La pléiomérie par dédoublement d'organes
Nous avons essayé d'exposer, dans le chapitre précédent, l’origine des fleurs pléiomères par coalescence. Il existe aussi, pensons-nous, une pléiomérie par dédoublement. Pendant longtemps, nous avons douté de Pexistence de dédoublements d’organes, parce que beaucoup d’exemples donnés se sont révélés, plus tard, être faux. De plus, ce sont surtout les phénomènes de contraction et de concrescence qui sont intervenus au cours de la phylogenèse, comme l’a souligné L. EMBERGER, dont nous partageons tout à fait l'opinion sur ce sujet.
Mais un fait nouveau, constaté lors de l’étude de l’épillet des Graminées, nous à conduit à une opinion moins absolue.
Les deux glumellules représentent, en réalité, une pièce unique dédoublée (voir p. 77).
La glume supérieure de Lolium, dans certains cas anormaux, peut se présenter sous forme de deux pièces séparées.
Chez Hordeum, la glumelle supérieure peut être scindée en deux pièces distinctes (P. LaumoxrT et J. ERRoUx).
Il en est de même chez Streptochæta, où la glumelle supérieure est bifide, ainsi que l’a montré A. ARBER.
Ces faits montrent, nous semble-t-il, qu’il est possible que des cas de pléiomérie soient dus au dédoublement d’organes. Cela ne doit pas nous surprendre outre mesure ; il suffit que le groupe d’initiales de la feuille, ou de ses homologues, se «scinde », pour des raisons encore ignorées, peut-être sous l’influence de pressions, comme on peut l’admettre chez les Graminées, pour qu’il en résulte deux organes identiques.
Ce cas de dédoublement est le seul que nous ayons rencontré qui soit authentique. Le phénomène paraît très rare. Notons comment il faut le comprendre : il ne s’agit pas de la division d’un organe développé, mais toujours d’un processus ayant son siège déjà dans la très jeune ébauche.
198 RENÉ NOZERAN
Nous pouvons rapprocher de ce mode de pléiomérie le fait que certaines pièces surnuméraires du périanthe peuvent provenir de stipules, comme Meyer l’a vu chez Mabea et comme nous l’avons vu chez d’autres Euphor-
biacées.