‹ Contribution à l'étude des accidents dus à l'évolution de la dent de sagesse supérieureChapitre 16 sur 25 · OBSERVATION I · texte numérisé non relu

OBSERVATION I

(Docteur PONT) Accident tardif de la dent de sagesse

M. le Docteur F., médecin honoraire des hôpitaux de Lyon, a toujours joui d’une excellente santé. Je laisse donc de côté l’anamnèse, et en ce qui concerne la denture, je note une phyorrhée alvéolo-dentaire ayant débuté il y a quinze ans environ, et ayant amené progressivement la chute de presque toutes les dents.

Le dernier appareil de prothèse que je lui avais fait il y a plus de deux ans fonctionnait très bien et ne lui occasionnait aucune gêne, lorsque au mois de juin dernier, M. le Docteur F... vint me trouver, se plaignant d’une douleur à la mastication dans la région des molaires supérieures gauches,

A l'examen, je constate une légère ulcération en rapport avec le bord vestibulaire de l’appareil.

Pensant qu’il s'agissait d’un traumatisme banal, causé par l’appareil, on diminue à la lime la hauteur de la gencive artificielle, dans la partie en rapport avec l’ulcération, et tout rentre dans l’ordre. Quelques jours après, le malade présente

une fluxion ässez prononcée de la joue gauche, accompagnée de fièvre, d’anorexie et de perte des forces.

A l'examen buccal, on constate une ulcération siégeant à deux millimètres au-dessus du rebord de l’appareil, et au niveau de la dertt de sagesse supérieure gauche.

La plaie est ovalaire et son grand diamètre antéro-postérieur mesure quatre à cinq millimètres. Au fond de la cavité, on voit un petit corps grisâtre, arrondi, du volume d’un grain de millet, très dur et légèrement granuleux, En un mot, ce n’est ni de l’os ni de l’émail, et le corps étranger offre nettement l’aspect du cément. Je fis donc le diagnostic : racine incluse de la deuxième molaire ou de la dent de sagesse anciennement fracturée et ayant provoqué de l’arthrite alvéolo-dentaire avec fluxion. Toutefois, je ne pouvais m’expliquer la présence de cette racine, puisque les dents atteintes de phyorrhée s’étaient énuclées pour la plupart spontanément, et il y avait tout lieu de croire que les dents que l’on avait dû extraire n’avaient pas été fracturées. La radio seule pouvait nous donner l’explication du problème et nous permettre de faire un diagnostic.

Le Docteur F.…. demande à son collègue des hôpitaux, le Docteur Barjon, de lui faire une radio du maxillaire supérieur côté gauche.

L’ombre obtenue représentait, comme dimension, plutôt une racine qu’une véritable dent. Néanmoins la partie inférieure, au lieu d’être irrégulière comme dans les racines fracturées, était plutôt arrondie, et montrait qu’il s'agissait d’une dent, qui ne pouvait être en l’espèce qu'une dent de sagesse. Le petit volume de l’ombre n'’infirmait pas le diagnostic, mais le confirmait plutôt, les dents de sagesse supérieures étant fréquemment atteintes de nanisme.

Il s'agissait donc de péricoronarite consécutive à l’évolution tardive de la dent de sagesse faciale, Si le cément était seul visible, c’est que la dent avait évolué horizontalement, la couronne étant dirigée en dedans vers le palais.

Le diagnostic cette fois était exact, comme nous le verrons plus loin, mais il ne l’était pas encore complètement.

L’avulsion fut donc décidée. En raison de l’âge du malade, il fallait s'abstenir de toute anesthésie générale. Injection

de 1 cm° d’une solution de novocaïne-adrénaline à 2 % en deux piqûres, l’une vestibulaire, l’autre palatine, Au bout de cinq minutes d’attente, je pratiquais l’avulsion, Après avoir fait une véritable décortication, au moyen de mon élévateur spécial pour les troisièmes molaires, je me rendis compte que la dent au lieu d’être plus petite que la normale, présentait au contraire un volume plutôt exagéré. Sa longueur totale était de 21 millimètres et sa plus grande largeur de 13 millimètres. En outre, immédiatement au-dessous du collet, on constate une hypercémentose caractérisée par un gros renflement du cément. C'était d’ailleurs ce dernier qui faisait saillie et était visible dans le fond de l’ulcération. L’extraction fut donc plus laborieuse que je ne l’avais prévue, néanmoins, les suites furent simples et la cicatrisation assez rapide.

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