‹ Contribution à l'étude des Abcès amibiens du FoieChapitre 8 sur 16 · OBSERVATION IV · texte numérisé non relu

OBSERVATION IV

F.., lieutenant d'infanterie de marine.

En octobre. 1883, sans avoir jamais eu ni dysenterie ni diarrhée, F... commente à éprouver une lassitude générale ; l'appétit disparaît, la respiration devient un peu gênée ; il existe -de la constipation, puis des douleurs abdominales assez vives au niveau du creux épigastrique, mais diffusées aussi dans tout l'abdomen. Trois jours après, à la constipation succèdent des évacuations alvines fréquentes renfermant des mucosités et du sang.

Après quatre ou cinq jours de cet état, avec légère détente, nouvelle apparition de douleurs très vives et localisées un peu à gauche dans le creux épigastrique. Le malade constate à ce niveau la présence d’une petite tumeur dure, résistante, comparable à une rondelle de cuir ou de caoutchouc durci, du diamètre d'une pièce de 5 francs. Il ne peut marcher que le corps plié en deux, et en soutenant avec les deux mains cette tumeur qui est très douloureuse.

Après quinze jours de cet état, l'officier est transporté à Haïphong. A son arrivée, on constate un amaigrissement con- -sidérable, la face grippée, une pâleur ictérique très prononcée, une hypertrophie du foie qui déborde les fausses côtes. “Trouble des voies digestives, inappétence absolue, dysenterie persistante.

La tumeur a augménté de volume et on reconnaît la présence d'un abcès siégeant dans le lobe gauche du foie, superficiel et faisant saillie dans la moitié gauche du creux épigastrique. Température : 38°3 le soir, normale le matin, repos, pommade belladonnée, larges cataplasmes. Amélioration notable dès le lendemain ; la douleur est moins vive. En quelques jours la tumeur diminue de volume et quinze jours après elle

LD a presque disparu. On ne constate plus au toucher qu'une petite portion indurée du volume d'une pièce de 1 franc.

Embarqué pour être rapatrié, le convalescent est bientôt. repris de phénomènes hépatiques graves ; la douleur.se localise dans le creux épigastrique mais à 4 cm. à droite du point‘ où, deux mois auparavant, s'était manifestée la tumeur. A: ce point, la collection purulente devient saillante et fluctuante. L'état stomacal est mauvais.

et janvier, l’'abcès est ouvert au bistouri ; drainage, pansement phéniqué, suites excellentes.

Dans cette observation, la disparition presque soudaine d'un abcès très nettement diagnostiqué dans la moitié gauche du creux épigastrique ne peut s'expliquer que par la mig gration du pus dans l'estomac. Un fait à remarquer c’est que, contrairement à ce qu’on pourrait. logiquement attendre, de temps en temps au moins, on n’observe pas de vomissements purulens.

Une complication redoutable et heureusement rare est l'ouverture d’un abcès du lobe gauche dans le péricarde. En France, il y a trois observations d’irruption du pus. du lobe gauche dans le péricarde, deux ou trois en Amérique, et cinq à six sont signalées par les médecins anglais; tout dernièrement, en mars 1918, M. Cotte en a observé un cas, mais le pus provenait de la partie convexe droite du foie avoisinant le ligamènt suspenseur. Dans l'observation de Férand, le malade atteint cependant de dysenterie depuis un mois était traité pour un accès pernicieux algide ; quoiqu'il se plaignît constamment de douleurs à siège épigastrique, on n'avait pas. songé à examiner le foie et il était soumis à la médication quinique à haute dose. Il mourut, et, à l’autopsie, on trouva 200 gr. de pus dans son péricarde, qui commu-

niquait à travers le médiastin et le diaphragme avec un vaste abcès du lobe gauche qui avait été totalement méconnu. Dans le journal «Clinique des Hôpitaux de Philadelphie », on cite le cas d'une négresse qui eut un énorme abcès du lobe gauche, ayant amené des adhé- rences de la face convexe du foie avec le diaphragme et un cheminement du pus jusqu'au péricarde qui contenait deux pintes (un litre environ) de pus. En outre, le péricarde était tapissé entièrement de fausses membranes, ce qui prouve que cette complication n’est pas immédiatement mortelle, l'invasion du péricarde remontant certainement, dans ce cas, à plusieurs jours au moment de la mort, ce qui s'explique par la septicité relativement faible du pus-d’un grand nombre des abcès amibiens du foie. Ces deux exemples nous montrent l'importance vitale du diagnostic précoce des abcès du lobe gauche, une prompte intervention chirurgicale mettant fin à toute menace de propagation dangereuse pour la vie du malade. Or, si l’abcès évolue vers lé haut, c'està-dire vers le diaphragme et le cœur, il peut ne pas donner de tuméfaction appréciable au creux épigastrique; la symptomatologie sera purement fonctionnelle ; il y aura des douleurs épigastriques, un point de côté gauche exagéré par la pression, et, chez un malade à antécédents dysentériques, il faudra penser à l’abcès du lobe gauche et ne pas trop attendre avant de faire une ponction ou une laparotomié exploratrices.

Plus tard, avant l’envahissement du péricarde par le pus, venu directement.de l’abcès, lorsqu'il y aura formation d’adhérences unissant le foie à la partie du diaphragme directement sous-jacente au péricarde, lorsque

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