CHAPITRE I
EXPOSÉ DES FAITS CLINIQUES : DÉTAILS ET CLASSEMENT DES OBSERVATIONS. — CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES.
Cette étude a été faite à l'hospice du Perron où, après avoir observé 60 albuminuriques, M. le professeur Teissier n'en trouvait plus que 6 à 7 quelques jours après. C'est là que, pendant près d'une année, nous avons pu étudier la variabilité de l'albuminurie dans maintes maladies nerveuses, sa valeur, ses causes, sa gravité^ l'influence qu'elle peut exercer sur la maladie qui lui adonné naissance.
Rien dans cet asile ne s'écarte de la façon d'être des autres établissements de Lyon ; il est de ceux qui réalisent le mieux les conditions de bien-être du malade désireux d'attendre, sinon une guérison toujours,
du moins une amélioration ou une rémission à son mal. Nous avons relevé des faits d'albuminurie momentanée chez des ataxiques, des névropathes et des hémiplégiques, dans la myélite, la paralysie générale et aussi dans l'atrophie musculaire progressive. Les différents malades que nous avons eu à étudier étaient possesseurs de leur affection cérébrale ou myélitique depuis de longs mois. Leur maladie nerveuse a donc toujours précédé l'albuminurie, ce qui nous permet, dans la majorité des cas, de repousser l'idée d'une néphrite primitive.
Parmi nos malades, 20 seulement ont été l'objet de ces recherches. La nécessité de répéter fréquemment les analyses d'urine, d'en faire souvent plusieurs le même jour pour le même objet, nous a forcé de restreindre le champ de nos observations. Nous avons préféré diminuer le nombre de nos sujets d'expérience et les suivre complètement pendant une durée relativement longue. De nombreux et délicats procédés d'analyse chimique ont été chaque jour employés. Les recherches ont été complétées par des analyses du sang soit à l'aide du compteglobules, soit avec l'hémo-chromomètre de Malassez.
Ces faits semblent étabhr l'existence clinique de l'albuminurie transitoire. Bien qu'on en puisse discuter quelques-uns comme ceux qui s'accompagnent de cardiopathie ou de paralysie générale, il en reste toujours un nombre suffisant pour établir d'une façon précise et nette l'existence de l'albuminurie d'origine nerveuse.
Nous allons passer successivement en revue l'his-
toire de nos malades : Ceux-ci ont été divisés en groupes pour rendre la démonstration plus évidente ; chaque observation est suivie d'une note qui en fait ressortir autant que possible les faits les plus saillants. Tous les détails ont été notés avec une scrupuleuse exactitude, et en essayant d'écarter les causes d'erreur. Aussi pouvons-nous dire qu'en matière d'analyse d'urines, ce que nous avons dit, nous l'avons vu.
z^' Groupe. — Atrophie musculaire progressive.
Observation I. — Atrophie musculaire progressive ; — Albuminurie transitoire sans existence de cardiopathie ; — Albumine non rétractile (o,25).
Ch... 5o ans, typographe, entré en 1870, salle St-Lazare, n" I.
Pas d'atrophie musculaire progressive chez les ascendants. Rien dans les antécédents personnels du malade. Il vit débuter son affection par le bras droit qu'il fatiguait beaucoup. Successivement furent pris sa cuisse gauche et son thorax.
En 1862. Il entrait à Paris dans le service de Trousseau, où il fut souvent examiné par Duchenne de Boulogne. Les bains sulfureux et l'électricité enrayèrent la maladie. En 1870, admission au Perron. Aspect particulier du malade : son ventre proémine, le haut de son tronc est penché en arrière, sa tête inclinée un peu à droite sur la poitrine, l'œil gauche ne se ferme pas et la moitié gauche de sa bouche est abaissée.
Les vertèbres cervicales sont très saillantes, les bras atrophiés en partie et le sternum parait enfoncé.
Aux jambes, lésions de siège varié. La respiration a pris le type costal inférieur. Rien au cœur de bien saillant.
30 janvier. — Urines acides, quantité 1.200 grammes, densité 1022. Abondant dépôt d'urates rougeâtres comparables à Pacide rosacique de Verneuil. Beaucoup de mucus, mais pas de cylindres, 0,25 centigrammes d'albumine non rétractile peu abondante le soir (réactif de Tanret, réactif acéto-picrique). A la suite des froids le malade avait ressenti une profonde lassitude, des frissons, du malaise, de l'embarras gastrique.
31 janvier. — L'albumine est tombée à o.o5 et à o. 10 centigrammes ; elle est ''plus abondante le matin. Urines acides. Densité 1.018.
février. — Pas d'albumine.
Le malade est à la diète et fait usage de rhubarbe. Jusqu'au i2' février, les urines restent normales dans leur composition et à faible densité.
12 février. — Urines acides, claites, ambrées; elles renferment de nombreux cristaux d'urates et d'acide urique. Pas d'albumine.
13 février. — -Urines acides, i litre 800. D : 1.020, albumine non rétractile plus abondante le matin (5 à 10 centigrammes.
14. février. — Mêmes résultats. Urines acides. Q. i lit. ySo — 3.400.000 globules rouges dans le sang.
17-18 février. — Urines i lit. 5oo. Il jn'y a plus d'albumine. Persistance de nombreux cristaux d'acide urique. Le malade usait alors de courants constants et dès ce jour voyait disparaître ses douleurs de reins, et les préoccupations dont il était assiégé.
7 juin. — Urines normales. 3.5oo.ooo globules rouges dans le sang. — 9 1/2 % d'hémoglobine.
28 juin. — Urines claires, qui renferment près de 0,20 centigrammes d'une albumine non rétractile, en même quantité soir et matin.
2 juillet. — Après une série de laxatifs légers, l'albumine disparaît.
Cette observation est non seulement prise au point de vue des réactions chimiques mais encore à celui de certaines recherches spéciales. En effet, non seulement on constate la présence de l'albumine d'une façon transitoire et on la voit disparaître sous l'influence des purgatifs et de l'électricité, mais encore l'altération du sang a été étudiée avec des appareils spéciaux (compte-globules et hémochromomètre de Malassez). Le chiffre des globules rouges, la quantité d'hémoglobine sont restés inférieurs à la moyenne pendant et après l'existence de l'albuminurie.
D'un autre côté, l'albumine n'a jamais été ré.tractile et le matin, nous l'avons trouvée plus abondante.
2^ Groupe. — Ataxie locomotrice.
Observation II. — Ataxie locomotrice. — Albuminurie passagère. — Polyurie momentanée.
Ste-Marguerite, i8. — Marie B 42 ans, ourdisseuse, entrée le 10 février 188 5.
Antécédents héréditaires nerveux. La malade elle-même a un tempérament très impressionnable, une émotivité extrême, une constitution débile.
L'affection aurait débuté par la diarrhée et une sensation de raideur commençant par le pied gauche et montant au genou. Depuis ont apparu les douleurs fulgurantes.Une aura de somnolence précède les douleurs. Insomnies fréquentes. Les piqûres de morphine occasionnent de la polyurie et de Tincontinence d'urine qui accompagnent également les douleurs. Rien au cœur. Les urines présentent, le 10 février, de 0,10 ù 0,20 centigrammes d'albumine augmentée encore le 1 1 février.