‹ Contribution à l'étude des anomalies de la mamelleChapitre 3 sur 8 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

Sig*nalées depuis long-temps à l’attentiou des médecins, les mamelles surnuméraires ont pu être étudiées à plus di’un titre.

Cependant il en a été de ces org-anes anormaux comme de toute anomalie, et jusqu’aux premières années du xviri® siècle, les observations sont values, incomplètes. C’est la période appelée fabuleuse par Is. Geoffroy-Saint- Hilaire, où Tintérêt scientifique n’est pour rien, la curiosité, sinon la superstition, occupant le premier rang-.

A partir de cette époque, la valeur de l’observation cocmnence à être comprise et Haller (1) dans son traité M de Moostris » s’appuie sur des faits recueillis le plus souvent avec soin et exactitude.

Dèsce moment, faire l’historique des maDoeUes surnuméraires serait citerloutes les observations elles recueils qui les. contiennent, chacun suivant les circonstaDces étudiant un des côtés de la question.

Pourtant, Peccy (2), qui avait pu observer plusieurs cas de [polymaislie, publia dans le dictionnadre des sciences médicales un article sur les multimammes.

. .(l,)i lit» Memstaia,. 1142..

(2) Percy etLaucant. Arb. Muiitirajjume,. DiAtiaaajikra dsa aeiaaces médicales,!. XXXIV.

Rangeant les mamelles surnuméraires dans les anomalies par augmentation numérique des organes, Is. Geoffroy-Saint-H ilaire (1) y voit une réminiscence de ce qui se passe chez les animaux multimammes.

Dès lors les faits deviennent plus nombreux, plus précis, et les ouvrages classiques signalent tous l'existence de ces organes anormaux.

Meckel (2), s’appuyant sur les observations de Birkett et Gorré, édifie une nouvelle théorie ; pour lui, l’homme aurait droit à cinq mamelles, deux occupant la paroi antérieure du thorax, deuxautres l’aisselle, la cinquième étant située sur la ligne médiane au-dessus du nombril.

Darwin (3), dans son livre sur les variations des animaux et des plantes, déclare que les cas de mamelles surnuméraires ne sont pas rares. Et il cite particulièrement une femme, fille d’une multimamme, chez laquelle une glande sécrétant du lait s’était développée dans la région inguinale. « Ce dernier cas, ajoute-t-il, est extrêmement remarquable, si nous songeons que chez beaucoup d’animaux les mamelles sont réparties tant sur la région pectorale que sur l’inguinale, et doit nous porter à regarder, comme un cas de retour, l’apparition chez la femme de mamelles surnuméraires, o

Plus tard, il est vrai, dans son ouvrage sur la descendance de l’homme. Darwin (4) reconnaît que l’existence

(1) Is. Geoffroy-Saint- Hilaire. Traité de tératologie.

(2) Meckel. Anatomie comparée. Trad. franç., 1828.

(3) Darwin. De la variation des animaux et des plantes, t, II, p. 60,

(4) Darwin. Delà descendance de l’homme, 1. 1, p. 135.

de mamelles errantes dans d’autres situations, même sur le dos, affaiblit et peut-être annule toute la valeur de son arg’umentation.

Parmi les auteurs qui ont signalé des cas de polymastie, nous citerons particulièrement: Gorré, Klob, Fœrster, Tarnier, qui ont pu faire et l’étude anatomique et l’étude histologique, ce qui leur a permis de dire que ces organes n’avaient d’anormal que le siège et le nombre. De plus nombreux ont étudié la fonction et analysé le lait.

Enfin, dans ces dernières années, le D' Puech publie un important mémoire sur les mamelles et leurs anomalies (1876). Cet auteur rassemble toutes les observations publiées avant lui et donne, pour chacune d’elles, des indications bibliographiques que nous croyons inutile de citer de nouveau et auxquelles nous renvoyons.

En 1877, le D” Godefrain ayant recueilli dans les hôpitaux de Paris six nouveaux cas, se rallie à la théorie du D' Puech. Mais dans deux de ses observations, les mamelles étaient ou incomplètes, ou reliées à la mamelle normale par un pédicule; aussi le D** Tarnier put-il lui faire cette objection : « Vos mamelles ne sont-elles pas simplement des prolongements axillaires?» En effet, ce dernier auteur signale dans son traité d’accouchements ces prolongements et les considère comme relativement communs, l’existence des mamelles surnuméraires étant pour lui un fait exceptionnel (1).

(1) Thèse de Godefrain. Communication verbale de M. Tarnier.

MaschaU

CARACTÈRE DES MAMELLES SURNUMÉRAIRES ET DES PRO- LONGEMENTS ANORMAUX DE LA MAMELLE.

Nous l’avons déjà dit, c’est surtout dans les recueils scientifiques que se trouvent mentionnés les cas de polymastie. Et, est-il besoin de le dire, les chiffres qu’on a pu relever n’ont aucune sig'nifîcation au point de vue de la fréquence de cette anomalie. Combien de faits sont restés méconnus ou n’ont pas été signalés.

Le D'" Puech (1), qui a réuni tous les faits publiés à partir du xviii® siècle et offrant des données scientifiques suffisantes, n’arrive qu’au chiflrede 74, auquel il ajoute trois observations inédites.

Nombre. — Dépouillées au point de vu edu nombre, les observations, iraprès le rnêiue auteur, se répartissent en trois catégories. L;i premièi’e compi end les individus à trois mamelles (juiont été relevés 46 fois; la seconde, les individus à quatre mamelles qui ont été rencontrés 29 fois; la troisième, les deux sujets observés par Gorré et Birckett et qui avaient cinq mamelles.

Siège. — Leur siège présente aussi de grandes variabilités. Lorsqu’elles sont doubles, sauf chez une femme citée par Scalzi (2), les mamelles surnuméraires sont

(1) D'’ Puech. Des mamelles et de leurs anomalies, 1676, p. 69.

(2) Scalzi. Mouvement médical, 1873, p. 567.

symétriques, mais on doit remarquer que, presque toujours, ^elles se trouvent dans le voisinag*e et en dehors de la g’iande normale. Par ordre de fréquence, nous les trouvons situées, au-dessous de la mamelle, puis à l’aisselle, à l’épig*astre, deux fois à l’épaule, une fois à la cuisse. Mais si les points extrêmes, épaule et cuisse, ne peuvent ê(re mis en doute, il ne saurait en être de même pour le dos, les observations n’étant pas assez précises.

Quant à la direction que peuvent prendre les proloiig’ements, ceux que nous avons observés étant axillaires, 'nous avons à cet ég*ard cherché à nous renseigner. À notre g*rand reg’ret, le D’’ Tarnier fi’a pu nous communiquer d’observations, mais il nous a confirmé ce que nous avions remarqué dans nos recherches bibliog’raphiques , c’est qu’elles étaient excessivement rares. Aussi, citons-nous entièrement le passag*e que le professeur de la Maternité consacre à ces prolong’ements (1). « Lorsque le lait est sécrété avec abondance, les îlots «•landulaires se dessinent sous les téguments, on peut même apprécier leurs contours d’une façon assez exacte. C’est alors qu’on distingue les différents prolongements que présentent, dans certains cas, les glandes mammaires ; ces prolongements se dirigent quelquefois à la partie interne, jusqu’à la ligne médiane, plus souvent à la partie externe. Dans ce dernier cas, il est facile de constater dans le creux axillaire une glande supplé-

(1) Tarnier et Ghantreuil. Traité de l’art des accouchements, 1882, p. 780.

Tïientaire en connexion avec la g'iande principale. Nous avons encore observé ces prolongements, se dirigeant en haut sous forme de cordons noueux et remontant jusqu’au bord inférieur de la clavicule. »

Nous l’avons dit plus haut, notées dans des régions diverses, les mamelles surnuméraires siègent ie plus souvent à la région latérale du corps. Nous appuyantsur les paroles du Tarnier, nous pouvons dire qu’il en est de même pour les prolongements et c’est surtout parleur siège plus fréquentdans le creux axillaire qu’il deviendra important de les reconnaître. Cette prédominance, croyons-nous, peut trouver une explication suffisante clans l’étude de“la mamelle normale,' et si nous examinons sa forme, chez la femme adulte, nous voyons c(ue sa circonférence n’est pas régulière et que ses lobes sont inégaux. Isolée dss parties qui l’entourent, la glande mammaire revêt la forme d’un disque irrégulièrement circulaire, nettement limité en dedans, plus vaguement en dehors. Il suffit de palper cet organe, alors que la fluxion mammaire s’y produit, pour voir cjue sa circonférence n’est pas régulière en dehors et que certains lobes proéminent plus ou moins par rapport aux autres. Même différence si l’on considère la région mammaire. Limitée par sa saillie sur les parties voisines, elle n’offre de ligne de démarcation nette, quelquefois brusque, qu’en bas et en dedans. C’est donc du côté externe qu(i devaient se trouver le plus souvent les prolongements glandulaires; c’est, en effet, ce qui a été signalé.

Volume. — Quant au volume, les mamelles surnuméraires restent toujours plus petites que les glandes normales. Chez les individus à quatre mamelles, il arrive que l’une d’elles est moins volumineuse que l’autre. Chez la femme à cinq mamelles, il y avait quatre mamelles pleines de lait et très saillantes, la cinquième était rudimentaire. M. Tarnier (i) est le seul auteur qui en ait trouvé de très développées ; chez la femme qu’il observa, les quatre mamelles étaient tout aussi dévelop • pées, donnaient autant de lait les unes que les autres. En dehors de ce fait, les auteurs jug-ent qu’elles ont le quart, le tiers de la glande normale. Dans notre observation 111, elle avait le volume d’une amande; dans le cas de Perreymond (2), celui d’un œuf de pig’eon. Ailleurs, c’est le volume d’une petite orangée, d’une g’rosse noix, d’une pomme d’api, d’un œuf.

Les prolong’ements présentent des différences semblables, différences qui peuvent aussi tenir à leur siège, leur longueur étant évidemment plus limitée en dedans qu’en dehors. Dans une de nos observations (obs. Il) on les voit s’élever jusqu’au creux axillaire ; dans l’autre (obs. I), la cavité de cette région est effacée par une saillie trilobée, s’avançant jusqu’à la face interne et supérieure du bras. Celui de droite, dans ce dernier cas, est plus volumineux que l’autre.

P'oRME.I — La forme est également variable : tantôt les mamelles ont une forme arrondie, sphérique, tantôt

(1) Cazeaux. Traité des accouchements, revu par Tarnier, p. 86.

(2) Perreymond. Union médicale, 1874, 3® série, t. XVIII, p. 865.

elles sont allong’ées,' ovoïdes, le diamètre transverse étant, ou plus grand ou plus petit que le vertical. Nous avons vu comparer les prolong*ements à des cordes noueuses. Dans notre seconde observation, ils ont une forme ovoïde, à grand diamètre antéro-postérieur, dans l’autre, long* de 9 centimètres et larg*e de 4, les prolong*ements ressemblaient à une plaque de tissu g*landulaire formée de petits lobes plus ou moins saillants.

Hérédité. — Enfin, plusieurs auteurs, Robert et Scalzi, ont constatéjl’hérédité des mamelles surnuméraires. Pétrequin (1) cite le cas d’un père dont les cinq enfants présentent la même anomalie, trois fils l’ont à droite, deux filles à g*auche.

Nous parlerons plus loin de ce qui a été dit de la fonction de ces g-Iandes accessoires, nous dirons les phénomènes qu’elles présentent, soit au moment delà puberté, soit à la première g*rossesse.

Anatomie. — Nous allons rappeler très rapidement ce qui en a été dit au point de vue anatomique. Fœrster, ayant extir pé une g-lànde devenue carcinomateuse, examine au microscope les frag*ments sains qui avaient la même structure que les mamelles. Klob en fait ég*alement l’étude hislolog'ique et déclare que les conduits g-alactophores revêtus de l’enveloppe épithéliale se terminaient en cul-de-sac dans le stroma enveloppant ; en un mot, la g*lande était constituée comme une mamelle

(1) Pétrequin. Gazette médicale, Paris, 1835, p. 187.

virg’înale. A l’autopsie, Tarnier peut ég-alement constater que la substance g’iandulaire existait en abondance dans les quatre mamelles et que toutes contenaient du lait. Par des injections vasculaires, Gorré, cité par Percy, a pu montrer les connexions vasculaires existant entre les mamelles normales et anormales.

Nous avons lu un grand nombre d’observations, et, nous le répétons, dans presque toutes, il s'agissait d’un organe complet, l’absence du mamelon et de l’aréole étant rarement notée. Godefrain, qui se ralliait à la théorie de Puech, avait remarqué, sur six observations, que dans deux il y avait un pédicule de nature glanduleuse.. Dans un cas, nous voyons ce pédicule atteindre la grosseur du doigt; dans un autre, la glande surnuméraire émet deux prolongements, l’un, qui va à la gdande normale, a le volume d’une plume de corbeau, l’autre, qui est libre, celui d’une noisette. C’est sur l’existencii de ces pédicules et sur leur différence de volume que Godefrain s’appuyait pour établir divers degrés de segmentation pouvant s’accentuer et amener la formation d’une glande indépendante.

Dans nos observations, nous voyons les prolongements, au moment où ils arrivent à la circonférence dé’ la mamelle, présenter un point rétréci, mais encore très volumineux. A ce niveau il est encore facile de distinguer des grains glanduleux, de sorte que depuis la mamelle jusqu’au sommet du creux axillaire et au bras, la palpation nous donne partout les mêmes sensatioijs.

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