L’opinion des auteurs
Nous avons eu l’occasion d'étudier, au cours de nos recherches, l’origine possible de la variation du nombre de pièces florales par rapport au type dit normal : c’est-à-dire de la pléiomérie ou de la méiomérie.
Nombreux sont les auteurs qui ont donné leur point de vue sur l’origine de la pléiomérie. Celle-ci serait due à la fission, au dédoublement des pièces florales, pensent CELANOvsKY et MuRBECk, par exemple. Elle est le résultat de l’intercalation de nouveaux organes dans la fleur, estiment Gross, PAYER, entre autres. D’après GŒBEL, c’est l’intercalation de «secteurs » dans le réceptacle floral qui la provoque. A.-P. DE CANDOLLE a émis l’idée que la coalescence de deux ou plusieurs fleurs provoque la pléiomérie. Quant à Ercuer, SCHOUTE, LAM, ils pensent qu’elle est due à une original variation.
Nous allons maintenant essayer d’apporter notre contribution à cette
étude.
2. — Pléiomérie et méiomérie en rapport avec les états préfloraux.
Dans les pages précédentes nous avons vu que des fleurs ont pu prendre naissance par la réunion de fleurs élémentaires réduites, munies ou non de leurs bractées. Le mécanisme de leur formation a été décrit à plusieurs reprises, chez le Cephalotaxus mâle, chez les Saururacées, les Euphorbiacées, les Liliacées, les Malvacées, etc.
Il semble done que nous soyons autorisé à expliquer la pléiomérie et la méiomérie, dans certains cas, par la participation d’un nombre plus ou moins grand de fleurs élémentaires à la constitution de la «fleur » définitive.
De même, si, comme nous l’admettons, la fleur est composée par un ou plusieurs axes, à développement limité, il n’est pas exclu que certains de ces axes puissent ou bien avorter, ou bien porter un nombre plus élevé de feuilles, ce qui déterminerait soit une méiomérie, soit une pléiomérie. Chez des Crucifères, par exemple, l’augmentation du nombre des pièces peut s'expliquer, parfois, par le développement exagéré des axes secondaires qui portent des feuilles. La présence de «sépalules » que M. CHADErAUD a signalés chez diverses espèces de cette famille et dont nous avons parlé précédemment s’expliquerait de cette manière.
Chez les Malvacées aussi, la transformation en pétales d’un certain nombre des étamines conduit à une pléiomérie de la corolle liée au fait que les étamines sont portées par des axes secondaires (voir p. 152). C’est un fait analogue que nous avons observé chez Myrius communis L., où des éta-
mines étaient, en plus ou moins grand nombre, transformées en pétales, la transformation portant d’abord sur les étamines les plus basses des axes secondaires.
Il est certain aussi que la physiologie, la nutrition de la plante, ses conditions de vie interviennent dans le déterminisme de la pléiomérie, comme l’ont montré MURBECK, SCHOUTE, etc.
Des faits probants ont été signalés par Mur8ecx, ScuouTEe et More chez Papaver. Ce dernier auteur a fait des observations sur un peuplement de Papaver setigerum D.C., en terrain pauvre, dans les dépendances de l’Institut de Botanique de Montpelher. Nous-même avons eu l’occasion ARR PR A de l’examiner. Dans la portion du peu- DS :ù plement, où le sol était relativement Do profond, nous avons trouvé des formes . )
pourvues de nombreux pétales (plus se SELS .—
de 4), étamines et carpelles ; au fur et a b
à mesure que le sol devenait moins pro- UN À fond, les fleurs étaient de plus en plus es ER HR. réduites, comme le montrent les dia- Q ns LE grammes (fig. 244). FUN à © : x (ea) :
La nutrition peut déterminer direc- Sr tement la variation numérique des
hélices foliaires et des feuilles qui cons- È f tituent ces dernières, de même qu’elle ER AE RRS peut favoriser, par augmentation de la ae oo place disponible et « décontraction », le développement de ramifications de °9 secondaires latentes. nee K 7
Enfin, la connaissance des états pré- g h floraux permet de mieux comprendre Fig. 244. — Papaver setigerum : variation la remarque de MURBECK, que la pléio- du plan floral en rapport avec la nourriture mérie est plus fréquente dans les ra- plus ou moins abondante de la plante.
diants épisépales, tandis que la méiomérie, au contraire, se manifeste de préférence dans les radiants épipétales.
Il est notoire, par exemple, que les inflorescences botrytiques sont souvent nettement plus fournies à la base qu’au sommet ; en langage morphologique, cela signifie plus ramifiées et plus feuillées à la base qu’au sommet. Si nous représentons ce fait diagrammatiquement, il se traduira par une complexité plus grande à la périphérie qu’au centre. Si la fleur est, dans bien des cas, une inflorescence très contractée, il est donc normal que la pléiomérie se manifeste, de préférence, à la périphérie, c’est-à-dire dans les radiants épisépales. L'organisation d’une inflorescence s’appauvrissant vers le sommet, il est normal que ce soient les radiants épipétales qui soient frappés, de préférence, par la méiomérie.
172 RENÉ NOZERAN