OBSERVATION V
(In Annales d'Oto-Läryngologie, 1936, n° 4, p. 381. Piquet. Kyÿstes dermoïdes du maxillaire supérieur). 5
Kyste dermoïde du sillon naso-génien.
* D... Jean, âgé de 19 ans, se présente à notre consultation pour un écoulement purulent du vestibule buccal gauche.
Le début de l'affection remonte, au moins en apparence, à 8 ou 10 mois. Il ‘s’est caractérisé par l'apparition de douleurs siégeant dans toutes les dents du maxillaire supérieur gauche et s’irradiant dans l’hémicrâne et l'oreille corres-
pondante. Ces douleurs persistaient durant 24 ou 48 heures et disparaissaient spontanément. Avec le temps, elles durent de plus en plus longtemps et, depuis environ 4 mois, chaque crise douloureuse se termine au bout de quelques jours par un écoulement purulent dans le vestibule buccal. En l’espace de deux mois, il y a eu trois ou quatre de ces abcès successifs. Mais depuis deux mois la douleur devient CnpaUe elle s'accompagne d’exacerbations pénibles. L’écoulement purulent est à peu près ininterrompu ; s’il se produit un arrêt de l'écoulement,
la douleur s’exagère aussitôt. Ces crises douloureuses provoquent des troubles de la santé générale : inappétence, malaises, etc, et le malade est parfois resté couché durant des journées entières. :
Enfin il nous dit qu’il mouche de temps, à autre des mucosités jaunâtres.
Examen le 1€ juin 193% :
On note tout d’abord l'existence d’une déformation de la moitié gauche de la face : la joue et la lèvre sont un peu tuméfiées de ce côté et le pli naso-génien est moins profond qu’à droite. Dans le vestibule buccal on voit au-dessus de l'incisive latérale gauche deux petites fistules par lesquelles il s'écoule un peu de pus. Une autre fistule, assez large, siège au-dessus de la première grosse molaire, dont les racines sont à nu. La voûte palatine est déformée : la moitié gauche du palais est fortement abaissée sur presque toute l'étendue du palais osseux. À l'examen rhinoscopique, on voit que le plancher de la fosse nasale gauche est surélevé, mais cette tuméfaction ne s’étend pas à la paroi externe de la fosse nasale et le cornet inférieur est absolument normal. Le maxillaire supérieur est un peu douloureux à la pression. À la diaphanoscopie il s’éclaire normalement.
Examen histologique : la paroi conjonctive épaisse est recouverte d’un épithélium pavimenteux stratifié du type malpighien accompagné d'éléments - pilo-sébacés.
20 Le kyste mucoïde. — Le kyste mucoïde est beaucoup plus fréquent au niveau du sillon naso-génien que le précédent.
En 1929, Arxozp1 en relatait trois cas ; en 1935, HLavacEek en relatait dix autres cas.
De plus, son étude a été très bien faite par M. le Professeur Jacques de Nancy, qui dit : : .
€ L’affection dont je veux vous entretenir, beaucoup d’entre nous « l'ont rencontrée et ont eu à la traiter et pourtant c’est en vain € qu’on en chercherait mention dans nos Traités de pathologie « chirurgicale générale ou spéciale. Ce n’est pas que manquent les € éléments d’une description clinique : plusieurs observations pré- «cises et concordantes en ont été publiées tant en France qu’à « l'étranger au cours de ces dernières années. Mais il semble’ qu’elles « n’aient retenu l’attention d’aucun de nos auteurs de Traités didac- « tiques. »
« Symptomatologie : un sujet de moins de trente ans, une femme le « plus souvent, s’alarme d’une grosseur récemment apparue aux con-
« fins de la narine et de la joue, gênant la respiration et troublant ( quelque peu la symétrie de la face. Pas de douleur, mais une tension un peu pénible... L’inspection du visage révèle en effet un certain « degré d’asymétrie, causée par une voussure arrondie soulevant « l’attache externe de l’aile du nez qu’elle écarte en dehors et atté- €nuant le sillon géno-alaire. Et quand la lésion est bilatérale, la « dissymétrie disparaît pour faire place à un faciès particulier, carac- « térisé par l’étalement de la base de la pyramide nasale et l’efface- « ment des sillons qui la limitent : faciès rappelant celui des races « mongoliques occidentales et qu’on a qualifié de : « visage de kal- € mouk ».
Bainenweckx, de son côté, écrit à ce sujet :
« Il s’agit de tumeurs assez rares, bénignes, uées dans la fosse « nasale au niveau de son planther, dans la région de la tête du « cornet inférieur. Elles se développent en bas, en avant et en dehors, « en tassant le pourtour de l’orifice pyriforme puis l’apophyse mon- « tante du maxillaire supérieur. »
« Ce sont des tumeurs congénitales. Diverses hypothèse sont été « émises sur leur point de départ. La plus vraisemblable est celle qui « fait provenir le kyste de la reviviscence d’un îlot épidermique « enclavé dans le mésoderme au moment de la coalescence des « deux bords de la fente naso-orbitaire. »
« D'ailleurs l’épithélium qui borde la cavité kystique est du type « mucoïde, cylindrique ou prismatique simple, le contenu est albu- « minoïde. »
Nous reproduirons ci-dessous la très belle observation d’un malade que Hazpnen et ZnA présentèrent à la Société de Laryngologie des Hôpitaux de Paris en 1934.