‹ Contribution à l'étude des Accouchements Prématurés ArtificielsChapitre 32 sur 38 · OBSERVATION XXII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXII

Communiquée par M. le Professeur Eustache

Madame Z... se marie à l’âge de 20 ans; elle est pâle, lymphatique, de taille exiguë 1 m.55, à hanches peu saillantes, à démarche quelque peu singulière. Elle devient enceinte peu de temps après ; le travail s'établit spontanément à terme, mais au bout de 48 heures d'efforts la tête restait au détroit supérieur. Je fus appelé et fis une application de forceps très laborieuse, qui nécessita plus de 20 minutes de traction et amena un assez gros enfant (3,300 gr.) qui avait succombé pendant l’opération. 18 mois après, nouvel accouchement dans les mêmes conditions que précédemment et avec le même résultat. Je constatais que le promontoire était saillant et que le diamètre autéro-postérieur mesurait 9 centimètres 1/2. Je conseillais lors d’une 3° grossesse, qu’on recourut à un accouchement prématuré. Celle-ci étant survenue peu de temps après, M°° Z.. . fut à Paris consulter M. le professeur Depaul qui partagea mon avis et fit l’accouchement prématuré artificiel à 8 mois à l’aide de tiges de laminaires. L'intervention dura trois jours et amena l'expulsion spontanée d’un enfant de 2,300 gr. qui était bien vivant et qui continue à vivre. Depuis lors,

de ONree

Me Z... a eu 5 grossesses qui ont toutes été soignées de la même façon par M. Depaul, par M. Guéniot et par moi. M. Guéniot aingi que jele fis, remplaça les tiges de laminaire par la sonde de Krause ; ces cinq dernières grossesses se sont chaque fois terminées par la naissance d'enfants bien vivants et bien portants dont Païné. a maintenant 15 ans et le dernier 3 ans. Grâce à l’accouchement prématuré artificiel, voilà donc une famille possédant 6 enfants,

OBSERVATION XXIII (Grossesse prolongée

Communiquée par M. le professeur Estache. |

Me A. C. se marie en 1883 à l’âge de 24 ans. Elle est nerveuse, hystérique, fantasque et nymphomane. Dès les premiers jours du mariage il se déclare un vaginisme intense qui rend impossible tous rapports conjugaux pendant plusieurs années.Depuis quelque temps, parait-il, ceux-ci se faisaient de loin en loin mais Sans intromission, le contact des petites lèvres provoquait de telles douleurs que le coït avait plutôt lieu entre les cuisses. Dans ces conditions 12 ans se passent sans grossesse, quant au mois de septembre 1895, la femme ayant alors 37 ans, les règles ne se montrèrent pas. Ce ne fut qu'après 5 mois d'aménorrhée complète avec engraissement général que la possibilité d’une grossesse put être supposée. Elle ne fut toutefois admise comme certaine qu’au début du mois de juin, c’est-à-dire huit mois après la cessa-

tion des règles. Appelé à ce moment, je constatais alors très net=

tement les mouvements actifs et les bruits du cœur du fœtus et annonçÇais l'accouchement pour le 25 juin, les règles ayant cessé le 14 septembre.

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Madame €... fut effrayée à l’idée d’être enceinte et se mit dès lors à croire que l'accouchement serait impossible, étant donnée l'étroitesse des parties molles. Elle fut encore plus effrayée des douleurs qu’elle aurait à ce moment là au point que la peur de ces douleurs devint pour elle une obsession de tous les instants, presque de la folie.

Sur les conseils de son médecin elle commença alors à se faire plusieurs fois par jour des badigeonnages à la cocaïne et se placer presque à l’état permanent des tampons de cocaïne à l’entrée du vagin.

Dans cet état la date du 25 juin se passe sans manifestation de travail. 10, 15, 20 et 25 jours se passèrent encore et malgré l'affaissement du ventre qui datait du 15 juin, aucune trace de travail ne se produisait. Il y avait en réalité grossesse prolongée

par insensibilité complète de la matrice, amenée très probable-

ment par l’appréhension de la douleur et par les applications incessantes de cocaïne.

Le 25 juillet,310 jours après l'apparition des dernicres règles, je demandais à faire un nouvel examen. Après avoir enlevé le tampon de cocaïne, j'arrivais sur le col qui était effacé, l’orifice | légèrement entr’ouvert me permet d'arriver sur la tête du fœtus, très volumineuse, que j’explore dans une large étendue sans rencontrer ni sutures ni fontanelles (position O I G A). J'annonçais l'existence d’une grossesse réellement prolongée, les difficultés et les dangers de laisser continuer cette prolongation anormale et insiste sur la nécessité de la provocation immédiate de l’accouchement.

__ Après avoir promis un accouchement sous le chloroforme, j'obtins l'autorisation d'intervenir et le 25 juillet à 10 heures du soir, j'introduisis sans trop de difficultés et pendant le sommeil

chloroformique, une sonde dans l'utérus. Dès le réveil quelques douleurs se manifestèrent, légères, espacées, Au bout de 24 heures il n’y avait guère plus de dilatation qu’au moment de l’intervention ; je romps alors la poche des eaux. La nuit se passa presque sans douleur, le lendemain matin cependant à 5 heures, au bout de 31 heures la dilatation étant complète, je procédais à une application de forceps à la partie supérieure de l’excavation, la parturiente étant, bien entendu, complétement endormie. La prise de la tête fut faite régulièrement mais malgré la largeur du bassin, l'extraction nécessita des efforts considérables pendant plus de 20 minutes au bout desquelles je par vins à extraire un enfant volumineux qui vint en état de mort apparente mais revint au bout de quelque temps et vit encore. Cet enfant était maigre de corps mais très long ; 54 centimètres. Sa tête était volumineuse et presque complètement ossifiée. Diamètre B. P. 10 c. 112 — ©. M. 15 centim. Les sutures étaient à peine sensibles et marquées seulement par une simple rainure, la fontanelle postérieure était fermée, le bregma était presque complètement effacé, mesurant à peine 12 centimètre dans le sens de sa longueur, Poids total 4,535 grammes. Suites de couches sans incidents.

Nous avons plus haut exposé la conduite à tenir dans un cas analogue. Nous ferons remarquer ici :

Que la durée de la grossesse a été réellèment de 310 jours après la cessation des dernières règles,

Que cette longueur est inusitée puisque dans les noms cités plus haut nous n’en trouvons qu’un qui rapporte un cas plus long qui à duré 315 jours, |

Que cétte prolongation peut tenir 4 une sorte d’insensibilité de l’utérus. Cette insensibilité proVenait de Pabus des tampons de cocaïne et de l’état du sujet, C’est la seule explication plausible

Di

que nous lrouvions puisqu'il n’y avait ni grossesse extra-utérine, ni obstacle à l’accouchement par tumeur ou malformation, ni rétention' du fœtus macéré.

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An sujet de ces observations, nous croyons utile de faire quelques commentaires :

Nous voyons que les rétrécissements ayant nécessité l'intervention sont variables mais ils n'atteignent pas la limite minimum, Nous en avons trouvé 5 de 8centimètres, 7 de 8 centimètres et demi, 6 de 7 centimètres et demi et 2 de 7 centimètres. |

On trouve dans les dimensions du bassin une explicaton de la mortalité des enfants. Plus on se rapproche du terme, plus cette mortalité diminue car les enfants offrent une résistance plus grande. De là une conclusion de beaucoup d'auteurs de ne pas tenter l'accouchement prématuré avant 7 mois el demi, les enfants venant au monde audessous de 7 mois ne pouvant que difficilement résister.

Les enfants obtenus ont un poids variant de 1,550 à 2,680 grammes. Ce sont ceux qui pèsent le plus qui ont le mieux résisté. L'état de l'enfant n’est pas, en effet, proportioné à l’âge de la grossesse, car l’état de la mère y influe pour une large part. Telle femme robuste ayant

porté sa grossesse sans fatigues ni accidents jusqu’à huit

mois aura un enfant plus résistant et mieux conformé qu'une autre femme qui, surmenée par le travail ou atteinte par la maladie, aura pu conduire sa grossesse plus près du terne, Il faut donc, dans Ja statistique générale des accou-

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