Les cônes androgynes de Picea morinda (Pinacée
Plus compliquée, mais tout aussi suggestive, est l’organisation que nous avons trouvée dans des cônes androgynes de Picea morinda Link.
(fig. 44). Presque tous les ans, un individu de cette espèce, croissant dans le Jardin des Plantes de Montpellier, produit un certain nombre de cônes androgynes. Cette « anomalie » a déjà été signalée par divers auteurs, mais nos échantillons ont été d’un intérêt exceptionnel. Il existe des cônes qui sont mâles à la base et femelles au sommet, des cônes mâles au milieu et femelles aux deux extrémités ; enfin, chez d’autres, la partie femelle est située en bas, la partie mâle au sommet.
Fig. 44. — Picea morinda : Les structures que l’on peut trouver aux SR limites des parties mâles et femelles sont partiau milieu, femelle aux deux Culièrement intéressantes, en particulier dans extrémités. des cônes qui sont femelles aux deux extrémités
et mâles au milieu. Nous avons pu y observer les faits suivants : certaines bractées (fig. 44, fa, fs), insérées à la
limite inférieure de la partie mâle, axillaient des axes A, portant 2-4
étamines, donc des petits cônes mâles très contractés ; Ceux-ci sont
homologues de l’« écaille » ovulifère normale que l’on peut d’ailleurs observer à l’aisselle des bractées inférieures et du sommet du cône étudié.
Il est significatif que MozLrARD ait constaté, dans des cônes de la même
espèce, des ovules contenant des grains de pollen (nous avons schématisé
ce fait à l’aisselle de f., fig. 44). Parfois les bractées axillant les axes 4,
staminifères peuvent, elles-mêmes, devenir fertiles (fig. 44, f;) par un
mécanisme de transfert de fonction exactement identique à celui que nous avons décrit chez Cephalotaxus (voir p. 19), mais, chez Picea, il s’agit de structures anormales, tandis qu’elles sontnormales chez Cephalotaxus.
A la limite supérieure de la partie mâle, les bractées staminales perdent progressivement leur fonction sporogène, en même temps qu’une « écaille » ovulifère apparaît à leur aisselle. Certains organes sont mixtes
(fig. 44, fio; fu)
Ce cas tératologique illustre, lui aussi,
Fig. 45. — Une écaille ovulifère de
l’homologie entre « écaille » et cône mâle, Picea morinda (cône androgyne) ; ainsi que le mécanisme par lequel les 12 micropyle des ovules est muni
changements de sexe ont lieu.
de deux languettes.
Pour être complet, signalons que les ovules des cônes androgynes pré-
Fig. 46. — Un cône anormal de Cupressus glauca : à l’aisselle de /,a se développe un cône mâle; à l’aisselle des autres feuilles (f10, fa, f2b...), il y a des axes À, très réduits Lorteurs d’ovules.
a, représentation schématique de l’ensemble; b. Son diagrarme.
sentent souvent la particularité d’avoir un micropyle à deux languettes (fig. 45). Cette structure rappelle celle qui existe chez Cordaianthus (FLORIN) et chez Ginkyo.