OBSERVATION VI
Henri C.., âgé de 9 mois, entre à l’hôpital Trousseau, sallé Denonvilliers, service du professeur Lannelongue, M. Broca assistant, le 26 avril 1894.
Cet enfant est conduit par sa grand’mère qui ne fournit que des renseignements fort peu précis.
Antécédents héréditaires. — Père bien portant, mère délicate de la poitrine.
Antécédents personnels. — Elevé au biberon, cet enfant était dans un bon état de nutrition jusqu’il y a un mois; mais il dormait mal et avait parfois de la difficulté à respirer.
Histoire actuelle. — 11 y a un mois, le petit malade eut une angine aiguë, puis les parents s’aperçurent qu’il portait au dessous de l'oreille une grosseur qui augmenta progressivement depuis. Cette tuméfaction avait la forme d’une grosse veine dit la grand'mère, Il y a huit jonrs, l’abcès s’est ouvert spontanément dans l'oreille.
L'état du malade ne s'étant nullement amélioré depuis cette évacuation de pus, les parents consultèrent un médecin de la localité qu'ils habitent; celui-ci refusa d'intervenir et conseilla de conduire l’enfant à l'hôpital Trousseau.
Le 26 avril, M. le docteur Broca examine l’enfant et constate qu’il respire encore assez mal, mais mieux cependant que la veille ; il a une toux rauque un peu croupale.
Il existe un écoulement purulent par l'oreille droite ; la pression sur la partie supérieure du cou, derrière l’angle de la mâchoire, fait Sourdre du pus en assez grande abondance par le conduit. De ce même côté droit, en examinant la gorge, on voit Pamygdale et le pilier antérieur du voile du palais augmentés de volume œdématiés et couverts d'une véritable couenne pseudomembraneuse blanche, autour d’une ulcération située sur le pilier antérieur, près du point où il se perd dans le voile du palais. Au toucher, on sent nettement une tuméfaction assez dure, on se demande quelle est l’origine de cette suppuration qui s'écoule par le conduit auditif, et on songe à la possibilité
FLE
SAONE
24 avril. Le soir on débride ce décollement à ciel ouvert sur la sonde cannelée. Pansement à la gaze salolée.
25 avril. Pansement du cou, on met un drain à la place de la mèche iodoformée, il s'écoule encore beaucoup de pus qui est retenu derrière.
27 avril. Pansement de l'abcès trochantérien,
29 avril. Pansement de l’abcès du cou, cette fois il y a peu d'écoulement purulent. z
31 avril. Angine légère du côté gauche. De ce côté apparait tout de suite un ganglion engorgé dans la région sterno-mastoidienne correspondante, vers la partie moyenne.
Les jours suivants le ganglion augmente progressivement de volume. Les tissus environnants sont empâtés, et il survient quelques douleurs nocturnes, mais qui n’ont pas nettement le caractère lancinant. Pas de torticolis.
4 mai. La région est œdématiée vers la partie supérieure et au centre de la tuméfaction le doigt s'arrête comme dans un godet. L'incision proposée par M Broca est remise au lendemain.
5 mai. À 11 heures 1/4, incision longitudinale sur ie bord postérieur du sterno-mastoïdien au centre du gonflement, avec la sonde cannelée on évacue environ un dé à coudre de pus très épais. Drainage. En même temps on fait une incision de 3 centimètres sur un décollemeut nouveau qui s’est produit à la partie inférieure de la cuisse. Le décollement précédent a bien guéri, mais à ce niveau les bourgeons charnus sont d’un rose assez terne. L’adéno-phlegmon du côté droit du cou va très bien.
6 mai. Le malade souffre encore beaucoup en avalant.
7 et 8 mai. Souffre moins ; mais il y a toujours autant d’empàtement sur la partie supérieure du sterno-mastoïdien. Respiration
bonne.
o mai. Œdème net dans le creux sus-claviculaire. Incision sur M. 7
le bord antérieur du sterno-mastoïdien (au tiers inférieur), on trouve de linfiltratiou diffuse sous le muscle; pas de ganglions, ni de foyer purulent. Drainage, pansement humide. Suintement considérable pendant 36 heures.
11 nai. Le malade souffre moins, la clavicule se dessine, la pression est peu douloureuse.
18 et 20 mai. Ablation des drains. La plaie bourgeonne bien et diminue rapidement.
3 juin. Otite moyenne aiguë très douloureuse du côté gauche. ,
4 juin. Aggravation, la paracenthèse du tympan donne du liquide non purulent, pansement sec.
5 juin. Douleur vive, écoulement purulent.
6 juin. Douleur mastoïdienne.
7 juin. Ecoulement purulent abondant (douches d'air). Douleur de plus en plus vive à la pointe de la mastoïde. Oïdème rétro-auriculaire bien net, oreille un peu décollée. Un peu de torticolis. Souffrances modérées.
8 juin. Va mieux, l'œdème a diminué, les douleurs sont bien moins vives ; la mastoïde est encore sensible à la pression.
30 juin. Convalescence. Plaies cicatrisées. Pansements boriqués secs à l'oreille.
Guérison.