’espace d'un mois, le cuir chevelu tout entier en fut couvert et notamment à la région occipitale où l’éruption fut confluente,
Ces tumeurs, après leur évolution, laissèrent des cicatrices profondes, de grandeur variable.
En avant, sur le frontal, elles forment de petits points, au: nombre de trois ou quatre, situés verticalement, pénétrant à une profondeur d’un demi-centimètre pour la plus profonde
(gauche) et de 3 millimètres pour la plus superficielle. Celles du vertex ont laissé des cicatrices aussi profondes mais plus larges, ainsi que celles de la partie occipitale.
Les dernières tumeurs se montrèrent sur la face, autour des orbites. À gauche, il y en eut deux au bord adhérent de la paupière. une à chaque angle du même œil, une autre enfin sur la paupière inférieure du même côté.
A droite, il n'y en eut pas moins et avec des dispositions analogues, envahissant mème les régions malaires et mastoi-
diennes.
Les tumeurs qui entourèrent les yeux acquirent à peine le volume d’un pois. Les cicatrices de la face sont moins larges que celles du front; mais elles sont aussi profondes et sont adhérentes aux os! La plus profonde est celle de l'angle externe de l'œil droit. Un stylet s’y enfonce à 1 centimètre. Il en sort un liquide blanchâtre, puriforme. Avec l’apparition de ces tumeurs disparurent les douleurs de tête et le malade eut plusieurs années de tranquillité et de bonne santé. |
En 1877 (janvier), il ressentit dans le bras gauche des douleurs violentes et profondes, douleurs non continues, plus fortes la nuit que le jour. Un mois après apparut une exostose considérable de l’humérus gauche, qui fut déformé.
A mesure que l'os grossissait, le bras s’engourdissait et la main se refroidissait, était gènée dans ses mouvements et perdait de sa force.
Enfin, au mois de mars, de nouvelles douleurs se firent sentir dans la fesse et dans l’aine gauche. Ces douleurs étaient analogues à celles du bras.
En même temps, le fémur correspondant augmentait de volume dans son tiers supérieur.
Tel était l’état pour lequel Carin vint faire un premier séjour L #,
ON — à l'hôpital Saint-Louis. Au bout d’un mois, il était déjà fort amélioré (mai 77). |
Si j'ai insisté avec autant de soin sur la description des lésions de cet homme, c'est que leur nombre et leur disposi- tion donnaient à son crâne un aspect tout spécial. Toutes ces saïllies et ces dépressions anormales, se succédant les unes aux autres rappellent, ainsi que le fait remarquer par une comparaison heureuse qui se grave facilement dans l'esprit M. le professeur Fournier, le jeu qu’on rencontre sur toutes les foires : le jeu de macarons. On peut s'en convaincre en examinant au musée de l'hôpital le crâne de cet homme qui fut alors fidèlement moulé. Enfin, j'ai voulu décrire ces ostéomes gommeux avec d'autant plus de soin que les accidents du début de la syphilis étaient passés inaperçus. La syphilis, en effet, bien qu'ignorée du malade, bien que non traitée, est incontestable:
Depuis sa sortie de l'hôpital (octobre 1877 jusqu’en 1880), Carin n’a pas été malade ‘et par conséquent, comme il le dit lui-même, n’a fait aucun traitement.
Au mois de mars 1880, apparition rapide de troubles divers : malaise général, affaiblissement marqué, lassitude pour le moindre effort, tendance accentuée à la torpeur, à la tristesse, à l'inaction, à la passivité. Ce n’est qu’à regret, qu’il exécute un mouvement, il est fatigué à l'avance, il n’a plus de goût à rien : il est indifférent à tout. Il reste assis pendant deux heures, la tète vague, sans agir, sans penser, sans même se demander ce qu'il fait là.
Les idées sont devenues rares, même pour la conversation qu'il a languissante, incohérente, lente et sans suite. La mémoire est aussi diminuée que l'activité intellectuelle. Il fait telle course pour une autre, il va dans tel endroit croyant se rendre dans tel autre, ou bienil ne s'aperçoit de son erreur
LR qu’au moment même de faire sa commission ou son placement de marchandises. De là, pour le malade, grand décourage ment et tristesse profonde. Il s'assoupit, mais ne dort pas d’un Sommeil réparateur. [l est toujours refroidi, algide même au mois de mai 1880. Il n'a d'ailleurs pas de fièvre, que très peu d'appétit, avec un dégoût prononcé pour la viande.
Tous ces phénomènes nerveux, qui sont du reste de la Syphilis cérébrale, ont été étudiés avec le plus grand soin par M. le professeur Fournier. Dans le cas actuel, le professeur ne saurait les laisser passer sous silence et insiste sur leur importance et leur gravité.
Le malade ne souffre d’ailleurs de nulle part ; il ne se plaint que de céphalalgie, de ‘lourdeur de tête, de compression au niveau du front, au dessus des deux yeux ; il a des sensations bizarres, son cerveau entre par moments en bouillonnement, ou bien il croit que son crâne va se soulever.
La céphalalgie est continuelle, elle n’est interrompue soit le jour, soit la nuit que par des élancements particuliers.
D'ailleurs, pas de fourmillements, pas d’engourdissements. Quelques crampes douloureuses dans les jambes ; soubresauts de tendons ou de muscles, surtout la nuit, sensibilité intacte : pas de vomissements.
Depuis huit jours, apparition de vertiges, d'accès vertigineux ; depuis le même temps il a eu trois chutes, sans perte de connaissance. Il se relève aussitôt et marche ensuite pendant vingt minutes.environ, comme un homme ivre. Le vertige et la faiblesse semblent être les seules causes des chutes,
Pas de paralysie partielle. Pas d’embarras de la parole. Asthénie, pâleur généralisée. Oppressions fréquentes. Pas d’æœdème des membres; mais ballonnement abdominal avec ascite légère. Pas d’hydrothorax, mais râles sous-crépitants, groupés-par foyers perçus d’abord à gauche, puis à droite.
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Enfin, légère bouffissure du visage. L'examen des urines démontre l'existence d’une albuminurie considérable. L’urine se prend en masse blanche, d’abord filamenteuse, mais tombant rapidement au fond du verre.
Traitement. — Régime lacté absolu.
PSE Cr PROS Le s grammes.
Frictions hydrargyriques........ Sn
Ventouses sèches sur le thorax.
15 mai. — Pas de fièvre. Cependant, redoublement de
l'oppression et formation à gauche, d'un épanchement pleural. Râles sibilants et sous crépitants dans le reste de la poitrine, souffle et matité à gauche.
A huit heures du soir, le malade entre dans le coma et meurt à quatre heures du matin, quelques jours après sa rentrée à lhôpital.