‹ Contribution à l'étude des Amnésies AsphyxiquesChapitre 16 sur 28 · V. —- PATHOGÉNIE · texte numérisé non relu

V. —- PATHOGÉNIE

Maintenant que nous avons étudié nos amnésies asphyxiques au point de vue clinique, nous allons essayer de saisir le mécanisme de leur production.

Les auteurs ne sont pas d'accord à ce sujet, Les travaux de Wagner ont provoqué de la part de Mæbius des affirmations contradictoires. Pour Wagner, les convulsions qui sont fréquentes ainsi que l'amnésie sont dues à des troubles cérébraux : anémie cérébrale par ocelusion des gros vaisseaux du cou par compression dans la pendaison et la strangulation ; hyperémie cérébrale par rétablissement rapide de la circulation pendant la période du ranimement. Mœæbius, se basant sur le caractère uniforme de l’amnésie dans la pendaison, la strangulation, les commotions morales, admet dans tous ces cas un même mécanisme étiologique, l'ébranlement psychique. Wagner conclut à des troubles de la nutrition cérébrale en s'appuyant sur l'existence de ‘convulsions chez les animaux soumis à des expériences de strangulation,

En France, Régis estime que ces deux théories ne sont pas contradicioires et peuvent être ramenées à une conception commune, Il croit à un trouble de nutrition du cerveau par intoxication. Nous verrons plus loin quel sens il donne exactement à ce mot.

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Enfin le professeur Joffroy s’est appliqué à faire res sortir comme Wagner l'importance des troubles apportés à la circulation de l'encéphale,

Examinons maintenant quant à nous, quelles sont les conditions nécessaires à l'exercice régulier de la mémoire. |

On admet actuellement que les bases physiologiques de cette faculté sont :

1° Une modification particulière imprimée aux éléments nerveux.

2° Une association établie entre un certain nombre de ces éléments.

Et d’une manière plus générale, d'après Kusmaull : (1):

{° Les nerfs doivent être pourvus d'une alimentation suffisante,

L'épuisement par manque de nourriture, une fatigue cérébrale ou musculaire, affaiblissent la mémoire.

2° Une bonne distribution sanguine, dépendant de la structure et de l’innervation des vaisseaux sanguins.

3° Une bonne structure du sol organique qui retire du sang la matière nutritive.

4° L'accumulation nécessaire d'éléments assimilés.

D'après Legrand du Saulle, l'exercice régulier de la mémoire suppose :

1° L'intégrité de structure des cellules nerveuses préposées au souvenir.

2° Le fonctionnement normal de ces éléments anatomiques.

(1) KusmauLz. Des troubles de la parole, Page 43.

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3° Une irrigalion sanguine suffisante ni trop peu ni trop aclive.

4° L'intégrité de la constitution chimique du sang (1).

Ribot insiste également sur le rôle que joue la nutriton et dit : «la puissance reproductive nous a paru dépendre surtout de la circulation » (2).

De même Luys.

« La perception consciente est tellement une fonction organique tributaire d'appareils organiques, au même ütre que l'hématose, que lorsqu'un des rouages essentiels, à l’aide duquel elle se révèle quotidiennement, vient à faire subitement défaut, elle languit sur place et s'arrête instantanément comme par une sorte d’asphyxie subite. Il suffit pour cela que /es courants sanguins, qui donnent la vie et l'activité aux cellules de lécorce, viennent subitement à suspendre leur cours » (3).

Toutes ces théories peuvent se résumer en deux mots :

1° Intégrité de la substance nerveuse,

2° Intégrité de la circulation.

La première condition ne nous intéresse guère puisqu'il s'agit pour nous d’une influence passagère qui ne peut agir sur la structure même de la cellule noble supposée auparavant intacte.

Sans doute, la majorité de nos observations porte sur des aliénés, Nous pensons que ce fait n’a ici aucune importance et qu'il vient de ce que dans les asiles la pendaison est fréquente, généralement interrompue et les

(1) LeGRaND pu Sauzue. Gazelle des Hopilaux, 1884, page 1173. (2) RiBor. Les maladies de la mémoire, p. 159, (3) Luys. Le cerveau et ses fonctions, p. 110.

troublés mortels souvent enrayés par dés secours prompts et éclairés. D'ailleurs, d’autres observations citées ont trait à des personnes ayant toute leur raison

La seconde condition nous paraît au contrairé très importante. Tous les auteurs en font mention. « Il y a, dit Ribot à tenir compte de la qualité du sang tout aussi bien que de sa quantité. » (1). Auparavant ce même äuteur faisait remarquer en parlant du cerveau qu’ «il n'y a pas de partie du corps où le travail nutritif soit plus actif ni plus rapide. » (2)

Dans cette partie de l'économie, l'arrêt dé la nutrition doit donc avoir une importance particulièrement considérable,

Remarquons en effet que l’amnésie peut être la conséquence de troubles circulatoirés de cause lointaines : « Elle peut, dit Falret, succéder à la suppression d’hémorrhoïdes, du flux menstruel » (3).

Selon Rouillard qui a étudié les amnésies principalement au point de vue étiologique : « En dernière analyse, l'amnésie est presque toujours causée par uné wrigation insuffisanté du tissu nerveux (4),

Or que se passe-t-il, d'abord dans la pendaison ?

Parlant des expériences sur le cadavre de Hoffman qu’il a refaites et contrôlées, Brouardel dit : € IL suffit d’une pression (tension de la corde) de deux kilogrammés pour empêcher le sang de passer dans lés

(4) Risor. Les maladies de la mémoire, p. 160.

(2) Risor. Ouvrage cité, p. 156.

(3) Farrer. Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales | article: amnésie.

(4) RouiLcarp. Thèse de Paris, 1885.

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veines jugulairés , d'une pression dé éinq kilogrämmes pour amener l'obstruction des carotidés ; d'uné pression de quinze kilogrammes pour assurer l'oblitération de la trachée ; d'une pression de trente kilogrammes pour obstruer les artères vertébrales » (1).

Au point de vue physiologique, le même autéur considérant comme suffisante la tension de cordé qui amène l'obstruction des carotides dit encore : « Il suffit qué la tension atteigne cinq kilogrammes pour qu’il se produise une syncope d'origine cérébrale par anémié cérébrale » (2).

Nous voilà donc bien amené en présence de ce trauble de circulation auquel selon nous doit être attribuée la production de nos amnésies.

. Nous avons déjà montré quelle grossé importance avait pour le fonctionnement normal de la mémoire la circulation de l’encéphale, nous allons dire pour quelles raisons l'influence des troubles cireulatoires doit être à notre sens considérée comme plus grande que celles des troubles de la respiration.

Chez un condamné qu'on pend haut et court se trouvent réalisées tout d'un coup l’oblitération des voies aériennes et celle de tous les vaisseaux du cou la tension de la corde étant égale au poids du corps du supplicié. Au bout d’un minimum de temps la mort survient. Mais, et nous donnons encore la parole à Brouardel,

(1) Brouarpsz. Pendaison, strangulation, suffocation et submersion, p: 39. ;

(2) Brouarpez. Péndaison, strangulation, suffocation et submersion, p 39.

« lorsque la suspension est incomplète, l’un de ces mécanismes peut agir seul et c’est souvent l'arrêt de la circulation qui prend alors le premier rang (1) ».:

Dans toutes nos observations où il nous est donné quelques renseignements détaillés sur l’acte de nos sui- ‘cidés, sur le lien dont ils se sont servis, sur la hauteur du point d'attache, sur la position qu'ils occupaient lorsqu'onest venu les dépendre, nous voyons qu'ils étaient dans des conditions peu favorables au plein succès de leur entreprise. Nous avons donc d'excellentes raisons de penser que chez eux l’arrét de la circulation a pris là plus grande part à la production des troubles observés chez eux dans la suite.

De plus, ils ont pu être ramenés à la vie et c’est là une raison que l’on a de penser que la respiration ne doit pas être mise en cause : « L'arrêt de la circulation cérébrale suffit pour tuer un individu qui se pend, mais iltue beaucoup pluslentement que la privation d'air (2). Nous savons aussi que dans la période de ranimement, nos malades ont présenté de la congestion cérébrale avec convulsions, réaction évidente d'une anémie préalable, et trouble bien fait, par manque de transition, pour aggraver une situation déjà critique,car nous savons que l’anémie et la congestion, symptômes opposés, peuvent bien souvent ètre la cause de troubles identiques.

Dans la strangulation, les choses se passent d’une manière identique : « La compression des carotides, dit

(1) BrouaRDEL, Pendaison, strangulalion, suffocation et submersion, p.45. (2) BRouarRDEL, Pendaison, strangulation, suffocalion et submersion. p. #1.

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Tourdes, est évidente, elle est prouvée par la rupture des tuniques et par l’ecchymose des parois ; ces lésions sontrares, mais la pression peut oblitérer les carotides sans altérer leur tissu, » (1)

Or dans certains cas, cette compression a pu agir seule, nous n'en voulons pour preuve que cette déclaration : de Laennec dans une observation sur un cas de tentative de strangulation opérée avec les mains,

« Cet état bizarre de léthargie, de syncope prolongée, s'explique assez naturellement par une anémie cérébrale déterminée par la compression énergique et longtemps continuée des deux artères carotides..….

Si je n'ai point rencontré cette gêne persistante dans la gorge, cetle grande difficulté dans Paction de parler et d’avaler que M. Tardieu a vue dans ses observations, cela vient de ce que, ici, les pressions n’ont pas été générales ; il semble au contraire que le larynx, le pharynx aiens été épargnés et que les carotides seules aient été comprimées. (1)

Nous sommes heureux de pouvoir apporter dans cette discussion l'opinion catégorique d’un observateur aussi en renom.

Mais dans la submersion, les choses, nous dira-t-on, ne se passent plus du tout de la même manière : ici aucun obstacle à la circulation, au contraire impossibilité absolue aux fonctions respiratoires de s'exercer.

(4) Tourpes. Dictionnaire des sciences médicales, article «strangulæ tion ».

(2) Laenwec. Etat syncopal prolongé causé par une tentative de strangulation opérée avec les mains. Journal de médecine de l'Ouest, Nantes, 1878, p. 69.

Maintenon. &

PSG

Cette objection, loin de nous trouver sans défense, va

nous être précieuse pour fortifier notre théorie.

On tend aujourd'hni à admettre l'existence de deux types de noyés. Dans le premier type, celui que l'on rencontre le plus souvent, après une lutte de durée variable pendant laquelle le sujet retient volontairement et à grand peine sa respiration, arrive une période de grandes inspirations qui envoient jusqu'aux plus fines ramifications bronchiques et jusqu'aux alvéoles pulmonaires mêmes, l’eau et les particules solides qu'elle peut contenir et qu'on retrouve à l’autopsie.

Pour ceux-ci les auteurs sont d'accord et conviennent qu'on ne peut plus ramener à la vie le noyé qui est resté les uns disent /rois, les autres disent cing minutes sous l’eau.

Et pourtant tous les jours nous entendons parler de gens qui ont survécu après être restés vingt, d'autres disent même quarante (?) minutes sous l’eau.

& Il faut donc admettre, dit Tourdes, en présence de ces témoignages, des exceptions à la limite fatale des quatre ou cinq minutes, Cela tient, dit Faure, à n'en pas douter, à ce que l'homme s’évanouit et reste dans un état de mort apparente pendant lequel les besoins de la respiration sont à peu près nuls ({) ».

Nous dirons donc avec Vibert :

« Dans le second type, la perte de connaissance survient immédiatement ; le noyé n'aspire pas d'eau et n'en

(1) Tourpes, Dictionnaire des sciences médicales. Article «submer- SION he

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avale pas. Il est probable que c’est ainsi qu'on doit expliquer les observations assez nombreuses qui concernent des noyés rappelés définitivement à la vie après avoir séjourné sous l'eau wn quart d'heure où même davantage ». (1).

… Et Tourdes encore nous dit quels sont, pour les noyés de la seconde classe, les effets de cette perte de connaissance.

« La syncope peut être initiale, occasionnée au moment mème de la submersion par la terreur, par l’action Poids on

La syncope initiale aurait pour effets, soit une mort immédiate empêchant les signes d'asphyxie de se produire, soit un retard apporté au moment où l'asphyxie commence ; elle serait à la fois considérée comme pouvant accélérer ou ralentir Les effets de la submersion » (2).

Ainsi donc, chez les sujets qui tombent tout de suite en syncope, nous ne trouvons pas ces grandes inspirations qui, projetant l’eau dans toutes les branches de l'arbre respiratoire, détruisent son fragile épithélium et par la suite, produisent cette mousse abondante qui encombre les bronches et rend impossible, chez le sujet retiré de l'eau et vivant encore, le rétablissement d'une fonction indispensable.

Dès lors, nos noyés meurent en touchant la surface de l’eau ou restent longtemps submergés sans en trop souffrir, ils sont en état de vie ralentie. Les uns repêchés

(1) Visert. Médecine légale, p 174.

(2) Touroes. Dictionnaire des scrences médicales. Article : « submer- Sion ».

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