ROSES
OBsERvATION VI (inédite).
Due à l'obligeance de M. le D° Marc Rivibre.
Mu T..., 34 ans, secondipare. Première grossesse en 1921. Accouchement à terme d’un enfant vivant de 3 kilos. Travail très long, terminé par un forceps laborieux; grosses déchirures du périnée; suites de couches fébriles. Érysipèle de la face un mois après l'accouchement. de FA Grossesse actuelle. — Dernières règles du 21 au 26 février 1922. Rien d’anormal pendant la grossesse, en dehors d’une anorexie marquée.
Au point de vue objectif, bride cicatricielle dans le cul-de-sac droit. Tête au détroit supérieur, dos à gauche.
Début du travail dans la nuit du 11 au 12 décembre ; douleurs régulières. La malade arrive à la Maison de Santé à 5 heures du matin. À 6 heures, dilatation complète. Rupture artificielle des membranes, tête élevée en occipito-sacrée. La malade ne pousse pas, et malgré les douleurs régulières, l'expulsion ne progresse pas. A 8 heures, la tête est toujours au détroit supérieur. On fait un forceps en occipito-sacrée et on amène facilement un enfant vivant de 3 kil. 470. à
Légère déchirure du périnée que l’on suture par deux crins. Délivrance un quart d'heure plus tard. Gros placenta de 950 grammes. Hémorragie assez abondante.
: Quarante-cinq minutes après la délivrance, la malade éprouve une sensation de mort imminente. La face est pâle; le pouls ralenti est presque incomplable. Il n’y a pas d’hémorragie.
Traitement : Injection de caféine, d'éther, d'huile camphrée, de strychnine, et vers 10 heures du matin, injection, sous la peau de la face externe de la cuisse gauche, de 500 ce. de sérum physiologique additionné de 1 cc. de solution d’adrénaline au 1/1000°.
Dès l'après-midi, la malade’ éprouve dans tout le territoire de la cuisse environnant le point d'injection des douleurs intolérables. Dès le soir, on voit se limiter une escarre à grand axe longitudinal,
mesurant 20 centimètres environ et à axe transversal de 10 centimètres, limité par un sillon net. Le centre de la piqüre est blanc et entouré d’une zone lilas. Pansements humides au Dakin. L'escarre, volumineuse, est fétide. Elle tombe au dixième jour, laissant une plaie profonde, à bords nets, mettant à nu les plans musculaires. Pansements à l’hémostyl pendant six jours. Au sixième jour, le docteur Lacouture, sur la proposition du docteur Rivière, fait une suture immédiate secondaire, comprenant six points profonds embrassant toute l'épaisseur des tissus qui permettent une juxtaposilion sensiblement exacte des lèvres de la plaie. Vers le huitième jour, après la suture, les deux fils supérieurs coupent les tissus et il se produit une déhiscence partielle. La plaie a pris la forme d’une raquette et bourgeonne à la partie supérieure. Le docteur Lacouture pratique sept greffes de Thiersch, sur lesquelles il applique un pansement au tulle gras qu'on laisse en place huit jours. Toutes les greffes prennent et la malade quitte la Maison de Santé trente-cinq jours après l'accouchement.
OBSERvATION VII (inédite).
Due à l'obligeance de M. le Dr Paul BaraARv.
Me X..., 31 ans, lisseuse, Bègles.
Malade ayant subi, le 11 août 1922, à 9 heures du matin, une application de forceps en ville et présentant une déchirure complète du périnée. Les urines sont sanglantes. Dès son arrivée à la Maternité de Canolle, à 11 heures du matin, le D' Balard lui fait une périnéorraphie. Après l'opération, vers midi, on injecte dans le tissu cellulaire sous-cutané de la face externe de la cuisse droite, à la partie moyenne, 250 cc. de sérum artificiel dans lequel on à compté XV gouttes de solution d’adrénaline au 1/1000°. Quelques heures après, la malade ressent des douleurs diffuses dans la cuisse, en même temps qu'on constate autour du point d'injection de la stupeur des tissus avec une zone excentrique d'érythème.
Le lendemain, 12 août, on voit deux plaques érythémateuses : une supérieure, de la dimension d’une pièce de 5 francs, et une inférieure,
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un peu plus réduite, violacée, vineuse, autour desquelles s'étend une rougeur diffuse avec tuelques marbrures. Pansements humides.
Le 14 août, les deux zones se transforment en taches blanc verdâtre de sphacèle. Marbrures irrégulières sur toute la face externe de la cuisse. Insensibilité complète sur les deux plaques de sphacèle, hypoesthésie tout autour.
Le 16 août, diminution de l'étendue des marbrures. Les deux plaques de sphacèle, irrégulières, policycliques ne s'étendent pas davantage et se réunissent. Début d'élimination de la plaque de sphacèle. Suppuralion verte et décollement du tissu cellulaire: On enlève la plaque sphacélée. |
Élimination du. pus et du tissu cellulaire nécrosé, comme dans les abcès de fixation. On fait une incision double pour drainer. Peu à peu, la plaie se régularise; les bords de l’ulcération sont épais, réguliers, laillés à pic. Le décollement diminue. Enfin, vers le 1" octobre, la plaie commence à bourgeonner. On fait successivement des pansements secs, alcoolisés, au sérum physiologique et à l'hémostyl.
Guérison vers le 15 novembre.
A l'heure actuelle, cicatrice adhérente à l’aponévrose au centre, sur la largeur d’une pièce de 5 francs. Le tissu cellulaire ne s'est pas reconstitué sur toute l'étendue de la cicatrice.
OBsErvatTION VIII
Professeur Maurice RIVIÈRE.
B..., âgée de 35 ans, parait avoir présenté, en 1911, des signes de bacillose pulmonaire au début, mais sans autre antécédent pathologique notable. Bien réglée dès l’âge de 13 ans, mais après quelques mois et à la suite, dit-elle, d'un refroidissement, les règles sont devenues irrégulières, puis moins abondantes et alors accompagnées chaque fois de douleurs, de nausées, de vomissements qui l'obligeaient : à s'aliter. ;
Primipare, elle a eu ses dernières règles du 21 au 27 octobre dernier. En fin novembre, elle à recommencé à vomir le matin à jeun, puis les vomissements devinrent plus fréquents, bientôl alimen-
REY a
taires; aucun aliment ne fut plus supporté, une douleur constante, rétro-sternale, avec brûlure épigastrique, supprima tout appétit, amena un amaigrissement progressif rapide. L'état nauséeux devint constant, la salivation abondante, la constipation opiniâtre; la malade restait parfois quatre jours sans aller à la selle: Son médecin institua des médications variées, la traila sans succès par l’adrénaline, par voie stomacale.
Depuis quinze jours, la malade ne peut plus quilter son lit, inca-
pable de le faire pour aller à la selle; le sommeil, enfin, est intermittent, agilé, non reposant. L'état devient tel qu’on la transporte à la Clinique où elle entre le 30 janvier 4929, tout semblant indiquer la nécessité de provoquer l'avortement, si même il en est lemps -encore. | EN
A l'examen, le facies est émacié, les traits lirés, les yeux creux et cernés, le teint un peu jaune. Très amaigrie, alors qu'elle était plutôt forte, elle demeure prostrée dans son lit, elle répond bien aux questions posées, mais d'une voix lente et faible.
La langue est très saburrale, humide cependant. La constipation est très opiniâtre; l’état nauséeux est continu, les vomissements
. fréquents, bilieux, mélangés de salive, sans trace de sang; le ventre est excavé mais souple, non douloureux. Aucun aliment n’est toléré.
La palpalion ne permet pas de sentir l'utérus au-dessus du pubis, mais au toucher; le col, légèrement ramolli, est silué en avant, lout à fait derrière la symphyse pubienne et son orifice est complètement orienté en avant; dans le cul-de-sac péritonéal, on sent une masse, de la grosseur d’une mandarine, de consistance rénitente, sensible à la pression; c’est nettement l’utérus gravide en rétroversion marquée. : 7
On prescrit à nouveau une potion avec XX gouttes d'adrénaline. L'état reste le même les deux jours suivants; 500 grammes à peine d'urine sont émis .dans les vingt-qualre heures, sans albumine; le pouls est à 102, mais régulier et bien frappé, la température à 38%5.
On tente la réduction manuelle de l'utérus rétroversé; on parvient bien à le refouler vers l’abdomen, mais il retombe aussitôt dans sa position antérieure. Dans la soirée du 1° février, on fait uné injec-
La pes
tion sous-cutanée de 500 cn de de sérum glucosé adrénaliné, introduite en deux fois.
Le 9, la situation semblant s'aggraver, on place dans le vagin, à 11 heures, un ballon moyen de Champetier et on le laisse en place jusqu’à 16 heures. Le ballon est bien supporté. La rétroversion est complètement réduite; les vomissements s'arrêtent et les nausées disparaissent. On fait 500 grammes de sérum glucosé sans adréna-. line intrarectal, en goutte à goutte. si
Le 3 et le 4, la malade va mieux, les vomissements ne se sont pas reproduits; le lait froid, par petites quantités, est bien toléré; les urines montent à 750 grammes, mais le pouls est à 120 pulsations.
Le 5, l’élat est moins bon; il y a quelques vomissements avec ptyalisme; le 5 pareillement. On examine la malade : l'utérus est en rétroflexion, le col à sa place; une tentative de réduction manuelle échoue comme précédemment.
Le 6, la malade a huit à dix vomissements bilieux, le pouls reste à 120, l'état général est moins bon. On place à nouveau un ballon dans le vagin de 11 heures à 14 heures. La rétroflexion se réduit.
Dès lors, les vomissements cessent définitivement. Le lait est bien . gardé, ainsi que le bouillon et la purée; le sommeil reparaît. L'état général s’amende rapidement et on revient peu à peu à l'alimentation normale très bien supportée jusqu’à la sortie de la malade qui a lieu le 25 février. : |
Très peu de temps après l'injection de sérum adrénaliné, faite le 1er février, était apparue sur la face externe de la cuisse, où avait siégé la Diane, une zone d'ischémie blanche arrondie, de la dimension d’une pièce de 5 francs environ. Cette zone d'ischémie persista, et l’on assista, dans les jours suivants, à la formation d’une escarre de 3 centimètres de diamètre. Celte escarre tomba spontanément en laissant derrière elle une anfracluosité profonde, à bords taillés à pic, qui n'était pas encore comblée quand la malade quitta le service. :
L'escarre fut traitée par des pulvérisations d'eau oxygénée, mèches, Dakin.
Outre les observations rapportées ci dessus, nous avons relevé un certain nombre de cas d’escarres conséculives à des injec-