‹ Contribution à l'étude de quelques troubles intestinaux dans les affections utérinesChapitre 10 sur 13 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

DE LA CONSTIPATION ET DE LA DIARRHÉE DANS LES AFFECTIONS UTÉRINES. — (OBSERVATIONS)

1.— La constipation ne constitue pas une entité morbide, elle n’est pas une maladie, elle n’est qu’un symptôme d’états morbides divers. Peut-on, de ce symptôme, remonter à la cause qui l’a produite, à la maladie qui.existe? Ce n'est pas toujours facile; car nous ne pouvons, en effet, chercher dans la constipation elle-même des éléments de diagnostic, car les caractères qui lui appartiennent en propre sont peu nombreux et sont les mêmes, quelle que soit la maladie qui lait occasionnée. Quand on a dit que les évacuations alvines sont rares, que les matières fécales sont dures et que le malade éprouve une grande difficulté à les expulser, on a décrit tous les caractères de la constipation, Sans que, pour cela, on soit renseigné sur la maladie qui lui a donné lieu.

Aussi doit-on diriger ses recherches dans les particularités que peut présenter ce symptôme : au lieu de s’en tenir au fait lui-même de la constipation, on doit s’enquérir des phénomènes qui l'ont précédée, de ceux qui existent en même temps qu'elle; si surtout on tient compte du début de la marche de la constipation, des habitudes, de la profession et du tempérament du malade, la difficulté disparaîtra en partie. Aussi le médecin, en notant tous ces détails, en étudiant les phénomènes concomittants, pourra le plus souvent remonter à la véritable cause.

Dans la question qui nous occupe, il semble précisément qu’on puisse remonter, plus facilement que dans les autres maladies où l’on trouve de la constipation, à la véritable pathogénie de ce phénomène. Dans les affections utérines, la constipation présente des allures spéciales qui mettent fréquemment le médecin sur la voie du diagnostic.En effet, lorsque la constipation survient dans les maladies de la matrice, elle est le plus souvent précédée de coliques, de douleurs dans l’hypogastre, avec irradiations douloureuses dans les membres inférieurs ; tels sont, avec les ballonnements du ventre, les signes précurseurs de la constipation, qui est sous la dépendance d'une irritation ou d’une lésion utérine.

Voici pour les débuts : elle presente encore dans sa marche certaines particularités qui nous permettent de la rapporter plus facilement à sa véritable cause ; en un mot, dans les affections utérines, la constipation mérite de fixer l’attention du clinicien; on se trouve généralement en présence d’une constipation opiniâtre, implacable pour ainsi dire; ou les malades essayent vainement d’aller à la selle, ou bien elles rendent quelques matières ovillées, dont l’expulsion entraîne des douleurs atroces: on comprend, dès lors, qu’en présence d’une semblable constipation, les femmes ne songent qu’à incriminer l'intestin et point du tout l’utérus, dont l'affection est encore, latente, ou à un degré tel que la douleur utérine est masquée par la douleur rectale. On doit être prévenu de ce fait, et ne jamais négliger d'interroger l’utérus.

Il est vrai qu'on peut rapporter la cause de la constipation à un grand nombre d’autres maladies qui s’accompagnent fréquemment de ce symptôme. Nous devons dire cependant que la constipation, qui est sous la dépendance d’une autre affection qu’une maladie utérine, peut généralement être rapportée à sa véritable cause. Ainsi, par exemple, la constipation qui reconnaît pour cause une maladie de l’encéphale ou de la moëlle, sera assoeiée à des symptômes tels qu'on ne pourra méconnaître longtemps son origine : on se trou-

D vera en présence de vertiges, d’éblouissements, de maux de tête, de

troubles de la sensibilité et de la motilité, etc., etc.; l'erreur, dans ces conditions, ne serait pas possible.

Nous n’avons pas eu l’idée, du reste, detransformer la constipation en Signe pathognomonique des affections utérines. Nous voulons, simplement, après avoir recherché la cause à laquelle elle pouvait être rapportée, montrer la part qui lui revient dans ces maladies. Les observations que nous allons publier rempliront ce but.

OBSERVATION II (Personnelle)

Recueillie dans le service de M. le professeur Vergely Métrorrhagie. — Métrite interne. — Constipation

Thérèse P..., trente-deux ans, tailleuse, à Bordeaux : entrée à l’hôpital le 10 octobre, parce qu’elle avait d’abondantes pertes rouges et souffrait du ventre.

Réglée à quatorze ans, régulièrement jusqu’à vingt ans, a eu, à vingt et un ans, un enfant ; accouchement normal; se lève au bout de sept jours. Souffre du ventre, perd du sang, voit apparaître la constipation, n’était pas constipée avant sa maladie. Reste huit mois sans se soigner; mais alors les pertes et les douleurs augmentent. Elle est obligée de garder le lit pendant trois mois; fpuis, elle reprend ses occupations et reste dix ans bien portante. Plus de pertes rouges, plus de constipation pendant cette période.

Il ÿ a un an environ, réapparition de pertes de sang, mêmes douleurs dans le bas-ventre, avec constipation opiniâtre. Entre alors pour la preiniére fois à l’hôpital; son état s'améliore, elle sort, après trois mois de traitement, mais sans être complétement guérie.

Le 10 octobre dernier, elle rentre de nouveau à l’hôpital. Douleurs violentes dans le bas-ventre et dans les reins, elle perd continuellement du sang, mais, au moment des règles, elle a de véritables hémorragies avec caillots noirâtres ou rouges; quand ces caillots sortent, il luisemble qu’elle accouche. Irradiations douloureuses dans les cuisses. Constipation opiniâtre, surtout lorsque les pertes sont abondantes.

Défécation très douloureuse, urine bien.

Maux de tête, appétit diminué depuis trois mois.

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