‹ Contribution à l'étude des Amnésies AsphyxiquesChapitre 24 sur 28 · SORTE · texte numérisé non relu

SORTE

réduisit une partie en morceaux extrêmement petits ; on lui donna ensuite une grande quantité de roses : elle enlevait les feuilles et les réduisait en très fines parcelles. Peu de jours plus tard, elle commença à esquisser sur la table avec ces parcelles de grossières représentations de roses ou d’autres fleurs de jardin ; elle n'avait jamais reçu aucune instruction en dessin.

Les roses étant chose relativement rare à Londres, on lui mit dans les mains un grand morceaude papier et une paire de ciseaux, et pour quelques jours elle eut une occupation en coupant le papier en morceaux ; au bout d'un temps ces morceaux constituèrent de grossières figures et modèles; on eut dit des raccommodages. À la longue on lui fournit toutce qu'il fallait pour faire du raccommodage, etaprès quelques indications qui lui furent données elle s’adonna sérieusement à son aiguilleet à ce genre d'occupation. Dès lors elle travailla sans cesse du matin au soir, les dimanches comme les autres jours de la semaine car elle ne faisait point de différence entre les jours. Elle ne conservait aucun souvenir d’un jour à l’autre de ce qu’elle avait fait la veille, et ainsi chaque jour entreprenait une tâche nouvelle.

Ce qu’ellecommençait elle le continuait tout le journ’ayant souci que de manger et boire, ne prêtant aucune attention à ce qui pouvait se passer autour d'elle, attentive seulement à son ouvrage. De temps en temps, et même deux ou trois fois dans le courant de la journée, elle avait ce que sa mère appelait ses crises. Au milieu de son travail, sans excitation venant de l'extérieur, sa tête se renversait en arrière, ses paupières se refermaient, ses bras et ses jambes se raidissaient, ses mains se crispaient, Puis, au bout de quelques minutes, d'une demi-heure ou plus, les muscles se relàchaient, les yeux s’ouvraient, et elle reprenait son travail, paraissant ne pas s'être aperçue de ce qui venait de se passer. Puis elle parut s'intéresser aux représentations de fleurs et de boutons se trouvant sur la soie ainsi qu'aux autres

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choses que l'on voit en tapisserie, La perception des couleurs et l'esprit d'imitation furent les premières preuves qu’elle donna du progrès de ses facultés psychiques. Elle avait reçu une bonne instruction, et avait beaucoup aiméles livres ; pourtant elle ne pouvait ni lire ni écrire et ne reconnaissait même pas les lettres de l'alphabet. Toutes ses anciennes connaissances et son expérience d'autrefois paraissaient détruites, ou du moins oubliées pour uu temps ; mais il y avait une exception : un sentiment de crainte, de frayeur à l'égard de l'eau ; et alors elle commença comme un enfant, à acquérir des idées et à se former une expérience, En admettant que les sens soient les seules voies ouvertes aux connaissances que l’onest capable d'acquérir et que rien n’est en l'intelligence qui n'ait été d'abord dans un sens,onne pouvait pas s'attendre, dans ces conditions anormales, avec seulement la vue et le toucher pour communiquer avec le monde extérieur, à autre chose qu'à des progrès excessivement lents.

Cependant elle montrait de l'intérêt à regarder des peintures ou des gravures surtout de fleurs, d'arbres et d'animaux,mais lorsqu'elle voyait un paysage avec une rivière,ou une vue sur une mer agitée, elle devenait excitée, violemment agitée et était prise immédiatement d'une de ses crises de rigidité spasmodique et d'insensibilité. Si l'on enlevait l'image avant la fin de l'accès, aucun souvenir ne paraissait Jui rester, mais si grand était le sentiment de frayeur à l'égard de l'eau que la vue d’une eau agitée, l'eau cou nt d’un vase dans un autre, la faisait frémir, trembler et que pour se laver les mains elle ne faisait que les plonger sans les remuer. Lorsqu'elle fut chez elle depuis une quinzaine, j'eus le bénéfice de nombreuses consultations avec mon ami le D' Todd, du collège Royal. Elle avait en partie recouvré le goût et refusait désormais de prendre les médicaments à saveur désagréable.

Lé Dr Todd exprima sa conviction qu’elle guérirait parfai-

Maäinteñon.

ad. Re

tement quoique peu à peu et très lentement ; cette opinion se trouva pleinement confirmée.

L'accident arriva en 1843, et il y a seulement quelques semaines qu'elle a complètement recouvré l'usage de l’ouïe et la pleine jouissance de ses facultés mentales et corporelles. Nous fàâmes d'accord pour penser qu'il fallait eontinuer la médication tonique, en associant la quinine et le fer. De plus nous conseillâmes de fréquentes lotions de la tête et des reins avec de l’eau froide, et l'usage des douches dès qu'elles pourraient être supportées. Au premier essai, comme nous nous y attendions, l’eau tombantsur sa tête après avoir traversé une passoire ordinaire produisit une telle excitation et une frayeur si inquiétante suivie d’un accès d'insensibilité d’une durée telle que l'expérience ne fut pas répétée.

A partir de ce moment, son intérêt pour les fleurs grandit de jour en jour, plus particulièrement pour les boutons de roses et les fleurs sauvages. Rien ne lui faisait plus de plai sir qu'un petit bouton de rose bien frais. Elle voulait le regarder tout le temps, le piaçait à côté d'elle avec une satisfaction évidente, tandis qu'un sourire se montrait sur son visage si sa mère ou moi venions à lPadmirer.

Mais elle était encore dépourvue d’odorat et ne rentra en possession de ce sens qu’en janvier de l’année suivante. Son esprit cependant s'était peu à peuréveillé de sa léthargie, ou du moins ses facultés de perception s'étaient développées de nouveau sous l’action stimulante des influences extérieures, car elle prêtait une plus grande attention à ce qui l’entourait, et s'inléressait davantage à ses jeunes frères qui élaient continuellement avec elle, et elle surveillait plus attentivement les mouvements de sa mère. La présence d’étraugers la rendait irritable et inquiète, mais elle ne pouvait pas supporter l'absence de sa mère. Les choses continuèrent ainsi lorsque survint dans la famille en octobre un accident qui éveilla sa sensibilité et tout d'un coup lui rendit l'usage d’une faculté disparue, la parole.

Voyant sa mère agitée et inquiète elle devint exaltée elle même et dans son émotion jeta tout d'uncoup« qu'ya-t-il? ». À partir de ce moment elle commença à articuler quelques mots ; mais elle ne donnait leur nom ni aux personnes ni aux choses. Le pronom « cela » était son mot préféré, et elle l'appliquait indifféremment à toute chose animée ou non. Elle continuait son travail detapisserie et cela avec tant d’ardeur qu'elle eut bientôt épuisé les matériaux qu’on lui avait fournis, et sa mère ne savait comment lui fournir une nouvelle occupation. Dans cet embarras, un ami eut lheureuse idée de proposer des travaux avec de la laine, et bien que nouveau, ce travail absorba bientôt toute son attention et toute son activité. Elle s'amusait beaucoup des couleurs et des fleurs que portaient les modèles qu'on lui fournissait. L'harmonie des couleurs paraissait être pourelle une cause de satisfaction spéciale ; si l'on plaçait devant elle quelque spécimen lui déplaisant parce qu'elle pensaït n'avoir jamais observé pareille chose, elle le jetait immédiatement de côté. Elle s’appliquait étroitement à sa nouvelle occupation et abandonnaïit complètement l’ancienne.

Elle n'avait encore ancun souvenir d’un jourà l’autre pour ce qu’elle faisait et chaque matin entreprenait une tâche nouvelle,à moins qu’on n’ait placé devant elle louvrage qu’elle avait commencé, et après avoir reproduit les modèles des autres elle commença à en imaginer elle-même.

En janvier l'odorat revint et à partir de ce moment elle fit de nouveaux progrès vers le mieux. Sa sensibilité était augmentée et l'émotion chez elle était bien vite produite,

Elle était sujette comme autrefois à ses crises d’insensibilité et de rigidité spasmodique. Elles étaient même devenues plus fréquentes et il était alors bien évidént qu’elles étaient le résultat d'émotions. Une fois, effrayée par un étranger, elle eut une véritable crise hystérique suivie d'insensibilité : etelle perdit pour quelques jours la parole, le goût et l'odorat. La seule vue de la même personne lui fit

une autre fois pousser un cri de frayeur, et la mit en grande agitation. Ses sentiments étaient surtout la crainte et la terreur, et toutes les fois qu'elle était inquiétée elle avait une attaque.

Sur le conseil du D' Todd et de moi-même elle partit pour la campagne en avril. Elle retourna chez son grand père à Shoreham, et habita la maison où elle résidait avant l'accident. Elle était charmée par la nature et l'approche du printemps, mais son esprit n’était pas encore normal.

Elle ne reconnut pas son grand-père et sa grand-mère, la maison de Shoreham comme les amis et les endroits bien connus ne lui dirent rien, elle avait perdu lesouvenir de toute chose ainsi que de tous les événements. Mais la vue de ses vieilles amies, devenues ses jeunes associées, (car semblable à un enfant elle avait de la passion pour elles), les fleurs sauvages, la firent littéralement sauter de joie; elle courut les chercher dans les champs et le plaisir joint à la surprise trouva le terme en langage articulé. Les fleurs sauvages furent la première chose qu'elle appela de son vrai nom.

Un jeune homme pour lequel elle avait de l'attachement avant l'accident, et qui avait été très aimable et très attentionné pendant sa maladie à Londres, l'accompagna à Shoreham ainsi que sa mère. Un ou deux jours après il retourna à la ville avant qu'elle ne fut accoutumée et réconciliée avec les gens et les lieux car encore à ce moment toute chose nouvelle, tout visage inconnu était pour elle une cause de frayeur. Elle remarqua son absence ; il avait été le grand objet de son attention et elle devint malheureuse et chagrine. Je dois dire ici qu'au début de sa maladie il avait été un objet d'intérêt pour elle alors que rien autre chose ne pouvait éveiller son attention. Elle était toujours charmée et rassurée lorsqu'il était à côté d'elle. Rien ne semblait lui procurer plus de plaisir que sa présence. Il venait la voir régulièrement tous les soirs et elle guettait toujours du regard son arrivée. À un moment où elle ne se rappelait pas d’une heure

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à l’autre ce qu'elle avait fait, elle attendait avec anxiété l'ouverture de la porte vers le moment où il avait l'habitude de lui faire visite, ets'ilne venait pas elle était inquiète et de mauvaise humeur tout le soir. Maintenant qu'elle ne le voyait plus elle devenait malheureuse et irritable ; ses crises étaient fortes et plus nombreuses ; elle mangeait peu et n'avait plus de goût à rien ; à la finelle prit le lit etsa mère s'inquiéta. On partit à la recherche du jeune homme, et on finit par décider qu'il resterait quelque temps à Shoreham. Sa présence produisit il'effet qu’on en attendait, il la réconforta et lorsqu'il était à côté d'elle, elle était heureuse. Sa santé corporelle et ses forces se rétablirent et quelque temps après elle reprit son ancien passe-temps, la couture. Son état ne pouvait pas encore être considéré comme normal.Sa mémoire était si faible qu'elle ne. se rappelait pas d'un jour à l’autre ce qu’elle avait fait. Elle était très irritable & facilement excitée ; la plus petite crainte provoquait une érise d'insensibilité et de contracture.

Elle aimait mieux courir dans les champs et les bois eueillir des fleurs sauvages que de coudre dans la maison.

Tel était l’état des choses au commencement de juillet. Beaucoup de mots étaient venus enrichir son pauvre vocabulaire, elle avait fait quelques progrès au point de vue mental. sa santé et ses forces étaient rétablies, quand la scène fut troublée et de nouveaux sentiments furent remués par la jalousie.

Elle était suffisamment sensible à ce qui se passait autour d'elle pour remarquer. et cela avec peine, que le jeune homme était attentionné pour une autre et la négligeait, qu'on acceptait ses amabilités et qu'on le payait de retour ; en un mot elle devint jalouse, et nou sans raison. Un jour, elle fut témoin d'une scène qui lui donna un coup si violent et si inattendu qu’elle tomba en proie à une attaque et resta de longues heures insensible, à la grande frayeur des siens. Get accès ressembla dit-on au premier qui lui avait enlevé

l'usage de ses sens. Il se montra critique et salutaire, Lorsque la sensibilité revint, elle n'était plus sous l'influence du charme, Le voile de l'oubli était déchiré et, comme s'’éveillant d’un sommeil de douze mois, elle se vit entourée de son grand-père, de sa grand-mère, et des amis des alliés de sa famille, dans la vieille maison de Shoreham,

Elle s'éveilla en possession de ses facultés naturelles et de son ancienne expérience, mais sans le plus léger souvenir de ce qui s'était passé depuis sa première crise. Elle parlait mais n’entendait pas ; elle était encore sourde mais comme elle pouvaitlire et écrire comme par le passé elle ne fut plus sans communiquer avec autrui,

Pourtant elle n’avait pas souvenir dela scène à laqueile elle avait assisté et de l'effet brutal qui s’en était suivi; elle ne savait pas que son amoureux avait de l’affection pour une autre,sa mère jugea bon de l’éloigner de la maison le plus tôt possible et d'éviter ainsi de l'exposer au danger d'avoir ses sentiments froissés et l'esprit bouleversé.

Je la vis le jour de son rétablissement, Elle était faible mais avait toute sa sensibilité, et étaittrès heureuse de me voir ; sachant bien qu'elle était chez elle, avec sa mère et sa famille elle présentait un contraste frappant mais aussi charmant avec l’état dans lequel elle était lorsqu'on l’amena la première fois.

A partir de ce moment elle améliora sa santé, mais ce n’est que le mois dernier qu'elle recouvra l’ouie. Elle comprit bientôt parfaitement par le mouvement des lèvres ce que disait sa mère, elles conversaient toutes deux avec aisance et rapidité, mais elle ne comprenait pas le langage de lèvres chez un étranger, Une fois, que les canons de la Tour tiraient, elle entendit le bruit, ou plutôt, pour employer son expression, «elle le sentit par tout son corps », Mais un garçon sifilant dans la rue fut le premier son qu’elle perçut distinctement. Il sifflait un air populaire bien connu dans une clef qui rendait un son élevé et perçant, et elle eut

ce bruit dans les oreilles les jours suivants. Cinq ou six semaines plus tard elle vint à Brighton ; après quelques jours elle entendit le murmure de la mer et maintenant elle entend mieux que jamais. Elle est revenue chez elle en parfaite santé possédant toutes ses facultés intellectuelles et corporelles,

OBS. I. — GriksiNcerR. — Ætat de démence persistant plusieurs semaines, à la suite d'une tentative de strangulation. Traité des maladies mentales. 1865, p. 380. .

Tentative de suicide par pendaison chez un détenu de vingt-cinq ans. -- Ampnésie à début retardé ; période de seconde conscience avec amnésie antérograde de conservation pendant un mois et démi environ. Retour à l’état normal avec amnésie antérograde de reproduction portant sur la première période et la journée qui suivit la tentative (journée durant laquelle le sujet renseigna sur son acte).

Un prisonnier âgé de vingt-cinq ans, fort et robuste, se pend ; on le dépend, et presque immédiatement il donne des signes de vie : bientôt il reprend connaissance. Le récit qu'il fait de l’histoire de sa vie et des motifs qui l’ont poussé au suicide (le dégoût de la vie), est empreint d’un grand calme et paraît très raisonnahle, Le jour suivant, le malade se tient tranquille et parle peu ; le troisième jour, il ne dit plus rien. Le regard est fixe, les yeux injectés, les muscles temporaux, masséters, et ceux des yeux sont le siège de contractions convulsives, la face est immobile comme celle d'une statue.

Le malade semble ne percevoir aucune impression des sens, il n'y a qu'un bruit très fort qui amène de légères contractions des muscles du visage ; il va et vient, il mange, mais sa physionomie n'exprime rien, ni désir, ni sensation, Trois semaines après, on placele malade dans une maison de santé où, au bout de quelques autres semaines, il sort de cet état d’engourdissement. Il se rappelle très bien les cir

constances qui l'ont amené au suicide et qui ont précédé l'acte, jusqu'au moment où il a perdu connaissance, ct il décrit le combat très vif qui a eu lieu dans son esprit entre la résolution et l’accomplissement du suicide, ainsi que les sensations qu'il a éprouvées dans les yeux et dans les oreilles, au moment où ils’est pendu. A partir de cet instant jusqu'à celui où il a repris connaissance, il ignore complètement ce qui s’est passé ; il n'avait pas non plus conscience de la manière dont il revint à la vie et de l'intervalle de plusieurs heures pendant lequel il a eu la jouissance de ses facultés. La seconde fois qu'il est revenu à lui-même et qu’il a recouvré sa connaissance, cela s’est fait brusquement ; un jour qu'il se promenait dans la cour, l'idée des bâtiments qui l’entouraient se réveilla en lui et aussitôt le souvenir d'une foule d'autres objets analogues lui revint à l’esprit. La santé générale et les facultés intellectuelles se rétablirent promptement.

OBS. III. —Scnue.— Traité clinique des maladies méntales. (Troisième édition, (1886), traduite par les docteurs J. DAGoner et G. Dunamez), page 216.

Un homme de quarante-six ans, sans tare héréditaire, tomba, à la suite de chagrins, dans un état de mélancolie commençante et se pendit ; mais il fut secouru à temps : il présenta alors des mouvements convulsifs intenses et une agitation maniaque stupide qui dura plusieurs heures ; à partir de ce moment, il fut dans un état de démence, et ressemblait à un paralytique (inégalité pupillaire, contraction inégale des muscles du visage, démarche embarrassée, ralentissement de la parole). Lui-même attribuait cet état aux convulsions qui avaient suivi sa tentative de pendaison.…Il montrait une apathie complète et une certaine sensiblerie ; la mémoire et le jugement étaient affaiblis ; il passait brusquement de l'euphorie à un larmoiement puéril, Il ne se

souvenait pas des faits les plus récents. et il répétait souvent qu'il était frappé de démence, Au bont de huit mois survint une amélioration lente, et enfin la guérison ; mais quelques lacunes psychiques subsistèrent.

Plusieurs années plus tard, une récidive détermina un état d'incurabilité,

OBS. IV.— Féré et Brépa.— Tentative de suicide par pendaison. Amnésie rétroactire. Modification du délire. (Archives de neurologie, 1886,t, XIE, p. 377).

Tentative de suicide par pendaison chez une perséculée mélancolique. Coma. Accidents d'ædème de la glotte et de distension du plexus brachial. Amnésie simple. Allénuation momentanée du délire. |

Antécédents héréditaires.— Père, Bien portant ; buveur, de temps en temps a des névralgies quelquefois très tenaces.

Mère. Très nerveuse, a eu de nombreuses attaques qui persistent encore à l’heure actuelle, mais en moins grande quantité depuis la ménopause,

Antécédents personnels.— On ne relève chez M...aucune trace d'affection nerveuse dans l'enfance ; mais ses souvenirs ne paraissent pas très précis. Elle a été réglée de bonne heure (?) et présentait, paraît-il, une légère excitation au moment des époques.

Premier accès. — Il y a dix-huit ans, elle entre dans Île service de M. Trélat, qui porte comme diagnostic ; manie hystérique.

On avait voulu la faire marier de force. Tentative de suicide. Séjour de seize mois. Depuis,bonne santé, sauf un peu d’excitation aux époques. Actuellement, on netrouve plus

de stigmates hystériques, sauf peut-être un point ovarien du côté droit. à

Deuxième accès. —(18 septembre 1885). Travaillait au Bon Marché ; le prix de son travail est diminué ; une personne quiavait promis de s’interposer, en profite pour se substituer à elle et tenir sur elle et son mari des propos désagréables, dit qu'elle se vengera, tient des propos incohérents et est

agitée,

Toutefois elle n'aurait point eu à ce moment d'idée de suicide.

Troisième accès. — Sortie le 9 octobre 1885, elle rentre à

la Salpétrière quelques jours après et, si l’on en croit la famille, l'amélioration qui avait autorisé sa sortie n'avait point duré plus de vingt-quatre heures après ; le 20 octobre, jour de sa rentrée, même aspect, même physionomie, mêmes propos.

A ce moment, apparaissent des idées de suicide, qu'elle essaie de motiver en disant qu'elle est certaine de ne point guérir de sa maladie et qu’elle est désespérée de ne pouvoir rester chez elle pour soigner son enfant.

1* mars 1886.— B... essaie de se suicider en avalant des épingles : elle prétend en avoir avalé plus de 100; la malade devient de plus en plus sombre ; elle porte aussi au bras droit une petite plaie qu’elle s’est faite avec des éclats de verre.

B... prétend qu'elle veut débarrasser son mariet la société d'un membre inutile puisqu'elle est assez dénaturée pour ne point soigner son enfant et abandonner son ménage ; elle annonce qu'elle s'étranglera. Pas d'hallucinations.

11 mars.— B... essaie de se suicider en avalant du verre pilé, qu'elle vomit presque immédiatement, Pas d'accidents.

16 mars. — B... avale dans les cabinets du chlore qui y avait été déposé quelques instants auparavant.

Vomissements. — Pas d'autres accidents.

Depuis lors, la malade devient de plus en plus sombre,

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disant qu'elle est une coquine, une misérable, que bien des gens qui ont passé par la guillotine sont moins coupables qu’elle. — Insomnie constante.

Mélancolie s’accentuant chaque jour ; de temps à autre diverses petites tentatives de suicide qui toutes avortent successivement. — Pas d'hallucinations, — B... se trouvait le plus souvent dans le service avec une autre malade K..., hantée, elle aussi par des idées de suicide ; cette dernière était pour ce fait la plupart du temps camisolée ; leur entretien roulait presque constamment sur le suicide et les moyens de le mener à bonne fin,

Le jeudi 26 août 1886, à une heure de l'après-midi, K.: vient trouver la surveillante de service, et lui dit que B.. est montée dans le dortoir des filles de service. et que très probablement elle n’y était que pour se faire du mal ; la surveillante se hâte de se rendre à l'endroit désigné et y trouve B... pendue à une barre de fer de la fenêtre. Cette fenêtre vitrée était ouverte, mais l'ouverture était fermée par un grillage qui laisse libre en dedans l'encadrement de la fenêtre. B... après avoir attaché la corde au barreau supérieur du grillage s’était assise sur l'encadrement de la fenêtre, le dos tourné en dehors, puis s'était laissé glisser. Dans ce glissement, elle s'était portée du côté gauche, de sorte que le bras gauche s'était tourné en arrière et en bas, et était pris entre le corps et le mur. La tête s'était aussi portée du même côté. Aussi le sillon que la corde forme sur le cou arrive-t-il en arrière jusqu'à la ligne médiane à gauche tandis qu’à droite il s'avance beaucoup moins loin. La constriction a surtout porté du côté gauche, vers lequel la tête était fortement fléchie : c’est ce qui peut expliquer le tiraillement du plexus cervical du côté droit, dont nous retrouverons plus loin les conséquences.

La corde immédiatement coupée, B..., est étendue par terre, elle ne donne plus signe de vie ; on la flagelle avecdes linges trempés dans du vinaigre ; on lui promène de nom-

breux sinapismes sur tout le corps et on finit par la ramener à la vie. -

La voix est perdue ; le cou est extrêmement gonflé et porte ane raie ecchymotique, beaucoup plus marquée à gauche, qu'à droite. A gauche, cette trace de la corde arrivée dans la région de la nuque, se prolonge jusqu’à la ligne médiane,

qu'elle dépasse même un peu. A droite, la trace est beau-

coup moins profonde, ce qui est expliqué par la position dans laquelle B... a été trouvée.

A l’examen de la gorge, on constate que la luette est gonflée ainsi que les piliers du voile du palais ; deux incisives et une canine inférieures sont très ébranlées. Il est impossible de porter les recherches plus loin de ce côté à cause de la difficulté considérable de la respiration.

B... est placée dans un fauteuil ; la respiration est sifflante, rauque, on entend un bruit de drapeau dans le larynx ; lasuffocation est telleà de certains moments qu'onse tient prêt à pratiquer la trachéotomie. La malade est absolument inconsciente ; elle ne s'occupe en aucune façon de ce qui se passe autour d'elle, ne répondant pas aux questions qui lui sont faites ; la sensibilité paraît très diminuée, au point que la malade ne retire point le bras quand onmla pince très fortement.

Vendredi matin 27 août. — Le cou est toujours gonflé, les lèvres sont violacées, les yeux saillants, le tirage n'est point diminué et il y a toujours lieu de craindre la nécessité de la trachéotomie. Injection de morphine.

Vendredi midi. — A la suite des injections de morphine, les accès de suffocation ont diminué ; la voix est légèrement revenue, mais rauque, très voilée, éraillée et diflicilement compréhensible, la malade respire toujours avec peine, mais le tirage est moindre,

Vendredi soir. — B.., va beaucoup mieux ; le cou est dégonflé, le tirage a presque complètement disparu ; la malade parle, mais la voix est toujours très voilée. — Boissons

tièdes, ingérées assez facilement.

Samedi 28.— Le gonflement est à peu près complètement disparu ; la respiration est devenue normale, la voix reste toujours un peu enrouée ; la'malade toussote de temps à autre. Pas de crachats.

B...se plaint de douleurs dans l'épaule droite. L’amélioration que l'on constate au point de vue des accidents qui ont suivi le suicide n'est point la seule ; l'état mental lui-même est amélioré ; B..., qui antérieurement était sombre, anxieuse, a maintenant une physionomie ouverte ; elle s étonne de se voir camisolée et dit qu’elle serait bien mieux à aider les filles du service à mettre en ordre le dortoir. B... n’a repris vraiment conscience d'elle-même qu'hier soir vendredi, c'est-à-dire trente et une heures après l'accident ; elle se rappelle avoir été oppressée à ce moment, mais elle a perdu le souvenir de sa tentative de suicide.

Elle explique son enrouement par le froid qu'elle aurait pris la veille en marchant les pieds nus dans l'eau.

Dimanche 29. — L'amélioration continue.

Lundi 30. — La malade est interrogée de nouveau, et l’on essaie de lui faire rappeler son suicide et les circonstantances qui l'ont précédé. « Nous sommes montées, nous dit-elle, dans le dortoir, K... et moi, pour reporter du linge, et là, nous avons fait la remarque qu'il serait bien aisé de se servir de la barre des fenêtres pour se pendre et débarrasser ainsi le monde de nous. » Nous poussons un peu la malade et nous lui demandons si elle n'a pas essayé de mettre son projet à exécution. € Oh ! non,nous réponditéllé, j'ai bien trop peur de me faire du mal ; j'avais bien une corde, mais je ne m'en suis pas servie. »

Sur de nouvelles instances auprès d'elle, B... se révolte, se plaignant que la fille nous a fait sur elle de mauvais rapports ; elle s’en prend à la surveillante, et lui reproche de la mal servir auprès de nous. A plusieurs reprises, le même sujet est abordé, mais il est impossible de la faire se souvenir de son suicide ; sa mémoire se perd au moment où, de

pe

concert avec K..., elles examinaient le moyen de mener à bien leur suicide. Ce qui pourrait prouver la sincérité de B..., c'est qu’elle a recherché plusieurs fois la corde dont elle s’est servie, et quiétait placée dans un sac à elle appartenant.

Si l’on demande à B... l'explication de la raie noire que l'on voit sur son cou et qu’on lui montre dans une glace : « Ceci, dit-elle, c’est la camisolequ'on m'avait mise depuis deux jours, et qui doit avoir été trop serrée. » L'état mental est changé ; B... suppliait autrefois qu'on ne la renvoyât pas dans sa famille, parce qu’elle en était indigne ; aujourd’hui.au contraire, elle demande sa sortie. «J'étais venue ici, nous dit-elle, avec l’idée de ne plus en sortir et de ne plus rien faire ; j'étais, en faisant cela, bien criminelle ; mais maintenant, mon mari me pardonne tout, et j'espère bien que vous allez me signer ma sortie pour me permettre d'aller vivre au milieu des miens et de soigner mon enfant.» D'ailleurs, depuis sa tentative de suicide, elle a retrouvé le sommeil qu'elle avait perdu depuis longtemps.

OBS. V. — TeRRIEN. — Observation recueillie par M. le D' Biaute. Le Progrès Médical, du 17 septembre 1887.

Tentative de suicide par pendaison chez un homme de vingt-neuf ans atteint de mégalomanie, pas d'interruption de la respiration, convulsions épileptiformes. Amnésie simple.

C..., âgé de 29 ans, étant entré à l'asile de A..., le 29 novembre 1863, atteint de mégalomanie, sans aucun signe de paralysie générale. Dix-sept ans après l'admission, le 3 août 1880,sans que le mobile ait jamais puêtre bien saisi, CG... fit une tentative de suicide. Il s’attacha une corde au-

tour du cou, et la fixa au bouton d’une porte séparant le

vestibule dela section de l'escalier qui conduit au sous-sol,

On ne sait comment il ouvrit cette porte, il l’attira sur lui etse laissa ensuite glisser dans l'escalier.

Sa disparition fut vite remarquée et la corde fut coupée par un infirmier, avant que la respiration ait cessé, mais elle était difficile, irrégulière. C... faisait de grandes inspirations,séparées par un intervalle prolongé, les lèvres étaient froides, il y avait perte absolue de connaissance et résolution musculaire complète. On fit des frictions avec la laine et des mouvements respiratoires artificiels par élévation et abaissement des bras, et par compression et dilatation simultanées du thorax.

Etant encore sans connaïssance, C.. a été transporté vers huit heures, à l’infirmerie. On a pratiqué la flagellation avec des compresses trempées dans de l’eau froide et on a continué les mouvements artificiels. La respiration pendant quelques instants, est revenue régulière, maïs faible. Les pupilles étaient très dilatées. Tout à coup ont apparu des convulsions épileptiformes, avec déviation de la face ; par moment elles étaient tétaniques ; d'autres fois il y avait projection du tronc et des membres en différents sens ; une sueur profuse est survenue, la respiration a de nouveau été régulière et le pouls s'est présenté petit, filiforme. Des sinapismes avaient été appliqués sur tous les membres.

Vers onze heures, on met un vésicaloire à la nuque, et, comme C... peut déglutir, il est possible de lui faire absorber une potion avec 12 grammes de bromure de potassium. Le sillon est très marqué sur tout le pourtour du cou, avec excoriations sanglantes. Le même état a persisté toute la nuit, avec les mêmes convulsions ; mais la respiration est plus ample et tout danger imminent paraît avoir disparu vers minuit ; le pouls redevient meilleur. Rien n'a démontré qu’il y ait eu éjaculation spermatique.

: À la visite du matin, il est encore dans le coma ; on lui fait prendre toutefois du liquide qu'il déglutit et qu’il avale parfaitement, les pupilles sont dilatées, mais sensibles, le

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