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L'’inflorescence des Plombaginacées

Les cymes de ces plantes, habituellement plus ou moins lâches, sont parfois très contractées en inflorescences denses, capituliformes. L’une de ces inflorescences contractées nous a paru avoir un intérêt particulier, celle des Plombaginacées.

Nous avons été conduit à cette étude par des préoccupations de systématique au sujet du genre Statice L. (Armeria Willd.). Les clés des flores, dans la détermination des espèces, invoquent souvent des caractères de «bractéoles ». Il nous est apparu que la systématique des Statice serait éclairée si on arrivait à reconnaitre la valeur de ces bractéoles, c’est-à-dire si on arrivait à déterminer la structure de l’inflorescence de ces plantes.

Le problème a pu être résolu en étudiant le genre Limonium Adanson (Statice L., pro parte), dont l’inflorescence est moins contractée que celle des Statice L. (Armerria Willd.).

19 L'’inflorescence des Limonium. — Nous commencerons l’exposé par l'étude de Limonium bellidifolium (Gouan) Kuntze. On sait que, dans beaucoup d’espèces du genre Limonium, l’inflorescence est très rameuse, les rameaux du sommet, seuls, étant florifères. L’inflorescence est plus ou moins brisée, évoquant un enchaînement sympodique. En réalité, celui-ci n’existe que dans les ramifications du sommet qui portent les fleurs, les autres parties, plus bas, non florifères, étant monopodiques (pseudo-sympodiques) ; la position des bractées ne laisse aucun doute à cet égard.

Voyons les parties florifères proprement dites. Leur axe principal A, (fig. 64) est brisé, ce qui lui donne l’aspect d’une cyme, ressemblance encore accentuée par l’unilatéralité de l’inflorescence due à des torsions secondaires des inflorescences élémentaires. En réalité, il s’agit d’un monopode, axe unique portant des feuilles, dans un ordre phyllotaxique, malheureusement difficile à déterminer à cause des deformations secondaires. Nous avons donc affaire à une grappe d’inflorescences élémentaires, parfois réduites à une fleur, chez Limonium graminifolium (Statice graminifolia Ait.), par exemple. Celles-ci sont, comme nous allons le voir, de petites cymes unipares hélicoïdes. A l’aisselle des bractées de l’axe principal de la partie florifère se développent des axes secondaires portant 2 préfeuilles qui sont originellement en croix, mais qui, du fait des déplacements secondaires, sont situées presque dans le plan axe-bractée. Sur le

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schéma de la figure 65, nous avons figuré, en pointillés, la position normale ; en trait plein, la position réelle. Ilesttrès facile de repérer la position relative de ces 2 préfeuilles sur les rameaux les plus bas, car elles sont insérées à des niveaux différents. La préfeuille 4 est toujours membraneuse, petite, tandis que $ est à peu près trois fois plus grande et n’est membraneuse que sur les bords. Nous observons ici une accentuation de ce que l’on peut constater dans l’appareil végétatif, où à était également réduite par rapport

Fig. 64. — a, portion d’inflorescence de Limonium bellidifolium ; b, représentation schématique.

à 6. Cette différence de taille des préfeuilles + et 6 est très nette aussi, chez Limoniastrum monopotalum (L.) Boiss. (fig. 66), où l’inflorescence élémentaire est réduite à une fleur.

Par contre, chez certains Limonium [L. glumacea (Statice glumacea Jaub. et Spach), L. acerosum (Statice acerosum Willd.)] « et & de l’inflorescence élémentaire sont sensiblement égaux.

Appelons 4, (fig. 64) l’axe général florifère, A; étant l’axe de l’inflorescence élémentaire. Ce dernier, après avoir porté les deux préfeuilles a et $, se termine par une fleur (1). A l’aisselle de 8 se développe un axe 4, qui porte 2 préfeuilles à’ et B’ orientées comme » et 8. A; et À, sont donc 2 rameaux homodromes. « est ici très peu développé ; c’est une petite

écaille membraneuse, à peine égale au dixième de 6. À, se termine par la

fleur 2. $’ axille parfois un axe A, portant 2 préfeuilles et se terminant par la fleur 3 : c’est ce que nous avons figuré sur le diagramme (fig. 67). Nous avons done, ici, une petite cyme hélicoïde développée en 6. Dans

\ Ü br Fig. 65. — Diagramme montrant la position Fig. 66. — ZLimoniastrum monopetalum : diaréelle (en trait plein) et théorique normale gramme montrant la position et la grandeur (en :pointillé) des préfeuilles des axes secon- relatives des préfeuilles (x et 8) des axes daires (AÀ,) de l’inflorescence de Zimonium secondaires de l’inflorescence.

bellidifolium.

certains cas, assez fréquents, + est réduit à zéro, ainsi que les préfeuilles 8 d’ordre supérieur. En outre, la ramification en $ peut ne pas se développer. Dans ce cas, A,

et la fleur 1 sont soli- @A0 @ Ao taires ; il y a une cy- 7

mule réduite à une f

seule fleur. PEN

Nous avons remar- ÿ = (Gi) 3 ; qué, en outre, que le EX P O2 () déplacement secon- 0) #

daire intéressant les P préfeuilles de l’axe À,,

qui porte la fleur 1, Le LE 1 amenant & en position br

presque épibractéale, br est limité à cet axe ; les fleurs suivantes a ont leurs préfeuilles | le. ..

de I Fig. 67. — Position réelle (a) et normale théorique (b) des préen POSITION none Es feuilles et des fleurs dans l’inflorescence élémentaire de Limoc'est-à-dire en CroiX nium bellidifolium.

(fig. 67 a).

Notons, enfin, que les petites cymes unipares hélicoïdes, portées par le rameau florifère (A,), sont régulièrement antidromes.

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29 L’inflorescence des Statice L. (Armeria Willd.). — La structure de linflorescence des Statice est essentiellement la même que dans le genre Limonium, la différence étant la forte contraction de l’inflorescence des

Statice. Dans ce genre, en effet, il y a une grappe contractée capituliforme de cymules élémentaires. Quand

© on dissèque un capitule de Statice, on constate qu'il y

a, à l’extérieur, des feuilles bractéiformes plus ou moins

scarieuses et dont la taille et l’épaisseur s’amenuisent

© | vers l’intérieur. Le centre est occupé par les inflores-

: cences élémentaires ; celles-ci présentent chacune, du

, côté de la périphérie du capitule (fig. 68), une pièce que

© l’on pourrait être tenté de considérer comme bractée N\ mère, en raison de sa situation fréquemment plus ou

à moins épiradiale, mais qui est, en réalité, la préfeuille £ Er déplacée par une torsion secondaire. Sa forme est diffé-

Fig. 68.— Portion rente de celle des pièces bractéiformes (br). d'inflorescence de La suite montre que l’inflorescence élémentaire de

ee Statice (fig. 69) est bâtie sur le même type fondamental

bractéale de la que celle de Limonium, la préfeuille 8 y ayant sa place

Pre normale, avec la nuance que, chez Statice, toutes les

préfeuilles + avortent régulièrement. Cependant, dans

l’une des espèces examinées, 54. multiceps (A. multiceps Wallr.), à était

parfois présent, comme chez les Limonium ; dans ce cas, l'identité des deux inflorescences est

complète. ®A0 8 Ao En conséquence, les

bractéoles des auteurs ; so

sont, en réalité, les pré- P 30 }ÿ

feuilles & des fleurs des D (1)

cymules. Ces préfeuilles, 3 p © (D

comme dans toutes les cymes, servent de brac- P

tées.

Nous avons observé ; que, chez certaines espèces er D RE, (St. pinifolia [ Armeria pi- br a nifolia (Brot.) Hofigg. et 4 b la

Link], St. pungens Hoffgg. D

: z 18. 69. — Siatice : diagramme de l’inflorescence élémentaire. et Link), les bractéoles a, position réelle des préfeuilles ; b, position théorique sont absentes. Dans sa normale de celles-ci.

Flora de Portugal, P&-

REIRA COUNTINHO signale qu’une squamule rudimentaire se développe, parfois, dans l’inflorescence de St. pinifolia ; il décrit, en outre, trois formes de Sf. pungens : forme typica, à bractéoles nulles ; forme fasciculata (Dav:), à bractéoles rudimentaires : forme intermedia (Dav.), à bractéoles développées.

Lorsque le capitule est dépourvu de bractéoles, la position respective des fleurs, sur le réceptacle, permet de déterminer qu’elles sont groupées en petites inflorescences. Nous sommes donc ici en présence d’un cas remarquable de réduction ayant porté sur les pièces stériles de l’inflorescence, qui ont disparu. Comme les préfeuilles + sont déjà régulièrement absentes, les espèces précitées se trouvent ainsi être dépourvues de 2 préfeuilles, et les bractées involucrales axillent donc de petites cymes nues.

Au sommet même du capitule, les bractées elles-mêmes ont avorté, de telle sorte qu'il est occupé par un « glomérule » terminal de petites inflorescences, sans la moindre pièce végétative. On comprend que leur valeur serait très difficile à établir si l’on n’avait pas auparavant étudié des Limonium et d’autres Statice.

Ainsi, les Plombaginacées sont un bon exemple pour montrer les phénomènes de contraction et d’avortement dont les inflorescences peuvent être le siège.

Dans cette famille, ces phénomènes ne vont jamais assez loin pour aboutir à une fleur, au sens commun du terme.

Est-il même possible, lorsqu'on est en présence d’une fleur solitaire, de reconnaître, en l’absence des termes de passages, si elle est l’étage ultime d’une phylogenèse ? Le problème, on le devine, n’est pas facile à résoudre. C’est possible cependant, dans certains cas, et nous avons eu la chance de trouver d’excellents sujets de démonstration dans plusieurs groupes, dont il va être question dans les chapitres suivants.

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