OBSERVATION XXIX
{in Thèse de Mourox, Nancy 1905, La syphilis du maxillaire supérieur envisagée spécialement dans ses rapports avec les affections du système dentaire). Syphilis du squelette sous-jacent au sillon naso-génien.
Mademoiselle Z..., 40 ans, femme de chambre chez un confrère, m'est adressée par lui, en juin 190% pour une tumeur spontanée dans le sillon naso-génien, du côté gauche, et qu’il considère comme d’origine lacrymale. Le gonflement aurait apparu insidieusement, il y a une quinzaine de jours, sur la partie latérale gauche du nez, et aurait lentement évolué, comblant peu à peu le sillon naso-génien. Les phénomènes subjectifs, insignifiants au début, s’accusent en même temps que la tuméfaction, sous forme de lancements douloureux, intermittents, avec sensibilité assez vive à la pression. |
Je constate, pour ma part, un œdème superficiel avec teinte d’un bistre cuivré, tandis que la palpation permet de reconnaître un épaississement de la branche montante assez diffus, mais dont le maximum correspond à la région de cet os qui limite l’orifice pyriforme. La tumeur très résistante, un peu élastique, fait corps avec l'os ; sa surface est lisse, ses limites mal accusées ; légère œdème de la paupière inférieure, pas d’epiphora ; les caractères et la détermination exacte de la localisation du gonflement me font écarter d'emblée l'hypothèse d’une origine lacrymale, abstraction faire des signes négatifs fournis par cet appareil.
Mais du côté des dents, je remarque une carie pénétrante de la canine supérieure gauche et une autre en regard sur la prémolaire voisine.
Je prie le D' Gizze, dentiste de la malade, de lever l’obturation récemment faite sur la canine et de pratiquer une exploration et une désinfection soignée du canal pulpaire de cette dent ; de l’avis de ce confrère c’est qu'il faut exclure l’idée d’une périostite d’origine dentaire soit canine soit molaire. Néanmoins le traitement que j'avais demandé est pratiqué sans amener une cédation dans les accidents.
En présence de ce résultat négatif, j'élimine définitivement la question de l’origine dentaire et je fais part de mon diagnostic, ineriminant une syphilis latente, au D' M... qui, très surpris, me déclare considérer la chose comme à peu près inadmissible. J’obtiens cependant que la malade prendra une potion au bi-iodure, à titre d'essai pendant quelque temps. Après huit jours de cette médication, je constate déjà une diminution de volume de la grosseur qui semble devenir un peu plus diffuse, mais moins dure et moins saillante. Quinze jours après, la tumeur était presque complètement aplanie, les phénomènes subjectifs très diminués, il n'existe plus qu’un peu d’æœdème et de rougeur dans la région ineriminée.
Le 18 août, un mois après le début du traitement spécifique, toute déformation extérieure a disparu ainsi que toute sensibilité. Il ne persiste plus, de la trace de l'affection, qu’un léger gonflement palpébral et périostique du côté gauche, quand survient un peu de congestion de la région sous l'influence d’une sécrétion lacrymale exagérée par l'émotion.
La malade que j'ai revue au mois de décembre pour un coryza muco-purulent avec tendance hypertrophique est entièrement guérie de l'affection qui l’inquiétait tant. Une palpation très attentive est nécessaire pour permettre de reconnaître la persistance d'un léger épaississement du maxillaire au point primitivement
observé.