‹ Contribution à l'Étude de Quelques Conséquences Éloignées de la SyphilisChapitre 7 sur 11 · AUTOPSIE · texte numérisé non relu

AUTOPSIE

Thorax. — Epanchement dans la plèvre gauche (un litre et demi de sérosité transparente). Pas de trace d’ascite.

Le poumon gauche est comprimé. Il ne contient ni foyers pneumoniques, ni granulations tuberculeuses.

Le poumon droit, très congestionné, se laisse pénétrer à la base par le doigt et laisse écouler abondamment du sang noir et spumeux.

Pas de péricardite aiguë ni chronique.

Cœur de volume normal. Le ventricule gauche est en systole, le ventricule droit en diastole; myocarde du volume normal, mais non graisseux. Valvule mitrale épaisse, athéromateuse mais suffisante. Cœur droit sain. ;

Crâne. — La décortication du cuir chevelu est difficile, au niveau du vertex surtout, tant la peau est amincie, adhérente à l'os et transformée tout entière en tissu nodulaire. Quand

bre cette décortication est faite, le cuir chevelu est transformé, à cause des adhérences cicatricielles qui ont été déchirées, en une membrane percée à jour en de nombreux endroits.

Le crâne est tel que nous l'avons décrit; on peut d'ailleurs le voir, au musée Saint-Louis, dans une des vitrines particulières du docteur Fournier.

Hémisphère cérébral gauche. — Le tiers postérieur de la deuxième circonvolution frontale est le siège d’une dépression marquée ; il existe là une cavité ayant l'étendue de la moitié d'une amande fermée par un feuillet de la pie-mère qui n’est nullement épaissie à son niveau.

Il n'y a d’ailleurs dans cette cavité aucune trace de caillot ancien; pas de cholestérine, pas de produit inflammatoire ni néoplasique, pas d’adhérence avec la pie-mère. Rien d’analogue dans le côté opposé sur le point correspondant. Un jet d’eau ne dissocie aucune partie de la substance cérébrale.

Les artères de la base ne présentent que quelques points d’adhérence.

Les autres portions de l'encéphale sont absolument saines.

Abdomen. — Rate normale. Légère dégénérescence graisseuse du foie.

Reins. — Les reins se décortiquent facilement. Mais on aperçoit à la surface de la substance corticale des noyaux lenticulaires extrêmement abondants, serrés, blanchâtres et jaunâtres, répondant à une dégénérescence granulo-graisseuse accentuée. Cette altération est plus prononcée sur le rein gauche qui est plus petit. L'aspect de ce rein est assez semblable, d'après l'examen microscopique, au foie cirrhotique, tant la surface est jaunâtre, rugueuse, mamelonnée et différente de l’aspect lisse normal. A la coupe, la dégénérescence graisseuse s’accentue, toute la substance corticale qui est très

épaisse-et mesure plus:de deux centimètres dans les points les plus étroits, est blanche et dégénérée; au point .que c'est à peine si, au niveau des pyramides, on aperçoit encore.çà et là, des faisceaux rouges des:tubes.

Dans un seul point, la pyramide apparaît nettement à son sommet, elle est recouverte par une substance corticale épaisse de plus d’un centimètre.

Dans la généralité de l'organe lès deux substances sont confondues à l'œil nu. Il n’y a d’ailleurs pas de traces de foyers caséiformes, ni gommeux.fEn résumé, l'examen macroscopique fait croire à la néphrite parenchymateuse.

Ces pièces anatomiques nous ont semblé dignes d’une analyse plus approfondie et nous avons prié notre collègue et ami, le docteur Balzer, d'en faire l'examen microscopique.

Voici la note qu'il-nous a remise à ce sujet :

Les coupes du rein ont été traitées par le picro-carminate d’ammoniaque et quelques-unes par le violet de méthylaniline. Ce dernier réactif montre que le rein est atteint d'une dégénérescence amyloïde déjà avancée. Quelques glomérules ‘sont envahis complètement; d’autres seulement en quelques points. Les gros vaisseaux sont intacts; la ‘dégénérescence n'atteint que quelques vaisseaux de moyen calibre et les-artérioles. La capsule des glomérules-est-épaissie, fibreuse : la sclérose :enva- ‘hit mème la partie interne.de la capsule et rétrécit cette.dernière. Un certain nombre.de glomérules sont.devenus complètement fibreux. Enfin, le tissu conjonctif péricapsulaire :est ‘épaissi dans une assez grande étendue, surtout dans certains points, où ce sont les lésions propres :à la réphrite:interstitielle qui ont pris le plus de développement.

Cette néphrite interstitielle est généralisée : énorme presque partout. Le lobule du rein ‘n’est pas atteint seulement ‘à :sa périphérie ; dans le voisinage des glomérules, la sclérose enva-

HE EE hit aussi le labyrinthe et le centre du lobule, circonscrivant partout les tubes et formant autour d'eux des gaines épaisses. De larges travées fibreuses cloisonnent en beaucoup de points les lobules du rein.

La dégénérescence amyloïde envahit ce tissu en plusieurs endroits : partant des vaisseaux, elle rayonne dans des directions difficiles à décrire, Les gros vaisseaux sont très congestionnés, bourrés de glomérules sanguins. Il faut noter enfin que la sclérose n’est pas partout aussi complètement organisée. En plusieurs endroits, les espaces qui séparent les tubes, contiennent des amas de cellules rondes ou fusiformes, montrant les phases primitives de la néphrite interstitielle et trahissant un processus encore très actif.

Les altérations tubulaires sont également très accusées, Les tubes droits sont comprimés, atrophiés, parfois diffcilement reconnaissables. Presque partout, le revêtement épithélial consiste en une bande cellulaire mince collée entre la paroi du tube et flottant dans sa cavité. Les épithéliums sont ordinairement granuleux, colorés en brun foncé par le picrocarminate. |

Le centre du tube est occupé fréquemment par des boules réfringentes ressemblant à des goutelettes de mucus, décrites par M. Cornil. On trouve aussi de gros corps granuleux chargés de granulations graisseuses libres : très souvent enfin de la matière colloïde.

Celle-ci se présente parfois en grains, retenus par les. masses granuleuses; ou bien elle occupe toute la cavité du tube, refoulant et atrophiant les épithéliums. C’est surtout dans les tubes droits qu’elle est sécrétée en si grande abondance. :

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