OBSERVATION II
(Due à l’obligeance de M. le docteur Ch. GaRNIER, sousdirecteur de l’Institut sérothérapique de l’Est.)
M. L..., 18 ans, employé de commerce, vient nous consulter dans le courant du mois de mars pour un mal de gorge
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qui, dit-il, le génait depuis une quinzaine de jours, occasionnant une légère gêne de la déglutition. Cette gêne s'était installée progressivement sans jamais donner lieu à aucun phénomène général.
Le malade ayant déjà eu plusieurs angines à points blancs s'étant toutes terminées après quelques jours de traitement par des gargarismes au phénosalyl, n’avait attaché aucune importance à cette nouvelle atteinte, d'autant qu’elle semblait moins douloureuses que les précédentes.
Cependant, surpris de ne pas voir « les petites peaux blanches » disparaître sous l’influence des gargarismes, et ayant entendu, dans son entourage, prononcer le mot de diphtérie, ce jeune homme se décide à venir se faire examiner.
L'état général est excellent. Il n'y a pas de fièvre et le malade déclare n’en avoir pas ressenti non plus, même au début de son angine. L’appétit s’est bien maintenu et, seule, la gène locale diminue la quantité d'aliments absorbés.
On perçoit à la palpation des régions cervicales latérales quelques petits ganglions de la grosseur d’un gros pois, plus marqués du côté droit. Le malade nous fait observer qu’il les a toujours sentis en cet état et qu’au surplus ses angines antérieures débutaient toujours du côté droit, parce qu'il avait l’amygdale de ce côté beaucoup plus grosse que la gauche: à l’état habituel.
En procédant à l'examen local, on constate, en effet, que l’'amygdale droite est plus augmentée de volume que la gauche. Toutes deux sont peu tuméfiées, laissant voir les cryptes recouvertes en partie par les lobes hypertrophiés.
Par places existent de petits dépôts pultacés très limités, de configuration arrondie, à teinte d’un blanc brillant un peu laiteux. Dans les espaces non recouverts, la muqueuse est rouge et luisante.
Le voile du palais et les piliers sont de teinte érythémateuse, mais sont dépourvus d’exsudat, sauf la partie supérieure du pilier postérieur droit, sur lequel empiète un peu une petite plaque membraneuse de l’amygdale,
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. Il paraît exister trois à quatre pellicules pseudo-membraneuses à droite et deux seulement à gauche. Leur diamètre ne dépasse pas deux ou trois millimètres.
La langue est rosée, à peine recouverte d’un enduit saburral léger.
Les caractères de l’enduit amygdalien sont ceux de la fausse membrane vraie. La pellicule ne se désagrège pas lorsqu'elle est délayée dans l’eau. De plus, elle est fortement fixée sur la muqueuse et pour en obtenir des parcelles on fait saigner l’amygdale.
La pellicule fibrineuse est très mince et très cohérente.
Ensemencée sur sérum coagulé et mise à l’étuve, elle donne naissance à des colonies de Friedlaender à peu près pur. À peine remarque-t-on une ou deux colonies différentes et plus petites appartenant à un coccus gardant le Gram.
Avant d’avoir le résultat de l’analyse bactériologique, nous avions pu songer à la possibilité d'une angine pneumobacillaire, puisque, peu de temps auparavant, nous avions eu l’occasion d’en observer un cas tout à fait typique.
Cette angine évolua en l’espace de quatre à cinq semaines, malgré trois séances de cautérisations ponctuées sur les amygdales au niveau des pseudo-membranes.
Jamais, il n'y eut la moindre gêne, sauf celle causée par l'augmentation de volume des masses amygdaliennes.
Après disparition complète de l’exsudat, l’ensemencement sur sérum coagulé de parcelles de mucus prises sur les amygdales et en arrière des piliers, resta négatif au point de vue de la présence du pneumobacille.
EXAMEN BACTÉRIOLOGIQUE. — La fausse membrane examinée sur lame, après coloration au violet de gentiane phéniqué, montre au milieu de strates fibrineuses teintées en pâle des cellules variées : celluies de l'épithélium pavimenteux desquamées, leucocytes polynucléaires et des éléments microbiens nombreux, dont une espèce surtout, un bacille assez épais paraît prédominer.
Quelques cocci et un ou deux filaments de Leptothrix.
Les cultures en divers milieux permettent d'identifier le bacille de Friediaender : colonies blanc grisätre sur sérum et sur gélose; sur gélatine, pas de liquéfaction, colonies d’un blanc brillant, bleuté, avec aspect typique en clou par piqûre. Trouble du bouillon peptonisé et consistance visqueuse du milieu au bout €’un certain temps. Virage au rouge du bouillon peptonisé lactosé. Fermentation de la gélose glycérinée et de la pomme de terre. Coagulation très lente du lait.
Immobilité complète de la bactérie qui ne garde pas le Gram et qui, sur sérum dans les premières cultures, paraît auréolée d’une mince capsule, englobant un ou deux éléments bactériens.
Enfin, l’inoculation d'un demi-centimètre cube de culture pure en bouillon dans la cavité péritonéale du cobaye amène la mort de l'animal en trente heures environ avec formation de fausses membranes péritonéales et signes de péritonite aiguë. Le bacille se retrouvait, auréolé de sa capsule dans le sang du cœur et dans les fausses membranes péritonéales,
Il s'agissait donc bien du pneumobacille de Friedlaender.