‹ Contribution à l'étude des Amnésies AsphyxiquesChapitre 23 sur 28 · VII .— OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

VII .— OBSERVATIONS

OBS. I.— Dunx. Case of supension of the mental faculties, of the powers of speech, and special senses. (The Lancet, 1845, novembre 15-29).

Submersion : perte de connaissance, puis état de « stupeur ». A partir de ce moment, période de séconde conscience qui dure un an; au début amnésie antérograde de conservation.

Retour à l’état normal avec amnésie dite antérograde de reproduction, portant sur les douze mois de la maladie.

Cette observation se rapporte à une jeune femme âgée maintenant de dix-neuf ans, à tempérament à la fois nerveux et lymphatique.

Ses parents l’eurent pour premier enfant : elle vint au monde environ six semaines avant terme, fut alimentée à la cuiller. A l’âge de six semaines, par conséquent à l'époque où elle aurait dû naître au cas d'une grossesse de durée normale, elle eut des convulsions pendant tout un jour, elle survécut et commença à prospérer.Très belle enfant à l'âge de quatre ans, on lui inocula la petite vérole dont elle faillit mourir. Elle fit aussi une scarlatine sévère à dix ans.

Le 14 juillet 1843, comme elle se promenait avec sa tante, au bord de la rivière qui coule à travers le pare de Sir Percival Dyke, de Lullington, elle laissa tomber un objet qu'elle portait et en voulant le rattraper elle fit une chute dans l'eau. Elle s'accrocha aux herbes de la rive mais finalement retomba en arrière. Sa tante immédiatement courut à son secours, mais ne vit plus rien que le châle de la jeune fille qui flottait à une distance de douze mètres environ de l’en-

sv Gl'—=

droit où était arrivé l'accident. Finalement elle fut ramenée à l’air libre, un quart d'heure après, inanimée. Elle fut transportée dans la maison de Sir Percival Dyke où elle reçut des soins. Un médecin fut appelé, etau bout de six heures elle recouvra la sensibilité et son état permit dans l'après-midi du lendemain de la transporter chez son grandpère, à Shoreham.

Bien qu'elle fut capable de raconter son accident et ses sensations après la chute, elle était souffrante, se plaignant d'un grand malaise dans le ventre et de douleurs dans la tête. La constipation fut opiniâtre, il n’y eut aucune évacuation depuis le jour de l'accident jusqu’au 20 du méme mois, c'est-à-dire pendant une période de sept jours, et lorsque la constipation disparut, elle rendit de la vase et du sable qu'elle avait déglutis. Le 24 elle eut des convulsions (jusqu'alors elle avait joui de toute sa sensibilité) à la suite desquelles elle resta dans un état de complète stupeur pendant près de quatre heures ;quand elle ouvrit les yeux elle ne pouvait plus parler et avait perdu l'usage de l'ouie, du goût et de l’odorat ; ses facultés intellectuelles étaient obnubilées ou paralysées elle ne paraissait pas reconnaître ses amis près d'elle.

La tête fut rasée et recouverte de glace, on lui appliqua un vésicatoire sur la nuque. Je regrette de ne pouvoir donner des renseignements plus nombreux et plus précis au sujet des convulsions et du traitement qui fut appliqué. J'ai écrit deux fois à M. Richards à ce sujet mais n'ai pas eu la faveur d’une réponse.

Trois semaines plus tard, elle put être amenée à Londres, etje la vis pour la première fois à son domicile le 8 août. Elle ne put pas me reconnaître car ses facultés étaient absentes ; elle ne communiquait avec le monde extérieur que par la vue et le toucher, car elle ne pouvant ni parler, ni sentir, ni goûter.

Elle voyait bien à une courte distance et la sensibilité

tee

générale était exaltée à tel point que le plus léger contact sur un point quelconque du corps la faisait tressaillir ; bien plus, si l’on plaçait devant elle une personne ou un objet, de telle manière qu'elle ne put pas ne pas le voir, elle restait indifférente à moins qu'on ne vint à la toucher. Elle ne sentait pas qu'elle était chez elle et ne reconnaissait rien de ce qui était autour d'elle ; elle ne reconnaissait même pas sa mère qui veillait sur elle avec toute sa tendresse et une attention toujours en éveil. La mémoire etle pouvoir d'association des idées étaient tout à fait absents. Elle était très faible mais sa santé corporelle n’était pas autrement altérée ; la langue était propre, la peau moiïte et le pouls lent et régulier, l'intestin paresseux. Au moment de la dernière période menstruelle, elle avait présenté une très grande irritabilité générale accompagnée d’agitation fébrile et d'un redoublement de la congestion à la tête ; L’écoulement catamenial était survenu aussitôt après son accident ; il réapparut au moment où onl’attendait et demeura ainsi régulier et d'abondance normale pendant toute la durée de sa maladie.

L'appétit était bon, mais n'ayant nile goût ni l'odorat, elle absorbaïit de la même manière tout ce qu'on lui présentait et avalait les médicaments d’un goût désagréable aussi volontiers que les mets les plus engageants.

Il fallait la faire manger ; lorsque je la vis la première fois, elle n'avait pas l'idée de prendre la nourriture que l'on plaçait devant elle, mais quelques jours plus tard, on lui mit une cuiller dans les mains, sa mère la remplit et Jui fit porter à ses lèvres un certain nombre de fois ; alors elle se mit à continuer seule ce mouvement jusqu'à terminer son repas -

Ses besoins, on les prévoyait tous avec sollicitude, mais lle ne manifestait jamais aucun désir de nourriture quelque temps qu'elle soit restée sans en avoir ; de même pour

boisson,

Les appels de la nature restaient ainsi sans être entendus;

Ets

l'urine et les matières fécales étaient évacuées sans qu'elle en eut conscience, mais avec cette particularité frappante que l'expulsion des fèces par action réflexe produisait des mouvements spasmodoiques et de la rigidité des extrémités ; la tête se portait en arrière, les muscles du cou étaient raidis, les paupières closes, de telle sorte que sa mère estimait que jamais ses intestins ne fonctionnaient sans qu’elle eut ce qu'elle appelait « un accès convulsif». La même chose se produisait lorsque la vessie vidait son contenu et, ce qui est plus remarquable encore, la même rigidité musculaire survenait toutes les fois qu’elle s’endormait:

Chaque nuit, placée sur le lit, elle restait quelque temps à moitié étendue, après quoi les paupières se fermaient et la

tête retombait sur l’oreiller ; les mains étaient crispées,

les muscles du cou roiïdis, les bras et les jambes contracturés, le membre d’un côté croisant toujours celui du côté opposé. Un moment après les muscles se relâchaient, elle se tournait sur le côté et dormait profondément jusqu'au matin.

Tel était l'état dans lequel je trouvai la jeune femme à son

. arrivée à Londres, un mois après son accident et je peux ici

hâter mon récit en déclarant que depuis le moment où ses facultés sombrèrent, dans sa crise le 24 juillet 1843, jusqu'au mois de juillet de l’année suivante où ces mêmes facultés se rétablirent, sa vie fut pour elle un vide absolu. Elle n'a pas le moindresouvenir, la plus légère connaissance de ce quise passa pendant cette période.Je la soumis immédiatement à une médication tonique, lui donnant du fer trois fois par jour, souvent des pilules d’aloës et de myrrhe, quelquefois

des pilules bleues.

L'un deses premiers actes en s'’améliorant avait été de détériorer les rideaux de son lit, et, dès qu’on put la faire asseoir et l'habiller, elle persévéra dans sa manie d’abiîmer

continuellement une partie de ses vêtements ; elle paraissait

avoir besoin d’une occupation pour ses doigts, et, par con-

séquent, on lui donna un vieux chapeau de paille, dont elle

Page 1