‹ Contribution à l'étude des angines à bacille de FriedlaenderChapitre 7 sur 42 · NS · texte numérisé non relu

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que de l'acide lactique gauche ; la dulcite, la dextrine et les pommes de terre ne produisent que de l'acide succinique, sans trace d'acide lactique (Macé) (1). La molécule du glycogène reste inattaquée (Etienne) (2). Les gaz qui se dégagent sont de l'acide carbonique et de l'hydrogène.

L'action sur les albuminoïdes est peu importante. Il n’y a jamais production d'indol.

Le développement du bacille peut se faire entre 15° et 38°. A 4o0 il cesse de se multiplier. D'après Sternberg, une température humide de 56° prolongée pendant dix minutes, lui serait fatale.

Le pneumobacille a une très grande vitalité dans Îcs cultures et peut être conservé vivant pendant plusieurs semaines sans être repiqué.

VIRULENCE ET POUVOIR PATHOGÈNE EXPÉRIMENTAL. — Le bacille de Friedlaender, de même que le pneumocoque, est très virulent pour la souris blanche. Il la tue en quinze à quarante-huit heures, généralement à la suite d’inoculation intrapulmonaire (Friedlaender) (3; ou souscutanée, d’exsudats pathologiques ou de culture pure. Il se forme un œdème visqueux au point d’inoculation et l'animal meurt de septicémie. L'inoculation directe dans le parenchyme du poumon en provoque l'hépatisation avec exsudat de liquide louche dans la cavité pleurale.

Le cobaye est plus résistant, mais présente des lésions à peu près identiques.

Le lapin n'est pas réfractaire, comme le pensait

(x) Loc. cit.

(2) Loc. cit.

(3) Loc. cit.

TT

Friedlaender, Denys et Martin (1), Roger (2), ont montré que cetanimal pouvait succomber au pneumobacille. Roger est arrivé aux résultats suivants, qui concernent des affections aiguës ou chroniques avec des lésions très variables. Il observa les trois types ci-dessous :

« a) Septicémie hémorragique, avec gonflement et infarctus des plaques de Peyer, hémorragies intestinales ;

« b) Septicémie sans lésions apparentes, avec microbes dans les organes et dans le sang;

« c) Maladie chronique, caractérisée par une albuminurie liée à des altérations rénales; parfois par des dilatations cardiaques et des paralysies. »

Rappelons, à ce sujet, que Denys et Martin (3) ont trouvé dans les cultures de pneumobacille une toxine pouvant provoquer chez le chien et le lapin des paralysies et des congestions viscérales se manifestant quand on injecte ces cultures stérilisées dans le péritoine de ces animaux. Les cultures non stérilisées provoquaient, en outre, l'apparition d’un exsudat séro-fibrineux agglutinant entre elles les anses intestinales ainsi que le foie.

Hébert et Nicolas (4), avec leurs divers pneumobacilles, isolés d’angines. ont confirmé sur le lapin, les résultats obtenus par Roger.

Ils y ont ajouté des expériences intéressantes, concernant le rôle joué par le pneumobacille dans la production de fausses membranes fibrineuses sur les diverses muqueuses.

Magniaux (5), déjà, en 1895, avait déterminé une

(HÉPocirerr.

(2) Soc. de Biologie, 1874.

(ISIÉLOC Her

(4) Annales de l’Institut Pasteur, 1807.

(5) Thèse de Paris, 1805.

petite fausse membrane sur la trachée d'un lapin en lui inoculant, après excoriation de la muqueuse, une culture pure de bacille de Friedlaender. Il retrouva cette bactérie dans l’examen microscopique et les cultures de l'exsudat.

Hébert {1), en 1806, obtint, avec le pneumobacille inoculé localement, des fausses membranes sur la vulve d’une lapine et sur le pharynx d’un pigeon.

Nicolas (2), avec le bacille encapsulé isolé de l’angine dont il rapporte l'observation, ne put faire apparaître d’exsudat pseudo-membraneux sur les muqueuses du lapin et du chien, bien qu'il eût vu des fausses membranes très nettes, farcies de bacilles, par l’inoculation intrapéritonéale.

On voit donc, en résumé, que le pneumobacille est susceptible, lorsqu'il est inoculé aux animaux, soit localement, soit dans la circulation générale, de produire des lésions localisées, inflammation avec productions fibrineuses, hépatisation, suppuration locale, ou des troubles généralisés sous forme d’une véritable septicémie.

Nous retrouverons tout à l'heure, en pathologie humaine, cette même diversité d'action. Elle doit reconnaître pour cause, étant donné ce que nous connaissons de la biologie des microbes pathogènes, soit des difiérences dans la virulence du germe, soit une réceptivité plus ou moins atténuée de l'organisme infecté.

Il y a là encore un champ de recherches fructueux, qui n’a pas été trop rebattu, en raison, d’une part, du peu de fréquence relative des infections pneumobacil-

(1) Thèse de Paris, 1896.

(2) Archives de médecine expérimentale, 1898.

M ra

laires, et en raison, d'autre part, des limites peu précises qui encadraient jusqu'alors le groupe du pneumobacilie en bactériologie.

DIAGNOSTIC DU PNEUMOBACILLE. — Actuellement, le diagnostic du pneumobacille est basé sur la morphologie (diplococcobacille encapsulé, ne prenant pas le Gram, immobilité du microbe), la culture en sérum de lapin, dans laquelle il se présente sous son aspect typique encapsulé ; la culture en gélatine, aspect en clou, l’inoculation à la souris (septicémie à diplococcobaailles encapsulés) (Bezançon) (1).

I! n’a que la capsule de commun avec le pneumocoque de Talamon-Frænkel, dont il se distingue par tous les autres caractères de culture et de coloration.

Par contre, il y a plus de points de ressemblance avec le groupe du coli, auquel il peut se rattacher, ainsi que nous l'avons vu, par le type dénommé Bacillus coli immobile. |

Schazarain-Wetzel considère même que le pneumobacille et le coli sont deux races d’une même espèce, entre lesquelles le bacillus lactis aerogenes représenterait une forme de transition.

L'absence de réaction de l'indol, l’étude des caractères des fermentations et, notamment, la fermentation de la glycérine, les caractères de la septicémie expérimentale permettent le diagnostic,

Enfin, doivent être distingués du bacille de Friedlaender, le coccobacille trouvé dans l'ozène par Lœywenberg (2), ainsi que le bacille du rhinosclérome.

(r) Précis de microbiologie clinique, Paris, 1906. (2) Deutsche méd. Wochenschrift, 1885, 1886; Annales de l’Institut Pasteur, 1894.

On a voulu faire de ces derniers des variétés de races du pneumobacille, surtout en ce qui concerne le bacille de l’ozène. Mais, jusqu’à plus ample informé, l'absence de coagulation du lait doit les faire distinguer du pneumobacille.

Il y a là encore tout un chapitre intéressant de bactériologie à élucider, qui apparaîtra encore plus frappant lorsque nous verrons, tout à l'heure, le rôle important -que l’on fait jouer au pneumobacille dans la genèse d’affections inflammatoires variées des cavités nasales et des membranes externes de l'œil, avec leurs annexes.

HagiraAT. — De même que la plupart des bactéries pathogènes, le pneumobacille se rencontre disséminé dans le milieu extérieur. [l passe, de là, dans les organismes vivants, notamment chez l’homme, par l'intermédiaire des solides et des liquides ingérés et des poussières inhalées pendant l’acte respiratoire.

Il a été signalé dans l'air, par Pawlowsky (1), par Uffelmann (2), par Wilde (3); dans les poussières des habitations, par Solowjew et Zieleniew, ainsi que par Emmerich (4). Chrostowski et Jakowskt déclarent l'avoir observé dans le sol.

Il est assez répandu dans l'eau, où il se trouve fréquemment associé au colibacille. Mori (5) l'a décelé, sous le nom de bacillus capsulatus, dans l’eau d’un canal où se déversait un égout. Vicolle et Hébert (6\ ont isolé des vases de la Seine, un type très voisin de celui ren-

(1) Berliner Klin. Wochenschrift, 1885.

(2) Berliner Klin. Wochenschrift, 1887.

(3) Inaugural Dissertation, Bonn, 1890.

(4) Archiv. für Hygiene, Bd. II.

(5) Zeitschrift für Hygiène, Bd. IV.

(6) Annales de l’Institut Pasteur, 1897.

PU

contré dans les cas d’angineà Friedlaender. Grimbert (1) en a étudié plusieurs échantillons tirés soit du fond vaseux des rivières, soit de l’eau d’un village de Bretagne, soit même d'eaux minérales diverses.

Cet auteur fait remarquer que le pneumobacille, au cours des analyses d'eaux, a dû être bien des fois confondu avec le colibacille. Comme lui, il pousse en milieux phéniqués, et il a, en outre, une certaine ressemblance de formes et de cultures avec le bacillus coli COMMUNS.

Etant donné ces conditions d'habitat, il est tout naturel de constater la présence du bacille de Friedlaender dans les premières voies respiratoires et leurs dépendances, cavités nasales et auriculaires, de même que dans le tractus digestif, chez l’homme en état de bonne santé.

Von Besser, INetler (2), ont montré que c'était un commensal fréquent de la cavité bucco-pharvngée. Neiter l’a trouvé dans la proportion de 4,5 °/, dans la bouche d'individus sains. Bezançon et Griffon {3) l'y ont rencontré normalement, associé au pneumocoque, dans plus de la moitié des cas.

Dans le nez, von Besser l’a décelé deux fois sur quatre-vingt-un examens. Thost l’a isolé du mucus nasal d’un homme sain. Dans le mucus bronchique normal, il existait une fois sur dix (». Besser). Paulsen (4) l'a trouvé trois fois sur quarante-cinq cas dans les crachats de phtisiques et Hébert (5), une fois. Lesage (6) l’a

)Loc.rete,

} Soc. de biol., 1897.

3) Soc. de biol., 1898.

4) Mittheïlungen f. d. Vercin Schleswig-Holst., Aerzte, N. F, Iahrg.

(5) Loc rert.

(6) Soc. biologie, 1898.

également isolé des crachats et a montré que le bacille pouvait, alors, être sans action sur la souris.

En 1806, Macaigne et Vanverts ont trouvé le bacille de Friedlaender à l'état saprophyte dans la sérosité de la fosse naviculaire.

ROLE PATHOGÈNE CHEZ L'HOMME. — S'il est de notion classique que le pneumobacille est très virulent pour la souris, lorsqu'il est isolé des humeurs de l'organisme, nous avons vu, cependant, que cette règle n’était pas générale.

Pour le pneumobacille, comme pour beaucoup d’autres pathogènes, 1l doit exister deux états différents, l’un de saprophytisme inoffensif, l’autre de virulence accentuée, entre lesquels on doit trouver tous les degrés d’atténuation de virulence.

Ce facteur essentiel de qualité du germe intervient, concurremment avec d’autres, tels que quantité des germes offensifs, et réceptivité du support, pour, sous l'influence de causes occasionnelles ou prédisposantes, venir créer, dans l'organisme humain, les innombrables variétés de processus morbides que nous allons rapidement passer en revue et qui sont, à proprement parler, des pneumobacilloses.

Déjà, en 1895, M. le professeur agrégé Etienne (1), qui avait essayé de définir le rôle du pneumobacille de Friedlaender en pathologie, classait les manifestations pathogènes de cet agent bactérien chez l’homme, en manifestations locales, manifestations par extension et manifestations par généralisation, ces dernières constituant, parfois, de véritables pyo-septicémies médicales.

(LEO et:

Les travaux parus depuis sur la question, n’ont fait que remplir ce cadre tracé par notre maitre.

Etant donné leurs rapports immédiats avec le milieu extérieur, ce sont surtout les premières voies respiratoires et digestives avec leurs annexes, qui deviennent le champ primitif d'infection livré au }riedlaender, hôte saprophyte fréquent de ces régions, ainsi que nous l'avons vu précédemment.

La cavité buccale, le rhino-pharynx, les cavités nasales avec les sinus peuvent être touchés par le processus infectieux pneumobacillaire. En s'étendant vers l’appareil oculaire, le système lacrymal et la conjonctive sont quelquefois envahis, et, par l'intermédiaire de la trompe d’Eustache, la cavité de l'oreille moyenne renferme, parfois, du pneumobacille virulent et pyogène.

Dans la bouche, il peut produire de la stomatite aphteuse (Bernaber, Hébert) (1), de la pharyngite aiguë avec œdème de la glotte, ainsi que l’a observé Weichselbaum (2), des angines à caractères particuliers, que nous allons étudier en détail, dans les chapitres qui vont suivre.

Fasching (3), dans deux cas d’inflammation de l’arrièregorge, avec formation du mucosités et de croûtes tenaces, s’accompagnant de symptômes typhoïdes, isola un bacille capsulé, Bacillus mucosus capsulatus, qui pourrait bien être identique au pneumobacille.

Ces formations croûteuses sont comparables à celles qui se produisent secondairement à la rhinite atrophique et qui aboutissent à l'ozène. Si l'identification du bacille de l’ozène, décrit par Lœwenberg, en 1885, et du pneu-

(1) Loc. cit.

(2) Internat. Klin. Rundschau, 1888.

(3) Sitsungsberichte d. Kais. Akad. d. Wiss. in Wien, Bd. 100,

tue |

mobacille, n’est pas encore chose établie, il n’en est pas moins vrai que les travaux d’Abe/ {1}, de Paulsen (2), de Strubing (3), de Stein (4) et de beaucoup d’autres bactériologistes ont établi le rôle important joué par les bacilles encapsulés, et notamment parle pneumobacille, dans la genèse de cette affection.

Signalons enfin, que, d’après Frisch (5), Cornil et Alvarez (6), Paltauf \7' et Eïselberg, l'agent du rhinosclérome serait le Friedlaender ou un bacille très voisin.

En cheminant par les voies lacrymales, le bacille, remontant le long de la cavité nasale, peut gagner la membrane conjonctivale et provoquer, sur son passage, la dacryocystite{Cuénod)(8),laconjonctivite{(Gourfein)(o), l’ulcère de la cornée [Efienne (10), Terson (11), Gour-- Jein(12)]. Ces complications seraient surtout l’apanage des ozéneux. On en conçoit facilement la genèse.

Il cause parfois la rhinite aiguë suppurée { Werchselbaum) (13).

En partant de la cavité buccale, par infection ascendante, il peut aller occasionner la parotidite suppurée (Girode), ou émigrer dans l'oreille moyenne et

(1) Zeitschr. f. Hygiene, Bd. XXI.

()Poc.rcit.

(3) Munchener med. Wochenschr., 1895.

(4) C. blatt f. Bakteriol. Abt. I. Bd. 28.

(5) Wien. Klin. Wochenschrift, 1882.

(6) Acad. de médecine, 1885,

(7) Baumgartem Iahresbericht, Bd. VI.

(8) Arch. d’ophtalmologie, 1894.

(a) Rev. méd. de la Suisse romande, r9o1.

(10) Loc. cit.

(11) Arch. d’ophtalmologie, 1890.

(a)FFocnerr.

(13) Loc. cit,

donner lieu à des otites purulentes (Weichselbaum (1), comme l'a vu et reproduit expérimentalement Zaufal 2). L

On a rencontré assez souvent des bacilles encapsulés dans les selles d'enfants ou d'adultes atteints de catarrhes gastro-intestinaux, mais ici, la distinction avec le B. lactis aerogenes n'a pas toujours été établie d'une manière bien complète.

Il en est de même pour la différenciation avec le coli, en ce qui concerne les observations de cystite de pyélite et de pyélo-néphrite dont Vetter {3} a rapporté un cas.

Il existe plusieurs observations d’orchi-épididymite à bacille de Friedlaender | Bernstein (4), Le Roy des Barres ct Weinberg]. Macaigne et Vauverts ont cité un cas analogue de phlegmon péridéférentiel.

Vetter (5) a trouvé du Friedlænder dans un abcès du foi. Ranzi (6) a fait une constatation du même genre au cours d’abcès hépatiques multiples s'étant terminés par une pyo-septicémie.

D'ailleurs, au cours des infections purulentes généralisées ressortissant à ce même microorganisme, on peut observer les localisations les plus diverses : phlegmons du tissu cellulaire, méningites ou péricardites suppurées, pleurésies purulentes, arthrites, péritonites, ostéo myélites {Schlagenhaufer) (7).

Soc. méd. des hôpitaux.

Wien. Klin. Wochenschr., 1901, n° 34.

) Philadelphia med. Journ., €. I.

} C. blatt f. Bakteriol., Bd. XXKI, n°5.

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