‹ Contribution à l'étude des anomalies de la mamelleChapitre 4 sur 8 · MODE DE FORMATION · texte numérisé non relu

MODE DE FORMATION

Nous n’avons pas l’intention de rechercher pourquoi ces anomalies existent dans l’espèce humaine. Certes, aux mamelles surnuméraires s’attache un intérêt anthropolog’ique tout particulier ; mais que ces anomalies soient réversives ou non, nous nous bornerons à envisag*er leur mode de formation et spécialement ce qui a été dit à ce sujet.

Le développement embryonnaire des mamelles est celui de toutes les grandes de la peau, qui ne sont qu’une émanation du feuillet externe du blastoderme, doublé du feuillet moyen. Elles sont d’abord représentées par un minime prolong’ement de la couche muqueuse de Malpig*hi, ayant refoulé le derme sous-jacent. Les différents lobes qui constitueront l’organe développé naissent de la face profonde de ce bourgeon unique et sont formés par autant de prolongements d'un développement très inégal, dit Kolliker (1), et qui s’éloignent du centre comme autant de rayons, les uns courts et renflés, les autres longs et pourvus de trois à quatre diverticules <à leur extrémité.

Serait-il possible de distinguer chez l’embryon le rudiment des mamelles surnuméraires et d’étudier leur première évolution ? Celte étude que le hasard peut seul rendre possible n’a pas été faite. Les théories ne s’ap-

(1) Kolliker. Traité d’embryologie, 1882. Trad. franç. par Aimé Schneider, p. 830.

puient donc pas sur rembryog*énie, mais seulement sur l’org'ane complètement développé et arrivé le plus souvent à sa période d’activité.

Il suffit de se rappeler les théories de Is. Geoffroy- Saint-Hilaire, Darwin et Meekel et les conséquences qu’ils en tirent pour comprendre que ces savants admettent comme chez les multimammes autant de bourg*eons primitifs que de mamelles.

Le Puech déclare l’ancêtre multimamme de pure fantaisie, et après avoir reproché à Is. Geoffroy- Saint- Hilaire de négliger le fait de Gardeur (1), pour ranger tous les faits sous sa loi générale, s’attache lui aussi à ne donner qu’une seule explication. « Puisque, dit-il, à l’état physiologique le microscope découvre des grains glanduleux détachés de la glande et comme égarés dans la peau du mamelon, pourquoi l’esprit s’obstinerait-il à repousser leur détachement en un noyau plus compacte, destiné à former une mamelle surnuméraire? La pierre d’achoppemen t est la distance existan t entre celle-ci et la glande-mère, mais ces distances, qui sont grandes chez l’adulte, sont, en réalité, peu considérables chez l’embryon (2). »

Mais les distances ne sont pas si peu considérables chez l’embryon qu’ elles puissent être négligées, surtout lorsqu’il faut admettre comme « condition sine qua non » une migration aussi variable dans ses effets qu’in-

(1) Gardeur (Mamelles axillaires). Obs. publiées dans le dictionnaire des sciences médicales, article Multimamme.

(2) Puech. Loc. cit, p. 74,

Maschat.

connue dans ses causes « portant le frag'ment détaché où il a été retrouvé » (1).

La peau est déjà formée quand apparaissent les premiers rudiments de la mamelle, et, la migration, pour être admise, aurait besoin de preuves. Si nous n’avons là qu’un fragment détaché de la glande mammaire, «‘omment expliquer la présence du mamelon et de l’aréole qui eux aussi font partie du fait anormal ? Suffîtil que du tissu glandulaire se trouve dans une région pour qu’un mamelon s’y développe et que les canaux galoctophores viennent y aboutir? Le développement de l’un n’est-il pas corrélatif de l’autre?

Ce n’est pas seulement par leur situation et leur nombre que ces organes sont anormaux, c’est encore parce qu’ils se développent en un point variable des téguments, point où ils n’existent pas normalement. Une autre affirmation s’impose avec cette théorie, c’est que les mamelles surnuméraires de la cuisse, de l’épaule, comme celles des régions sous-mammaire ou axillaire, ont dû forcément se former dans une région déterminée, région où doit naître et se développer la glande normale. Ce serait donc fixer une limite à l’anomalie, à la déviation organique, lui tracer un point de départ et une marche alors que toutes les conditions tjui la produisent nous sont inconnues.

Le D' Pueoh reconnaît du reste les imperfections de sa théorie, mais il ajoute plus loin qu’aucune hypothèse, en l’état actuel de la science, ne saurait.lui être préférée.

[2) Puech Loc. cit. p. 75.

C’est à notre avis aller un peu loin et puisque nous sommes en présence d’un type irrégulier, d’une mamelle anormale à tous les points de vue, il nous semble permis de croire qu’elle s’est développée au point où elle se trouve, région inguinale ou sous-mammaire. Un des meilleurs arguments de cette théorie, qui compte des hypothèses nombreuses, est la forte tendance qu’offre le fragment détaché à s’arrêter aux alentours de la glande, d’où il émanerait. Et Godefrain (1) trouvait dans la disposition anatomique de certaines mamelles un nouvel argument, savoir : « Un commencement de segmentation préexistant et s’accentuant sous l’influence des causes qui produisent la congestion et l’hypertrophie mammaire. » Ainsi ce pédicule qu’il avait observé pouvait s’étirer , s’amincir et |même disparaître et servant de transition, établissant divers degrés d’évolution entre les mamelles surnuméraires concou- ^ fait à expliquer cette migration de cause inconnue.

.- Si nous prenons les observations de mamelles surnuméraires complètes, nous trouvons les ca»'actères s uivants :

Une situation variable (épaule, cuisse, régions sousmammaire, axillaire ou épigastrique) ;

Un parfait isolement et une distance de plusieurs centimètres au moins entre les glandes accessoires et les glandes normales ;

Un mamelon plus ou moins volumineux, érectile,

(1) Godefrain. Thèse de Paris, 1877. Essai sur les mamelles surnu-

méraires.

laissant couler du lait, comme nous le verrons plus loio ;

Une aréole plus ou moins pig*mentée;

Une évolution identique à celle de la g-lande normale» c est-à-dire présentant différentes phases d’atrophie ou d activité, suivant les périodes de la vie g’énitale de la femme.

Ce sont bien là, croyons-nous, les caractères d’un org’ane complet et de même que nous constatons aujourd’hui des mamelles complètement développées et bien distinctes, de même on aurait pu constater chez le fœtus autant de rudiments plus ou moins rapprochés, mais ég*alement distincts. La distance existant entre les mamelles normales et anormales étaitévidemment moins grande pendant la vie intra-utérine, mais cette distance est relative et on ne peut pas plus la nég^liger à une époque qu’à l'autre.

Voyons maintenant les caractères des proion g*ements. Ici la situation est moins variable, c’est au creux axillaire qu’on les trouve le plus souvent, rarement dans la région sous-claviculaire ou épigastrique. Le tissu glandulaire n’est plus réuni en une seule masse bien isolée, et il n’y a pas d’interruption entre la mamelle et le prolongement; auss\ bien sur le point rétréci que partout ailleurs, il est facile de sentir des grains glanduleux.

ï>ur la peau rien de particulier, pas de mamelon, pas d’orifice, pas la moindre traée d’aréole ; mais nous retrouvons les phases d’activité et d’atrophie propres à tout tissu mammaire.

Nous avons dit que dans certains cas les mamelles sur numéraires n’avaieiit ni mamelon ni aréole ; nous avons dit aussi que les observations étaient rares» Le diag'nostie est pl«is difficile et elles -ont pû rester méconnues. Cependant un premier caractère ressort de l’étude des observations ; ces |manielles incomplètes sièg*ent au-dessus la glande normale et généralement, pour ne pas dire toujours, dans le creux axillaire. Nous ne voulons pas dire qu’il soit impossible de les trouver dans d’autres régions, nous constatons seulement qu'’en cela elles ressemblent | aux prolongements et diffèrent des mamelles complètes qui ont été le plus souvent signalées Jdans les régions sous «mammaires. Comme ces dernières elles sont isolées de la glande normale ; mais dans une observation citée par le Godefrain, l’existence d’un cordon reliant la glande accessoire à la mamelle est signalée. Sur cette connexion obsei*vée dans un autre cas ' s’appuyait la théorie de Godefrain, Nous résumons en quelques mots ces deux observations (1).

Dans l’une les manuelles surnuméraires possèdent un mamelon qui laisse sortir du lait ; elles sont constituées par trois lobes et l'un d’eux se relie à la glande normale par un cordon de la grosseur du petit doigt.

Dans l’autre, la grande offre le volume d’un œul' d’oie, mais ne présente ni mamelon, ni aréole? elle est reliée à la mamelle par un petit cordon du volume d’une plume de corbeau. , ...

’ il . li U. Il .

(1) Godefrain. Loc.cit. Obsecwlions XI et XII.

Ainsi nous aurions là deux faits identiques n’ofïrant qu’une différence, la présence du mamelon dans le premier, dans le second son absence. Un frag-ment s’est détaché et si la segmentation, la migration n’avaient pas été arrêtées dans leur marche, ce fragment aurait pu aller former soit dans la région axillaire, soit |dans la région inguinale ou sous-mammaire, une mamelle surnuméraire complète. Les prolongements ne sont plus alorsquedes mamelles arrêtées encore plus tôt dans leur segmentation ou leur migration. Tous ces faits, loin d’être d’un ordre différent, rentreraient donc sous la mêmeloi, établiraient une transition, une série dans ces anomalies.

Nous ne croyons pas que de semblables conclusions puissent être tirées de l’étude que nous venons de faire. Il est difficile d’admettre que laglande inguinale, que les glandes signalées parTarnier ne sont que des fragments détachés de la glande normale, surtout si l’on se rappelle l’époque d’apparition et le développement des mamelles chez l’embryon. Godefrain voit dans ce fait unique de mamelles complètes (1), rattachées à la mamelle normale, une preuve de ce qui se serait passé dans les autres cas de polymastie. Cette connexion ne peutelle pas trouver son explication dans la faible distance qui sépare les deux glandes, puisque pour être applicable à tous les cas, une telle explication suppose forcément une migration de cause inconnue et parfois héréditaire. Nous préférons admettre que, par suite d’une

(1) Godefrain. Loc. cit. Observations XI.

déviation org'anique, une mamelle surnuméraire peut se développer en une rég-ion où norrralement ne se trouvent pas de pareils org-anes. La polymastie rentrerait dès ’lors dans les anomalies par aug’mentation numérique desorg’anes.

Nousavons vuque les lobes de la mamelle présentaient à l’état normal des différences de long-ueur aussi bien chez l’embryon que chez l’adulte; l’un d’eux peut acquérir une différence de long-ueur plus considérable et constituer les prolong’ements anormaux de la glande mammaire signalés par les professeurs Tarnier et Pinard. Ce seraient des anomalies par excès de développement, anomalies fréquentes alors que la polymastie serait rare.

Dans quelle classe rangerons nous les mamelles surnuméraires incomplètes. L’interprétation est plus difficile, Cependant, par certains de leurs caractères, par leur siège, elles se rapprochent plus des prolongements et, si les observations étaient plus nombreuses, la théorie de la seg’mentation leur serait peut-être applicable. Si l’on se rappelle que les lobes sont représentés chez l’embryon par des petits bourgeons munis à leui* extrémité de deux ou trois diverticules, premier rudiment des lobules et des acini, on peut admetlre qu’une séparation a pu se pioduire. Pour nous, loin d’établir u';e différence de développement, un degré fl’évolution, permettant de n'attribuer aux mamelles surnuméraires qu’un seul mode de formation, l’observation de Gode frain (1) tendra’ nlulôt à prouver que les pi'olonge-

(1) Codefrain. Loc. cil. Observation VU.

ments peuvent à un moment donné se séparer de la g-lande principale et constituer une glande indépendante. Mais nous ne croyons pas qu’un mamelon auquel aboutissent des canaux galactophores, puisse se former au niveau de ee tissu glandulaire s’il n’est qu’un fragment détaché de la mamelle.

r^ous n’avons pas assez d’éléments pour être plus affirmatif sur le mode de formation des mamelles surnuméraires privées de mamelons, c’est une simple hypothèse que nous exposons et à laquelle, nous le savons, on peut objecter que les mamelles normales ayant été dans quelques cas privées de leur mamelon, il peut en être de même pour des glandes surnuméraires.

DÉVELOPPEMENT DES MAMELLES SURNUMERAIRES ET DES PROLONGEMENTS ANORMAUX DE LA MAMELLE.

Les caractères anatomiques et histologiques des mamelles surnuméraires ont été constatés plusieurs fois et nous avons vu que leur structure n’avait rien d’anormal. Elles sont formées par une masse plus ou moins volumineuse de tissu glandulaire, mais lobes, acini, canaux galactophores, sont identiques à ceux de la glande normale. Constituées par les mêmes éléments, elles doivent donc subir dans leur évolution physiologique les différentes phases que présentent les mamelles, soit à la puberté, soit à chaque grossesse.

Rien n’est signalé dans les observations sur la congestion qu’ontdûprésenter les mamelles surnuméraires

dans les premiers jours qui suivent la naissance. Mais nous savons que cette congestion est physiolog'ique, qu’elle se produit chez tous les nouveau-nés et qu’elle n’attire l’attention qu’autant que par son intensité elle peut déterminer une inflammation aig*uë de la g'iancle. Il n’est donc pas étonnant que les g*landes accessoires aient passé inaperçues et soient restées méconnues.)

Que les mamelles soient normales ou anormales, leur développement est soumis aux mêmes lois et se produit à des époques déterminées. Cette évolution constitue un des meilleurs sig-nes de diag*nostic, sig-ne qui manque chez l’homme et chez l’enfant.

Pendant toute l’enfance, les mamelles surnuméraires restent atrophiées, rudimentaires, à peine sig’nalées par la présence du mamelon. Celui-ci, en effet, n’offre que de faibles dimensions et son existence ne saurait éveiller l’idée d’une g-lande accessoire. C'est ainsi qu’on l’a pris tour à tour pour un nævus(l), une tache ou une marque de naissance (2)j une verrue (3).

Chez l’homme, les mamelles surnuméraires restent toujours rudimentaires et ce n’est que par hasard que l’on découvre l’anomalie. Il semble résulter des statistiques que la polymastie est plus fréquente dans un sexe que dans l’autre. Nous croyons que la rareté des observations recueillies chez l’homme tient au faible volume de ces org*anes et au défaut de sécrétion.

(1) Robert. Journal général de médecine. Magendie, p. 57, 1827.

(‘2) Leclerc, de Caen. Gazette des hôpitaux, p. 338, 1852.

(3) Thèse de Godefrain. Observation recueillie à la Maternité deCochin par M. Quenu, interne du service.

Maschat.

Lorsque la puberté et paraît que sa le premières règles commencent à s’établir, il n’est par rare de voiries mamelles surnuméraii’es prendre un certain développement accoinpag’né de g’êne, de douleurs, phénomènes qui peuvent se répéter à chaque époque menstruelle. Dans plusieurs cas, l’anomalie a été reconnue dès cette époque.

Chez la femme citée par Robert, la mamelle était le siège de douleurs et de démangeaisons comme les seins aux époques des règles, mais elle ne se développe bien qu’à la première grossesse. Dans un autre cas(l), la mamelle devenait le siège d’élancements douloureux puis redevenait indolente, et pendant quelque temps rien n’avertissait la femme de sa présence. Dans l’observation publiée par le D*" Quinquaud (2), les quatre mamelles augmentèrent de volume au moment de la puberté, et aux époques menstruelles les surnuméraires devenaient seules douloureuses. Dans notre observation III, comme dans les deux premières, où il s’agnt de prolongements, la femme ne s’était aperçu de rien avant la première grossesse.

Ainsi donc, si quelquefois, dès la puberté, les mamelles surnuméraires prennent un certain développement, il peut arriver aussi qu’elles restent rudimentaiies et indolentes jusqu’à la première grossesse, ce qui est constaté dans plusieurs observations. 11 semble même que, le plus souvent, la montée laiteuse est né-

fi) MauoUe. Bulletin de la Société médicale des hôpitaux, t. I, p. 21.

(2) Quinquaud. Revue photographie des hôpitaux de Paris, 1870, p. 15.

cessaire peur bien mettre en évidence l’élément g'Ianeux de I’org*ane.

Dès le début de la g’estation, ces organes subissent des modifications, la g*lande se développe, son aréole devient plus foncée et plus grande. Parfois, ces changements ne sont pas très prononcés ou se font lentement, puisque les femmes se plaignent peu de leur anomalie avant Paccouchement, Cependant il n’en est pas toujours ainsi; dès le second mois de la grossesse, dit le D’’ Manette, l’aisselle droite devint peu à peu douloureuse. La glande était peu sensible à la pression, mais elle avait pris un plus grand développement.

Ces différentes anomalios, mamelles surnuméraires ou prolongements, suivant leur volume et surtout suivant leur siège, se manifesteront d’une façon particulière. Nous allons donc étudier séparément les phénomènes qu’ellesprésenlent pendant la période puerpérale. En premier lieu, nous envisagerons les prolongeluenls, puis vientlront les mamelles incomplètes et complètes.

l’our les deux femmes que nous avons observées, la grossesse, raccom-hernent, la délivrance, tout avait été régulier et noi mal. L’état général est très bon et, après le ralentissement du pouls, les premiers signes de la fluxion n)ammaire venaient confirmer le pronostic favorable des suites de couches. Les seins se congestionnent, augmentent de volume, la pression fait sortir du colostrum. Aucune douleur du reste, les femmes n’éprouvent qu’un sentiment de tension plus ou moins pénible.

Mais les mouvements du bras commencent à être g’ênés, un peu douloureux, une tension semblable à celle des seins se produit dans l’aisselle. Les femmes y portent la main et constatent la présence d’une tumeur plus ou moins volumineuse située au-dessus et en dehors de la mamelle et s’y rattachant. Cette tumeur est .survenue presque subitement, a g-rossi, et en quelques heures, comme le raconte la malade, presque doublé de volume. Ce développement rapide est remarquable et commun à toutes les anomalies que nous étudions. C’est là un des meilleurs signes du diag'nostic, et notre savant maître le faisait déjà ressortir en 1877 dans une observation de mamelles surnuméraires (1).

A l’examen de la région, on voit que le creux axillaire, surtout dans sa portion thoracique, est effacé, remplacé par une ou plusieurs saillies. La peau est tendue, mais ne présente ni chaleur, ni rougeur particulière; la peau des seins est parfaitement saine; sur le mamelon, ni fissure, ni érosion.

Si on palpe la tumeur, on remarque qu’elle est placée directementsous la peau, qu elle n’adhère pas aux tissus voisins; sa surface est inégale, parsemée de bosselures plus ou moins saillantes, séparées par des sillons peu prononcés. En suivant les bords, on retrouve les mêmes dépressions et les mêmes inégalités. La pression détermine une légère douleur, qui n’est j)as plus vive que sur la mamelle et nullement comparable à celle que

(1) Thèse de Godefrain. Observation communiquée par M. Pinard, alors chef de clinique de la Faculté.

détermine un tissu enflammé ou un g’ang'lion eng'org’é. On ne trouve pas d’empâtement ou de fluctuation, mais bien la résistance élastique des îlots g*landulàires. Depuis la mamelle jusqu’au creux axillaire et au bras, les sensations sont les mêmes; à travers la peau on sent de petits g'rains ovoïdes, formant par leur réunion des lobules et présentant la consistance des acini cong“estionnés.

La premièi'e impression éveille l’idée d’une adénite, mais celle-ci, outre qu’elle n’a pas une marche aussi rapide, présente des caractères qui permettent de la différencier; nous le dirons plus loin. Et si l’on examine attentivement la tumeur, on voit qu’elle ne peut être formée que par un prolongement anormal de la mamelle, et les différentes phases de la fluxion mammaire que nous y retrouvons viennent les jours suivants confirmer le diagnostic.

Que les prolongements siègent dans la i-égion sousclaviculaire ou se dirigent vers le sternum, quels que soient leur volume ou leur longueur, nous retrouverons les mêmes caractères, les mêmes manifestations ; n’étant soumis à aucune pression par suite de leur siège, ils détermineront moins de gêne, moins de douleurs.

Quant aux mamelles surnuméraires, privées de mamelons, elles ont presque toujoui s été observées dans la région axillaire; il est donc aussi important de bien définir leur caractère. Dans notre observation III, en quelques heures et à mesure que la fluxion mammaire évoluait, la glande accessoire située au sommet du

creux axillaire g'auche aug’menlait de volume. Les mouvements du bras étaient embarrassés et, en portant la main derrière le grand pectoral, on sentait une petite tumeur bosselée, formée par une masse unique et présentant à sa surface les petits grains g-landuleux que nous avons observé sur les prolong-ements. La oeau, ni sur le sein ni à ce niveau, ne présentait rien d’anormal. Le mamelon était sain. La pression était seulement un peu douloureuse sur la g*lande, qu’il était facile d’isoler. Dans l’aisselle droite, on n’observait rien de semblable. M. Pinard ne trouvant pas les caractères de l’adénite et les causes habituelles de cette lésion taisant défaut, porta le diag'nostic de mamelle surnuméraire incomplète. Dans les jours qui suivirent, la g-lande axillaire présenta les mêmes phases que la g-lande normale.

Juniah Harris (1) observa une négresse, âgée de 38 ans, qui avait eu huit enfants et qui, depuis sa deuxième grossesse, présentait dans chaque aisselle une petite tumeur. Après le sevrage, ces deux tumeurs diminuaient de volume et, à chaque accouchement, devenaient grosses, s’accompagnaient de dureté et de distension. Une première ponction fut pratiquée après la naissance du cinquième enfant et donna issue à un liquide qui avait toutes les apparences du lait. Lorsque cette femme allaita son dernier enfant, le D' Harris fit une double ponction, recueillit le liquide et en fit l’analyse microscopique: c’était bien du lait.

(1) Juniah Harris, Gazette hebdomadaire, 1861, p. i68.

Quand les mamelles surnuméraires complètes occupent l’aisselle, elles déterminent la même g'êne dans les mouvements du bras; quand elles occupent une autre rég’ion, la douleur est surtout provoquée par la pression des mouvements.

Nous retrouverions ici tous les sig’nes que nous avons énumérés précédemment, les sensations fournies par le palper sont les mêmes et l’aug-mentation de la gdande est également rapide. Nous n’y reviendrons pas. A tous ces signes s’en ajoute un nouveau d’une grande importance. En effet, la femme remarque que le prétendu nævus est humide, donne lieu à. un écoulement blanchâtre. Lorsqu’on examine la région, on voit que la saillie est surmontée par une petite masse rougeâtre qui n’est autre que le mamelon entouré d’une aréole et pouvant par la titillation acquérir une sorte de turgescence. C’est à ce moment qu’il est facile de constater la présence du lait, ce qui est rapporté dans les observations. Chatard (l),Perreymond, Quenu, Quinquaud, examinèrent au microscope le lait de toutes les mamelles et constatèrent qu’il était identique quelle que fût sa provenance. Enfin, dans quelques cas, le nourrisson a pu être allaité aussi bien par la glande accessoire que par les mamelles. Keator (2) rapporte qu’une femme se servit de ses trois mamelles pour allaiter sept enfants. La quatrième donnait également du lait, mais était trop petite pour être utilisée. La femme qui avait la mamelle à la cuisse éleva quatre enfants.

il) Chatard. Bulletin général de thérapeutique, 1861, p. 'i27.

(2) Keator. Gazette hebdomadaire, 1858, p. 199,

Mais si parfois la sécrétion a duré jusqu’au moment du sevrag*e, il est arrivé aussi qu’elle a cessé au bout de quelques semaines. Ceci n’a rien d’étonnant, puisqu’on ne présentait pas la mamelle au nourrisson, celle-ci ne pouvant pas toujours être utilisée. Puech rapporte qu’elle diminua progressivement et disparut au bout de huit semaines. Dans l’observation de Perreymond, quarante jours après l’accouchement, la glande cesse de sécréter et s’atrophie en même temps que les mamelles pectorales. Chez une femme citée par Champion (1), la sécrétion fut de courte durée et cessa au bout d’une dizaine de jours; la femme n’allaitait pas son enfant.

Ainsi, les mamelles surnuméraires qui sont le siège d’une fluxion identique à celle de la glande normale sécrètent du lait et cette sécrétion peut non seulement durer un certain temps, mais encore servir à l’allaitement. Si cette sécrétion n’est pas utilisée, on la voit diminuer et disparaître. C’est ce qui arrive pour les glandes privées de mamelon qui, au bout de quelques jours, diminuent de consistance et reviennent peu à peu à leur volume primitif. Pour les prolongements, nous voyons, l’enfant étant mort (obs. II), que la sécrétion lactée s’arrêta au bout de quelques jours et, en même temps que les seins, les prolongements diminuaient de volume. Chez une de ces femmes, au contraire, qui allaitait son enfant et qui avait beaucoup de lait,

(1) Champion. Dictionnaire des sciences médicales, art. Multiinamme.

l’énorme distension des mamelles rendait la succion plus difficile. Le dég’orgement se fît plus lentement, les seins restèrent pendant trois jours durs et tuméfiés, les prolong'ements passèrent par les mêmes alternatives. Cette femme, qui en était à sa quatrième g'rossesse, nous disait que le prolong-ement devenait très mou et ne formait plus au bout de deux mois qu’une saillie bien moins appréciable.

Les phénomènes que présentent ces anomalies au moment de la fluxion mammaire et pendant l’allaite* ment sont caractéristiques. M. le D' Pinard (1) les a résumés en quelques mots, savoir : une aug'mentation ou une diminution de volume coïncidant avec des phénomènes analogues du côté des seins.

Il semble, d’après certaines observations, que les g'iandes ne se sont révélées qu’à une seconde grossesse. Ces cas sont très rares et, de plus, nous avons remarqué que l’histoire en était incomplète, puisque les auteurs disent bien à quel moment ils les ont observés, mais ne parlent pas des phénomènes antérieurs à cette fi-rossesse.

Enfin, une fois que l’on a constaté l’existence d'une glande accessoire ou d’un prolongement anormal, on voit qu’elle présente les mêmes périodes d’activité et d’atrophie que la mamelle. A chaque grossesse, les mêmes phénomènes s’y reproduisent.

(l( D' Pinard. Loc. cit.

Mascbat.

Page 1