‹ Contribution à l'étude des Amnésies AsphyxiquesChapitre 13 sur 28 · LEE · texte numérisé non relu

LEE

“Littérale, devrait être appliqué à tout état de mort aâpparente ou réelle dans lequel il y a primitivement absence de pouls et cessation des battements du cœur. La syncope et l'asphyxie deviendraient ainsi des termes tout à fait synonymes s'ils ne marquaient les degrés extrémes d'un même état pathologique » (4).

Sans doute tous nos asphyxiés ne se trouvaient pas dans un état aussi grave, puisque chez certains les fonctions respiratoires persistaient, mais si l’on veut bien. tenir compte de ce que cette définition a de trop absolu, on doit convenir qu'elle s'applique assez exactement à: un état caractérisé par une perte de connaissance avec troubles graves du côté de la respiration et de la circulation.

Ayant défini l'asphyxie,voyons maintenant sous quelles formes se présentent nos amnésies.

Avec Sollier nous conviendrons qu elles sont cliniquement identiques bien souvent aux amnésies traumatiques.

L’asphyxie,comme le traumatisme, joue ici un rôle fort important pour ce qui est de la marche de l’amnésie par rapport au temps.

Nous décrirons trois formes d’amnésie asphyxiques (2).

10 l'’amnésie asphyxique simple ;

2° l'amnésie asphyxique rétro-antérograde ;

3° l’amnésie asphyxique antérograde.

1° Amnésie asphyxique simple. — Nous nous trouvons en face d'un pendu (c'est le cas le plus souvent

(1) Perrin. Dicl. des scien. médic. Art. Asphyxie. (2) Benon et VLADorr : les amnésies asphyxiques par pendaison, strangulation, submersion etc. Ann. d'hyg. pub. et de méd. lég. (mai, 1908).

rencontré), Obs. IV; V, VI, VII, VIII etc. La corde coupée, nous constatons des troubles plus ou moins prononcés de la respiration et de la circulation. Le malade ayant repris connaissance ignore ce qui s’est passé. Il a perdu la notion des faits quiont immédiatement précédé son acte, c'est-à-dire ses préparatifs, Il se rappelle au contraire parfaitement tout ce qui lui est arrivé, tout ce qu'il a fait avant ces préparatifs. C’est là notre forme d’amnésie asphyxique simple, Ce qui la caractérise c’est donc qu’elle enveloppe l'acte, — la tentative de suicide par exemple, — et les circonstances immédiates qui l'ont précédé.

C'est une amnésie localisée par rapport au temps et à la vie du sujet, profonde, complète au point de vue de son degré : elle conduit le malade à nier sa tentative, à protester énergiquement contre ce qu'on lui affirme (obs. 1v).

C'est une amnésie rétrograde de reproduction ou de conservation, Quelquefois, en effet, le malade pourra, plus tard, raconter comment il a, ou comment on a attenté à sa vie (amnésie de reproduction) ; d'autres fois, il ne pourra Jamais rappeler l'acte accompli ou l'attentat subi (amnésie de conservation). Passagère, ou plus ou moins durable dans le premier cas, définitive dans le second, cette amnésie asphyxique rentre toujours dans le cadre des amnésies fonctionnelles ou dynamiques,

Dans un-cas d'amnésie asphyxique simple (obs. 1v},on a observé, après la tentative de suicide par pendaison, une atténuation relative de l'état délirant que présentait le sujet. le

L'amnésie asphyxique simple est dite par certains auteurs amnésie rétrograde.

2 Amnésie aspnyzique rétro-antérograde, — Dans cette forme d’amnésie asphyxique, à double extension antérograde et rétrograde, l'amnésie rétrograde atteint encore particulièrement les événements voisins de la tentative criminelle ou de l'accident ; toutefois elle ne porte plus seulement sur les événements qui ont trait à la cause et aux circonstances immédiates de l’asphyxie ; elle embrasse des faits plus antérieurs, qui ne s’y rapportent en aucune manière,

Ainsi, dans l'observation XIIT, elle s'étend en arrière, à une période de quatre à cinq heures. Durant cette période,le sujet peut n'avoir pas songé du tout au suicide, ou, en tout cas, n'a rien préparé pour le mettre à exécution, D'autre part, dans l’observation XII, l’amnésie rétrograde s'étend encore davantage, mais alors de façon spéciale ; elle est totale, complète, pour les événements qui ont précédé immédiatement la tentative de suicide par pendaison, tandis qu'elle est incomplète pour les autres événements plus antérieurs. Il semble qu'on ait là une manière de zone de transition comprenant des faits qui peuvent être évoquéset par conséquent conservés et des faits qui ne peuvent être reproduits, Tous les faits au-delà persistent dans la mémoire, tous les faits en decà en sont effacés, Le sujet avait donc oublié tout ce qui avait trait à sa tentative et quelques-uns seulement des faits plus ou moins lointains qui l'ont précédée.

D'autre part, l'amnésie antérograde, dans les deux observations XII et XIII, est complète durant les quel-

Maintenon. 3e

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ques heures (Obs. XII) ou les quelques jours (obs. XITT) qui suivent la tentative, puis peu à peu, comme l'amnésie rétrograde, elle est incomplète, légère, etrelève à la fois * de l'amnésie antérograde de conservation et de l’amnésie antérograde de reproduction, c’est-à-dire que le patient conserve plus ou moins bien les faits actuels, et, quand il les conserve, il né les reproduit pas spontanément, ou ilne les reproduit que difficilement.

Dans l'observation XIIL, on a noté l'amélioration de l’état délirant du sujet.

Ces amnésies rétro-antérogrades, plus ou moins durables, quelquefois définitives sont purement fonctionnelles.

3° Amnésie asphyxique antérograde. — Nous avons

rencontré deux observations (Obs. I et II). Les accidents sont survenus dans un cas (Obs, Il) après pendaison, dans l’autre (Obs, [) après submersion. Les malades sont passés par deux périodes ; l’une, la première, dite période d'automatisme ou d’inconscience, ou mieux période de seconde conscience ; l'autre, la seconde, caractérisée par le retour à l'état normal ou primitif avec amnésie. __ Ilest à remarquer que, dans les deux observations, le début a été retardé. Le malade de Griésinger (Obs. Il), n’est entré dans la première période que le lendemain du jour de sa tentative de suicide par pendaison ; or, immédiatement après sa tentative, il avait pu raconter l’histoire de sa vie et donner les raison de son acte.

La malade de Dunn (Obs I), restée six jours sans connaissance, nest entrée, à proprement parler, dans son état second que le dixième ou onzième jour qui à suivi sa submersion,

a. Premièré période — Période de seconde conscience, Am-

nésie antérograde de conservation.

Dans l'observation, (Obs. IT) cette période est caractérisée par du mutisme, sans refus d'aliments, Lé malade, un prisonnier, le facies contracté, se promène dans les cours et subvient à ses besoins. Il n’est donc pas un auto: mate et un inconscient à proprement parler; ses actes, du reste, n'étaient pas désordonnés. Cela dura un mois.

La malade de Dunn (Obs. I) présente du mutisme avec amnésie antérograde de conservation très nette. Plus tard elle se metà coudre, à faire de la tapisserie. Ce qui peut lui rappeler son accident paraît lui faire éprouver des impressions pénibles. Au contraire la visite dé son ami lui procure de la joie : elle l'attend à heure fixe avec impatience. Apprenant sa trahison elle a üñé crise de nerfs. Get état dura douze mois.

Il est probable que pour tous les faits antérieurs à l'accident, les malades avaient de l’amnésie rétrograde de reproduction.

b, Deuxième période. — Retour à l'état normal. Amnésie antérograde de reproduction.

Dans cette période les malades présentent de l’'amnésie antérograde de reproduction. Ainsi le malade de Griésinger (Obs. IT) a perdu le souvenir de tous les faits qui ont eu lieu durant le mois qui a suivi sa tentativé dé pendaison, Ilse rappelle les préparatifs de l'acte et son souvenir persiste jusque dans les dernières sensations

éprouvées dans les yeux et les oreilles, c’est-à-dire jusqu'à la perte de connaissance. Mais, et cela est tout à fait remarquable, il ne peut rien raconter du jour qui a suivi l'acte, jour pendant lequel il était resté normal et avait répondu à toutes les questions qui lui avaient été posées, raisonnant d’une manière parfaite sur les motifs qui l'avaient poussé.

De même, la malade de Dunn (Obs. 1) avait oublié lorsqu'elle revint à l'état normal tous les faits qui avaient pris place dans l’année de sa maladie, et parmi eux la trahison de son ami qui l'avait si vivement frappée.

En somme cette variété d’amnésie asphyxique est encore purement fonctionnelle et évolue vers la guérison après avoir duré un temps plus ou moins long.

Toutes les amnésies asphyxiques que nous venons de voir, sont pathogéniquement d'ordre dynamique, Cependant il peut arriver que l'on voit s'établir après les accidents asphyxiques de véritables amnésies organiques, incurables ; laffaiblissement des facultés mentales s'accroit progressiveinent, l'état démentiel persiste. L'obser-

vation de Schüle (Obs. I) en est un exemple, le seul que nous ayons rencontré.

B, — Diacnosric

«En face d’une amnésie, dit Gilbert-Ballet, il est, au point de vue séméiologique, différentes questions à élucider. On peut avec Sollier les grouper sous quatre chefs principaux.

1° Conditions dans lesquelles l’amnésie s'est dévelop-

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