CHAPITRE
Considérations générales et techniques
1° Répartition et rôle du chlore dans l'organisme
A) Répartition
Le chlorure de sodium est une substance très répandue dans la nature et indispensable à la vie.
De tous les êtres, ce sont les animaux qui ont les humeurs les plus riches en chlorure de sodium, et ceci d'autant plus qu’ils sont placés plus bas dans l’échelle animale. Mais tandis que la chloruration des êtres inférieurs est variable, celle des animaux supérieurs et de l’homme, en particulier, est relativement fixe, grâce à l’existence d’un mécanisme régulateur.
Dans les milieux internes, le chlorure de sodium est à l’état combiné pour une faible part (15 %) et à l’état dissocié en ions chlore et sodium pour la majeure partie (85 %).
C’est l'étude seule de la chlorémie que nous avons envisagée dans ce court travail, laissant délibérément de côté celle de la Natrémie, n’ignorant pas toutefois que Stahl et Kuhlman, en particulier, ont montré la prépondérance de l’action du Sodium sur le Chlore dans le déterminisme des troubles dits chloropéniques.
Dans l’organisme, le chlore est soit incorporé dans la substance des tissus, soit disséminé dans les milieux
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vasculaire ou lacunaire. La mesure du chlore tissulaire est extrêmement difficile à réaliser par suite de l'existence de sang et de lymphe, comme l’ont montré Richet et Langlois, et par suite surtout des modifications post mortem ou de l’impossibilité où l’on est de faire une biopsie.
Or, le liqu'de interstitiel et la lymphe ont à peu près la même teneur en chlore que le sérum sanguin. C’est donc, en définitive, à l’étude de la chlorémie que l’on s’adresse lorsque l’on veut déceler les variations de l’imprégnation chlorée organique. Les bilans chlorés, en effet, sont souvent délicats ; en psychiatrie, en particulier, on est dans l’impossibilité de doser les excrétats et les ingestats.
Il serait cependant plus correct de doser le chlore sur l’ultrafiltrat du plasma ou du sérum sanguin pour la raison suivante :
Le plasma est composé de deux éléments : la micelle d’albumine qui est hydratée et le liquide intermicellaire. La micelle occupe 9 % en poids et le liquide intermicellaire 91 % ; or, la micelle est exempte de chlore ; donc, si le taux de chlore plasmatique est de 3,60, celui du liquide intermicellaire est de 3,60/0,91—3,95 %. En réalité, le dosage sur l’ultrafiltrat est impossible ; on s'adresse donc soit au plasma, soit aux globules sanguins.
Le plasma est plus riche en chlore que les globules et le rapport globulo-plasmatique serait compris entre 0,48 et 0,52.
B) Rôle
Nous n'avons pas l’intention d’insister longuement sur le rôle extrêmement important joué par l’anion chlore dans les phénomènes physiologiques journaliers.
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L’'ion chlore, en effet, subit de nombreux déplacéments : au cours de la digestion, Lambling admet que les 2/3 du chlore sanguin passent chaque jour dans le suc gastrique, étant résorbé plus bas au niveau de la partie initiale de l'intestin grêle.
Les recherches récentes ont montré que l’ion chlore pouvait se combiner aux protéines. Les travaux de Léon Blum, Van Caulaert et Delaville, mettant en évidence l'existence de la rétention chlorée sèche, ont prouvé que cette rétention se faisait sous forme de combinaison protéique par fixation du chlore sur les produits azotés de désintégration cellulaire.
Les ions chlore et sodium dissociés, le premier à charge positive, le second à charge négative, peuvent se porter rapidement et séparément sur les ions à neutraliser et rétablir ainsi l’équilibre acido-basique rompu.
Le rôle cytophylactique, antitoxique du chlorure de sodium est bien connu grâce aux expériences de Ramond, de Lesné et de Richet.
Mais c’est surtout dans le maintien de l’équilibre osmotique des humeurs que le chlore joue un rôle capital bien mis en évidence par Achard, qu’il s'agisse de l’équilibre osmotique du sang ou des rapports sang, humeurs, tissus.
Ainsi, le rôle du chlore est considérable dans l’acte digestif, dans les échanges tissulaires, dans le maintien des substances tampons du sang, dans l'équilibre acide base de l’organisme et, enfin, indirectement, dans la régulation des phénomènes respiratoires.
2° Dosage du chlore sanguin
Déjà, dans l’appréciation du poids de chlorure de sodium dans l’organisme humain, des discordances se manifestent entre les auteurs :
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Pour Beaunis et Magnus Lévy, l'organisme humain renfermerait 200 grammes de chlorure de sodium, alors que cette dose est ramenée à 100 grammes par Paget. Mais c’est surtout sur le chiffre de la chlorémie que le désaccord est flagrant. Pour Beaunis, le plasma renfermerait 5,54 de chlorure de sodium, les globule 3,54 ; pour Bostazzi, le sérum 6,80, Langlois et Richet 6,82, Jacobsen et Palsberg donnent 3,55 comme taux de chlore plasmatique. Selon Laudat, les globules renfermeraient 3,40 de chlorure de sodium, le plasma 6,10. Pour Blum, Van Caulaert et Delaville, les chiffres seraient les suivants : chlore plasmatique : 8,60 ; chlore globulaire : 1,80.
Dans ces dernières années, les divergences furent plus grandes encore ; en effet, le dosage des chlorures sanguins pose un problème technique délicat.
C’est sur l’instigation du professeur Paget que la Société de Chimie biologique publiait, en mai 1937, un article signé par Chabannier, Laudat, Max Lévy, Guillaumin, Paget, traitant des précautions à prendre dans la préparation et la technique du dosage de la chlorémie.
De même, Letulle et Higounet signalaient, vers la même époque, les causes d’erreurs possibles pouvant expliquer les divergences mentionnées. Ces causes d'erreurs tiennent surtout à la nature des anticoagulants et au mode de séparation des globules rouges d'avec le plasma sanguin.
1° L'influence des anticoagulants salins (fluorure, citrate et oxalate) sur la répartition du chlore entre globules et plasma a été étudiée en détail par de nombreux auteurs. Citons seulement les noms de Denis, Eisenmann, Guillaumin, Higounet et Paget.
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D’après ces auteurs, les anticoagulants salins érnitraînent une contraction du volume globulaire et un déplacement de chlore.
Le citrate trisodique supprimerait la perméabilité des hématies aux ions chlore, augmenterait ainsi le chlore globulaire en fonction de la contraction des hématies, entraînant une baisse corrélative du chlore plasmatique par suite de la dilution du plasma par l’eau provenant des hématies. Le rapport globuloplasmatique serait donc augmenté.
L’oxalate de potasse et le fluorure de sodium augmenteraient au contraire la perméabilité des hématies et entraîneraient une diminution du chlore globulaire avec augmentation du chlore plasmatique, à la seule condition toutefois, d’après Higounet, que le prélèvement soit fait à l’air libre ; les modifications seraient minimes sous huile de paraffine.
Seuls, les anticoagulants antiferments : hirudine et composés synthétiques comme le polyanetholsulfonate de sodium ou liquoïde Roche, ne modifieraient pas la perméabilité globulaire.
Higounet a montré, en effet, que ces corps qui, selon Goldie, contiennent dans leur molécule un groupement sulfoné auxquels ils doivent leurs propriétés, ag ssent par inactivation de la prothrombine. Les anticoagulants salins, au contraire, ou bien précipitent le calcium, ou bien l’engagent dans des combinaisons non ionisées.
C’est donc à ces anticoagulants antiferments qu’il faut s'adresser, Paget et Laudat admettant que, à la dose de 1 gramme par litre, l’oxalate peut constituer un « pis aller ».
20 Deuxième source d'erreurs : la durée et surtout la vitesse de centrifugation.
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Pour que le dosage puisse être correct, il est, en effet, nécessaire que le tassement globulaire soit maximum. Guillaumin soumet pendant 5 minutes à 6.000 tours minute le sang prélevé à centrifuger, Paget fait une centrifugation à 4.200 tours pendant 25 minutes, Letulle et Higounet préconisent 6.000 tours pendant 15 minutes. s
L'accord s’est fait à la Société de Biologie entre les différents expérimentateurs qui se sont occupés de la question, sur les chiffres suivants : 25 minutes de centrifugation à 4.000 ou 5.060 tours minute, avec prélèvement toutes les 5 minutes jusqu’à invariabilité du volume globulaire. Les vitesses de centrifugation plus faibles sont insuffisantes, celles supérieures à 8.000 tours pourraient être à l’origine d’altérations globulaires.
Ces précautions prises, les techniques de dosage semblent indifférentes. On peut employer, soit celle de Laudat, soit celle de Paget.
La technique de Laudat est une technique à chaud avec décomposition des matières organiques par le permanganate d’abord, l’acide nitrique ensuite, tandis que le citrate d'argent bloque le chlore sous forme de chlorure d’argent.
Dans un bêcher en pyrex, on verse 1 cc. de liquide plasmatique ou de purée globulaire, 10 cc. de nitrate d’argent au cinquantième normal, 1 cc. 4 de permanganate de potasse saturé à 6 % s’il s’agit de sérum ou de plasma, 5 cc. s’il s’agit de globules rouges (Paget recommande les chiffres de 2 et 8 pour le plasma et les globules), 4 cc. d’acide nitrique à 40° Beaumé pour le plasma, 10 cc. d’acide pour les globules.
On porte à l’ébullition au bain-marie jusqu’à ce que les particules noirâtres qui surnagent aient été décolorées. À ce moment, on refroidit, dilue à 10 ou 20 cc. d’eau distillée et titre à l’aide de la solution de sulfocyanate de potassium au cinquantième normale après avoir ajouté au mélange 0 ce. 5 d’alun de fer.
La technique de Paget est une méthode à froid.
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On dilue 10 cc. de plasma dans 100 cc. d’eau distillée. On agite et on ajoute successivement :
1 cc. d’une solution de ferrocyanure de potassium à 15 % et 2 cc. de la solution suivante :
— acétate de zinc anhydre.......,........ MAR — ou sulfate de zinc cristallisé à 7 H°0.... 175 gr. RAS UNISEIIIee TASD. ER LA NMRRS Ne te 1000 cc.
On étend avec 200 cc. d’eau distillée et on filtre.
Pour la défécation cellulaire, Paget emploi 3 cc. de purée hématique qu’il étend avec 75 cc. d’eau distillée et, après hémolyse, il ajoute successivement 1 cc. 8 et 3 cc. 6 des solutions précédentes ; il complète à 250 cc., puis filtre.
Le dosage se fait sur le filtrat limpide, par addition d'acide azotique, d’azotate d'argent et d’alun de fer ammoniacal.
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LES RESULTATS. — Les résultats sont sensiblement identiques lorsque l’on tient compte des précautions à prendre dans la séparation des globules d’avec le plasma et dans le choix de l’anticoagulant.
Le chlore globulaire oscille entre 1,75 et 1,85. Le chlore plasmatique entre 3,50 et 3,65.
Le rapport entre 0,48 et 0,52.
Dans nos recherches, la plupart des dosages (34 sur 46) ont été faits selon la méthode de Paget, en tenant compte des recommandations édictées par la Société de Chimie Biologique, en Mai 1937, sur le temps et la vitesse de centrifugation (4 à 5.000 tours pendant 25 minutes) et le choix de l’anticoagulant (liquoïde Roche). Onze d’entre elles, effectuées avant Mai 1937, ont utilisé le procédé de Laudat avec la technique de Max Lévy (centrifugation de 3.500 à 4.000 tours pendant 10 minutes ; oxalate de sodium à 2 0/00 comme anticoagulant) ; au lieu des chiffres précédents, cette dernière méthode nous donnait :
— Chlore plasmatique : 3,69 (avec oscillations de 3,58 à 3,80).
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— Chlore globulaire : 2,03 (avec oscillations de
— Rapport : 0,55 (avec oscillations de 0,51 à 0,58).
3° Valeur de la chlorémie comme moyen d'appréciation des troubles. du métabolisme du chlore
L'étude du taux de chloruration de l'organisme humain est basée, dans la pratique courante, sur la Chlorémie.
C’est que le taux du chlore sanguin, s’il n’est pas remarquablement fixe, présente cependant une fixité relative. |
Il existe, certes, des oscillations individuelles sans doute physiologiques, et Ambard a pu constater chez un même sujet, à différentes heures de la journée, des variations de l’ordre de 0,60.
Chabannier, Lobo O Nell, de l’ordre de 0,50, indépendante de l’alimentation. Garnier a montré, au contraire, que le plasma sanguin semblait répondre rapidement à la chloruration, plus rapidement que les globules dont le taux chloré serait par conséquent plus fixe.
L'influence des différents aliments se fait sentir sur la chlorémie de facons différentes.
La viande fraîche, la poudre de muscle n’entraînent pas de modifications sensibles.
Le chlorure de sodium per os, par contre, modifie sensiblement la chlorémie qui passe de 3,55 à 3,75 pour le plasma, de 1,95 à 2,10 pour les globules, 2 heures après ingestion.
Quinze grammes d’urée per os entraîneraient une modification passagère : abaissant le chlore plasmatique de 15 centièmes de gramme, augmentant le
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