CHAPITRE IV
SOMMAIRE. — Abcès aseptiques.— Leur rareté relative. — Leurs causes : causticité de la quinine, concentration de la solution, pénétration de la solution dans le derme.
Il est donc intéressant de chercher le moyen d'éviter autant que possible la production d'accidents qui peuvent être si graves, el pour cela il est indispensable de chercher les causes qui peuvent les provoquer ou les favoriser.
Nouslaisserons volontairement de côté les escarres conséculives aux injections dans le issu cellulaire sous-cutané de solutions quiniques concentrées qui sont abandonnées depuis longlemps. Dues à la causticité de la solution, elles sont absolument comparables à celles que l’on voit survenir, à la suite de la pénétralion dans le issu cellulaire sous-cutané de quelques gouttes d'une solution de cvanure de mercure, au cours d'une injection inlra-veineuse mal faite.
Nous n'éludierons que les abcès consécutifs aux injections intra-musculaires, el tout d’abord les cas de nécrose aseplique tels que les ont décrits MM. Prat-Flottes el Violle et dans lesquels le pus à été trouvé stérile.
Ces cas sont d’ailleurs assez rares. M. le professeur Soulié dit n'avoir observé que deux cas d'abcès aseptiques sur 6.000 injections pratiquées pendant la guerre à lhôpital Maillot (1) ; le docteur Sadoul, des
A) Sourié. Bulletin de la Sociélé de Palholique exotique, 14 mars 1917.
troupes coloniales, n’en cite que deux observations sur 1.500 injections pratiquées au Tonkin (M ; L. Moreau, parmi les abeès quiniques qu'il a observés, n'a trouvé que deux fois du pus absolument stérile à l'analyse baclériologique (coloration et culture), et encore a-l-il soin de faire remarquer que les plaies avaient été trailées auparavant par le liquide de Carrel.
Il est certain que si l'examen bactériologique étail fait systématiquement dans tous les cas d’abcès quiniques observés, le nombre de ceux que l'on impute uniquement à la quinine diminuerait beaucoup. Malheureusement, il n'est presque jamais praliqué, même dans les hôpilaux où l'on dispose cependant du matériel bien simple que nécessite celte recherche. Trop souvent, le médecin qui constate la présence d'un abcès quinique dans son service, connaissant Îles nécroses asepliques que mentionnent lous les traités sur le paludisme, ne pense pas à la possibilité d'une autre cause : il envoie le malade dans un service de chirurgie où l'abcès est opéré sans que l'analyse baclériologique ail été pratiquée.
[Il est indéniable toutefois que des injections intramusculaires aient élé suivies de sphacèle aseptique ; les cas de MM. Prat-Flotles et Violle, Moreau, Soulié, Sadoul, ne laissent aucun doute à cel égard.
Dans ce cas, il faut incriminer avant tout la causticilé propre d'une solution trop concentrée. Tous les sels de quinine coagulent les albumines, el celle coagulation est due à l'acide du sel employé ; c'est ainsi que le bichlorhydrate de quinine dont l'usage est le plus répandu, se dissocie dans les lissus en chlorydrate basique el en acide chlorydrique, chaque molécule de sel donnant 17 °/, d'acide chlorydrique médi-
(1) SapouL. Bullelin de la Sociélé de Thérapeulique, 13 juin
cinal (1), ce qui, avec les ampoules de quinine qui contenaient 0 gr. 40 par cc., donne une solution de 0 gr. 07 d'acide par cc. d'eau, concentration suffisante pour expliquer la causticité du produit. Le docteur Desesquelles ®), dès 1908, préconisait les injections intra-musculaires de quinine, mais ne se servail jamais de solution au litre supérieur à 0 gr. 25 de sel par cc., et encore estimait-il ce’titre élevé.
Bien souvent aussi, il fault incriminer la pénétraration de quelques gouttes de Fa solution dans le derme au moment de sa traversée : soit que linjeclion ait élé faite par un membre de la famille tout à fait étranger à la pralique médicale, ou trop pusilanime, qui dans la crainte d'un accident quelconque mal défini dans son espril, avait peur de pousser l'aiguille en plein muscle, soit que le malade, surpris par la piqüre de aiguille, ait fail un mouvement qui la déviail obliquement, ce qui arrive souvent en parhiculier chez les enfants comme dans les deux observalions suivantes du docteur Lemanski, que nous empruntons à la thèse d'un de nos prédécesseurs à l'Internat de l'Hôpital Civil Français de Tunis, le regrellé Docteur Vullien.
Observalion 1. — La petite B..., fille d'un de nos confrères exerçant en Egypte, élail alleinte de lièvre paludéenne rebelle. Injections sous-cutanées de bichlorhydrale de quinine que je praliquai moimème en présence de mon interne, M. Drouillard. Une première injection n'a donné lieu à aucun accident. Au cours d'une seconde, l'enfant bougea : une parlie de l'injection ful poussée dans la peau. Abcès,
(1) MaNQuaT. Précis de thérapeutique, 1922.
(2) DesesqueLLes. Les solutions injectables de sels de quinine. Bullelin Médical, 2? janvier 1908.
escarre, perte de substance de la peau, guérison très longue.
Observation 11.— Mme M... P..., habitant les environs de Mateur. Sujette aux accès de fièvre paludéenne, elle prenait d’ailleurs, sans grand succès, de la quinine per os. Je lui fis dans mon cabinet quelques injeclions sous-culanées qui ne furent suivies d'aucun accident.
Prise un jour d’un violent accès, elle se décida à se faire faire une injeclion de quinine par son mari. L'aiguille de la seringue de Pravaz fut introduite dans la peau à la partie externe du mollet.
Au bout de quelques jours, teinte violacée de la peau, douleur, abcès, escarre nummulaire avec guérison très lente.
Ces observalions nous ont semblé d'autant plus intéressantes que, prises avant la pralique des injeclions intra-musculaires, au moment où l'on faisail encore des injections sous-cutanées, elles montrent que, même dans ce cas, c'était souvent l'introduction de la quinine dans le derme qu'il fallail incriminer quand on avait des accidents.
Enfin, il faut encore invoquer comme cause adjuvante dans la pathogénie de ces abcès, la répétition intempestive des injections au même point, qui a pour effet d'augmenter d'autant l’action irrilante de la quinine. Dans une observation de Moreau, un malade atteint d'escarre grave de la fesse n'avait pas reçu moins de 10 injections en trois Jours.
Peut-être aussi les lésions d'endartérite oblitérante des pelils vaisseaux, si fréquentes dans le paludisme, peuvent-elles agir comme cause prédisposante.
Enfin, on ne peul passer sous silence comme facteur, sinon des escarres, au moins de leur gravité,
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l'état général des paludéens auxquels est appliquée la cure quinique par injeclions : la mauvaise nutrition des Lissus violentés par les injections fréquemment répélées favorise les exsudations purulentes, les sphacèles superficiels et profonds qui parfois, en l'absence de toute infection de cause externe, consliluent de vérilables troubles trophiques.