‹ Contribution à l'étude des abcès quiniquesChapitre 11 sur 13 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

SOMMAIRE. -- Comment faut-il administrer la quinine ?

Il nous reste done maintenant à rechercher comment on peut éviler ces abcès, aussi bien aseptiques que microbiens, c’est-à-dire quel est le mode d'administration le moins dangereux pour faire pénétrer dans l'organisme les deux grammes de quinine qui constiluent la dose aujourd'hui reconnue par tous les auteurs (Laveran, Soulié, Grall, Abrami, Gutmann, etc...) comme nécessaire, chaque jour, pour traiter les accès de paludisme. Il est évident qu'il be saurail être fixé de règle absolue. Chaque mode d’administration a ses indications qui empêchent de l’éliminer complètement.

L'administration par la bouche esl certainement la plus simple et la plus facilement acceptée par les malades. C'est donc à cette voie qu'on s'adressera de préférence quand les circonstances le permettront. Malheureusement, il n'en est pas toujours ainsi : le paludisme aigu s'accompagne, en elfel, souvent, au début, de vomissements qui rendent impossible lingestion de cachets ; l'usage prolongé de ce médicament provoque parfois des phénomènes d'intolérance gastrique ; l'apparition très fréquente de diarrhée chez les paludéens rend incertaine l'absorplion de la quinine ; l'administration par la bouche à un effel moins rapide el n'empêche pas, en général, l'accès suivant ; enfin, il ne faut pas oublier que dans certains cas {médecine militaire par exemple) le malade peul avoir

ide

intérêt à tromper le médecin sur la dose de quinine ingérée.

Dans tous ces cas et aussi dans les cas aigus parliculièrement graves, tels que les accès pernicieux, c'est à la méthode des injections qu'il faudra recourir.

Nous ne reviendrons pas aux injections hypodermiques de solutions concentrées telles qu'on les pratiquail autrefois. Elles ont été la cause d'accidents graves el nombreux qui les ont définitivement condamnées : 19 escarres sur 156 injections observées par Arnould.

La voie intra-veineuse nous semble également devoir être réservée à des cas tout à fail spéciaux où il y a nécessilé absolue d'agir très rapidement ; en effet, l'inocuilé absolue de ces injections n’est pas encore démontrée. Mais surtout l'injection intra-veineuse esl toujours une opération délicate qui ne peut, en aucun cas, être confiée à un aide. Or, l'application du traitement quinique en pays palustre nécessile de nombreuses injections de quinine en séries que le médecin ne peul faire lui-même sans une perle de temps considérable et fort préjudiciable à ses autres malades.

L'injechion intra-musculaire ne nous semble pas non plus recommandable pour la même raison. Il semble qu'elle soil bien tolérée, à condition d'être faite lentement el à ccerlains points d'élection, mais elle reste une opéralion délicate el il est bien rare d'avoir un personnel suffisamment instruil pour qu'on puisse lui en laisser le soin ; même si, par des démonsrations nombreuses, on arrive à convaincre quelques infirmiers intelligents de la nécessité de prendre les précautions d'asepsie les plus sévères et de respecter les points d'élection, il arrivera fatalement an jour où ces aides, plus pressés que d'habilude et mis en confiance par une série d’injeclions sans accidents,

négligeront les précautions qu'on leur a enseignées. On verra alors se produire des abcès, des indurations douloureuses, que l’on aura évilés jusqu'alors el que l'on mellra sur le compte de la quinine sans penser à faire l'analyse bactériologique. On pourra même voir survenir des lésions du sciatique provoquées par une injection qu'aura faite un infirmier devenu trop confiant.

On a essayé de modifier la formule du liquide à injecter pour le rendre moins irrilant : le sel de choix semble bien être le bichlorhydrate qui est le plus soluble. Jéanselme injecte dans la fesse gauche 7ce. 1 /2 d’une solution au 1/100 de bichlorhydrate de quinine et dans la fesse droite 7 cc. 1/2 d’une solution au 1/100 de chlorhydrate basique. La sérosité oblenue par ponction dans la fesse gauche (bichlorhydrate de quinine) ne contient pas de cristaux, alors que le liquide extrait de la fesse droite (chlorhydrate basique) conlient des cristaux très abondants.

Le sulfate de quinine est trop peu soluble.

Le formiate de quinine ou quinoforme est beaucoup moins douloureux : il serait le sel de choix véritable si son prix trop élevé n'empêchait sa généralisation.

On a voulu rendre la solution moins irrilante par l'addition de substances diverses au sel quinique ; on s’est adressé à l’antipyrine ou à l'uréthane pour rendre la quinine plus soluble et, par conséquent, plus facilement absorbable. La solulion de quinine-antipyrine, qui, pour 0 gr. 50 de quinine contient 0 gr. 30 d’antipyrine, oblige à injecter chaque jour inutilement 1 gr. 20 d’antipyrine à des malades dont le rein est fragile et dont le système vasculaire est en hypotension. Quant à la solution de quinine-uréthane adoptée par le Service de santé pendant la guerre, elle est loin de meltre à l'abri des abcès quiniques asepliques ou

Page 1