‹ Contribution à l'étude des accidents dus à l'évolution de la dent de sagesse supérieureChapitre 20 sur 25 · OBSERVATION V · texte numérisé non relu

OBSERVATION V

(M. le Docteur J, TELLIER)

Kyste dentifère du mazxillaire supérieur développé chez une femme de 35 ans

Mme X.…, habitant un petit village du département de la Haute-Savoie, âgée de 35 ans, mère de trois enfants, ordinairement bien portante, et sans antécédents personnels ou héréditaires dignes d’être notés, est vue par nous pour la première fois en août 1904. Elle présente une tunwfaction de la face du côté droit dont le début remonte à deux ou trois ans, nous dit-elle, Elle a remarqué son apparition. quelques mois après des accidents inflammatoires aigus qui ont nécessité l’extraction de plusieurs dents ou racines de la mâchoire supérieure à droite, sans qu’il lui soit possible d’en spécifier le nombre.

A l’examen, on constate une déformation notable de la région maxillaire supérieure occupée par une tumeur rénitente ; à ce niveau, la peau est un peu rouge. luisante, mais ne parait pas amincie. En soulevant la lèvre, on voit une

PARQS, CELA

saillie volumineuse dans la région vestibulaire : en la déprimant, on a immédiatement la sensation de crépitation parcheminée, au niveau et en arrière d’un molaire unique qui paraît être la deuxième. La première molaire, les deux prémolaires et la canine supérieure droite sont absentes ; elles étaient cariées depuis longtemps au moment où se sont produits les symptômes de périodontite suppurée dont il est parlé plus haut, et ont été extraites à cette occasion ; il est impossible de savoir si la dent de sagesse a existé et a dû être extraite ou bien a toujours été absente. Rien d’intéressant à signaler sur le reste de la denture ; la troisième molaire supérieure gauche existe.

L'histoire de l’affection est donc bien simple : existence de dents cariées, périodontite suppurée, guérison ; puis. d’une tuméfaction à croissance lente et continue depuis deux quelques mois après, apparition dans la région voisine ou trois ans. Les caractères de cette tuméfaction et l’existence de la crépitation parcheminée ne laissent aucun doute sur la nature de cette affection : il s’agit d’un kyste. Etant donné l’âge de la malade, l'impossibilité de savoir quelles dents ont été extraites et si, en particulier, la dent de sagesse a existé, le siège au maxillaire supérieur, il est probable qu’il s’agit d’une forme de kyste paradentaire, sans inclusion de dent, et c’est l’hypothèse à laquelle nous nous arrêtons. Nous conseillons l'intervention immédiate. La malade demande à réfléchir et nous la voyons seulement sept mois après (février 1905). Le volume de la tuméfaction a légèrement augmenté ; dans la région vestibulaire, on perçoit assez mal la crépitation parcheminée, mais la muqueuse est tendue ; fluctuation nette, et dans la région postérieure, en arrière de la deuxième molaire, on sent également avec beaucoup de netteté l’existence d’un rebord osseux circonscrivant un orifice dépressible. La malade accepte actuellement l’opération qui est faite le lendemain, Pas d’anesthésie générale qui est refusée.

Opération. — Anesthésie locale au chlorure d’éthyle. Incision au niveau du point le plus saiïllant, mesurant environ 5 centimètres et parallèle au bord libre de l’arcade ; écoulement immédiat de liquide jaune brunâtre contenant quel-

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ques petits grumeaux caséeux. Le doigt pénètre dans l’orifice limité par un rebord osseux très mince ; cet orifice a environ 3 centimètres de largeur et 1 % 2 de hauteur ; on l'agrandit un peu par résection du bord osseux aux ciseaux courbes, après avoir détaché la muqueuse avec un détache-tendon. On explore la cavité et sur le plancher, on sent en avant que les racines de la deuxième molaire sont couvertes par une cloison osseuse, et en arrière un corps dur qui donne immédiatement la sensation d’une couronne dentaire, saillant au-dessus de ce plancher, la face triturante regardant directement en haut, Cette couronne est saisie sans difficultés bien grandes avec un davier-baïonnette, et quelques tractions légères permettent de la mobiliser et de l’amener en dehors. On constate qu’une portion de la paroi kystique est adhérente à la dent, et avec le doigt introduit dans la cavité, on essaye de décoller aussi haut qu’on le peut. Quand le tout est au dehors, on voit que la dissection a pu être faite sur une hauteur variable dans les différentes directions. Des curettes bien tranchantes et de courbures diverses sont ensuite introduites dans la cavité qui remonte jusque sous le rebord orbitaire, et les parois sont raclées jusqu’à ce qu’on ait partout la sensation de l’os nu. Elle ne communique pas avec le sinus maxillaire.

Un tampon de gaze monté sur une pince à longs mors fait la toilette de la cavité qui est ensuite bourrée avec une mèche de gaze iodorformée, Suites opératoires très simples ; pansement au bout de 48 heures, renouvelé pendant un mois tous les 5 ou 6 jours, sans qu’il y ait de suppuration. Ensuite, la malade est renvoyée dans son pays où son médecin lui donne les soins nécessaires. Aux dernières nouvelles (mai 1905), le bourgeonnement de la cavité se fait lentement, mais sans incident.

Examen macroscopique. —— La dent extraite est une multicuspidée ; la couronne qui faisait saillie dans la cavité kystique, la face triturante directement en haut, est recouverte par de l’émail absolument normal et de toute beauté, si on peut s'exprimer ainsi. Trois cuspides sont de dimension et de forme normales ; un quatrième est plus petit. La racine est courte, en forme de bonnet phrygien, portant deux

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sillons parallèles au grand axe, comme cela s’observe sur les dents multiradiculaires dont les racines sont soudées entre elles. En résumé, forme et dimension d’une troisième molaire arrivée à son complet développement, :

Le fragment de la poche enlevé avec la dent mesure environ 8 cm. sur 2 à 3 cm. de largeur, dans la moitié correspondant vraisemblablement à la partie postérieure de la tumeur. En avant, il n’a qu’un centimètre de hauteur environ ; mais la paroi kystique existe et s’insère fortement sur tout le pourtour et l'insertion suit la ligne du collet, en tous ses points. La membrane elle-même est un peu épaisse, mais résistante ; sa face interne est lisse, la face externe, sans être rugueuse, paraît présenter un aspect vaguement fibrillaire.

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