‹ Contribution à l'étude des accidents dus à l'évolution de la dent de sagesse supérieureChapitre 7 sur 25 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

L'Evolution des Arcades dentaires.

Ses rapports avec la position et les anomalies de la Dent de Sagesse.

Les recherches de Miel, Tomes, Siffre, Madeleine Pelletier, et les études approfondies de Dieulafé et Herpin, ont bien précisé les conditions de l’évolution des arcades dentaires et le rôle joué par les dents dans l’accroissement en longueur des maxillaires. En étudiant la topographie des follicules dentaires, on se rend compte très nettement de l’accroissement que subit la portion alvéolaire pour permettre l’évolution normale du système dentaire.

En ce qui concerne particulièrement le maxillaire supérieur, on constate que, au moment de l’éruption des dents temporaires, la portion alvéolaire occuppe la totalité de l’arcade dentaire, les germes des grosses molaires trouvant place dans la tubérosité maxillaire. C’est l’évolution de ces dents qui préside à l’accroissement en longueur du maxillaire. La région alvéolaire du nouveau-né, l’arc dentaire temporaire de

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Siffre ne subit pas d’accroissement, les vingt premières dents permanentes prenant exactement, d’après Tomes, la place des vingt dents temporaires. Au contraire, la région non alvéolaire, région de la tubérosité au maxillaire supérieur, subira un accroissement progressif, parallèle à l’évolution des grosses molaires, pour arriver à la constitution de l’arc dentaire permanent, dont l’arc dentaire temporaire ne sera plus qu’une partie constituante.

Le germe sur la dent de sagesse, au début de son évolution, occupera cette région de la tubérosité maxillaire, où, chez un maxillaire d’enfant, se trouvait logée la première grosse molaire. Tout d’abord, haut situé, en rapport presque directe avec le sinus, il se dirigera progressivement en bas, et, grâce à l'accroissement progressif du maxillaire, la dent de sagesse trouvera généralement facilement sa place sur le bord alvéolaire, entre la deuxième grosse molaire et la suture ptérygo-maxillaire.

Le développement de l’os est contemporain de l’évolution dentaire ; comme le dit très bien Capdepont : « Follicule dentaire et os périphérique évoluent ensemble, et on peut en dire autant des tissus mous qui les recouvrent. » Sans accepter complètement la théorie pathogénique d’'Ombredanne, qui admet que cette région de la tubérosité maxillaire particulièrement fertile joue le rôle d’un véritable « bulbe osseux », où une infection circulante se fixera électivement, il est certain cependant que cette région, comme tous les tissus ou organes en voie de développement et congestionnés par la croissance, est particulièrement sensible à l'infection.

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Quant au mécanisme même de l’éruption de la dent de sagesse, il est analogue à celui de toutes les autres dents. La thèse de P. Robin a mis en lumière le rôle de la mastication et du sac folliculaire dans l’ascension des dents : l’organe dentaire s’accroît en volume, la couronne s’augmente en longueur et se rapproche ainsi de la gencive, tandis que les racines, butant sur le fond résistant de la logette osseuse, tendent à élever : l’ensemble de la dent dont l’ascension est facilitée par la condensation des paroïs alvéolaires. Mais le sac folliculaire accompagne toujours la dent dans son évolution, soit dans le corps du maxillaire, soit dans la muqueuse gingivale. C’est lui qui produit les phénomènes de résorption nécessaires à son ascension. Pour Capdepont, c’est à l’infection directe de ce sac folliculaire et à la propagation secondaire de cette infec-, tion à la région péri-folliculaire que sont dus tous les accidents de la dent de sagesse.

Ces conditions d’évolution des arcades dentaires auront des conséquences plus nombreuses et plus immédiates sur l’évolution de la dent de sagesse inférieure. Les études de Madeleine Pelletier, sur la phylogénèse du maxillaire inférieur, établissent bien que la régression progressive du système masticateur, subordonnée à l’évolution de la civilisation des races, ont amené la diminution de la portion squelettique du maxillaire. Les dents, organes passifs, ne feraient que

subir les conséquences de cette évolution, et, la dispo-

sition actuelle des grosses molaires qui, dans les races civilisées, vont en diminuant de volume de la première à la troisième, disposition inverse de celle que

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l'on constate chez les races inférieures, ne serait qu’une adaptation à cette diminution de la portion squelettiqué, devenue insuffisante pour le développement normal de la portion alvéolaire. Les anomalies de volume, de forme et de direction que présente souvent la dent de sagesse, et les accidents résultant des conditions spéciales de son évolution, seraient donc subordonnés au degré de civilisation des races et même, d’après les recherches de Broca et de Cornudet, pour le type européen actuel, au degré d’intellectualité des individus.

Toutes ces conditions se retrouvent, bien que moins nettement, au maxillaire supérieur. La régression du système musculaire n’a pas, sur le développement de l'os, une influence aussi immédiate et la diminution de la portion squelettique ne sera que la conséquence de celle de la portion analogue du maxillaire inférieur. Mais, en définitive, le défaut de parallélisme entre les deux portions squelettique et alvéolaire des deux maxillaires va toujours en s’accentuant, et, avec Darwin et Tomes, on peut admettre que la dent de sagesse, déjà très souvent réduite à l’état rudimentaire, viendra à disparaître complètement si les races continuent à se modifier dans le même sens.

Aussi, les auteurs s’accordent-ils à reconnaître que, de toutes les dents, la troisième molaire est celle qui est le plus fréquemment sujette à des malformations ou à des anomalies d’évolution. Si son absence est plus souvent signalée au maxillaire inférieur, par suite des obstacles que le manque de place oppose à son évolution, il semble bien, qu’à un maxillaire supé-

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rieur, elle soit plus fréquemment atteinte de nanisme. Cette diminution de volume coïncide presque toujours avec des malformations des racines, qui sont petites, généralement fusionnées en une seule masse conique, n’apportant aucun obstacle à l’avulsion ordinairement facile de cette dent. Celles de la dent de sagesse inférieure, au contraire, sont souvent volumineuses, quelquefois divergentes, et présentent presque toujours une courbe à concavité postérieure qui explique leur fracture fréquente au cours de l’extraction, déjà rendue difficile par la position de cette dent et l’épaisseur du maxillaire au niveau de son alvéole.

De nombreux cas d’éruption tardive de la dent de sagesse supérieure ont été signalés, comme de son homologue de la mâchoire inférieure. Magtiot cite un cas où les deux dents de sagesse supérieures sont aperçues à 64 ans. Parmi les observations que nous citons, l’une se rapporte à un homme de 34 ans (Obs. IT), une autre à une femme de 62 ans (Obs. IV), enfin la troisième à un homme de 84 ans (Obs.l). Mais il est certain que, dans ces derniers cas, la dent avait depuis longtemps terminé son évolution, et les accidents que l’on a constatés sont dus à des phénomènes de désinclusion que nous envisagerons au chapitre suivant.

Enfin, en dehors des cas d’hétéropie vraie, comme celui rapporté par Magitot, où la dent de sagesse était implantée sur l’apophyse ptérygoïide — cas d’hétéropie qui ne sont pas spéciaux à cette dent — elle présente très souvent des anomalies de direction. La dent, en faisant son éruption, peut alors provoquer des

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