CHAPITRE PREMIER
Répartition géographique. Noms vernaculaires. Usages locaux.
Le T'hevetia nertifolia Juss. (Ahouai nerü folio Plum. ; Cerbera Thevelia L., Jacq., Lamk, Ruiz et Pav.; Cerbera peruviana Pers. ; Cerbera linearifolia Stokes ; Thevelia linearis Ran.: T'hevetia Thevetia Karst ; Thevetia T'hevetia Millsp.) est originaire de l'Amérique tropicale.
Dans les auteurs anciens, peut-être a-t-il été confondu avec le T'hevetia Yccotli, dont il est assez voisin par son portet dont il ne diffère guère que par certains caractères morphologiques de ses feuilles. La figure qui accompagne la description du « Nerio affinis » de PLUKENET nous montre des feuilles allongées, linéaires, à nervures secondaires irès
,marquées, paraissant par conséquentse rapporter au Thevelia Yccotli, tandis que le dessin quiillustre le texte de PLumier
Role
sur l’«Ahouai nerii folio, flore luteo», représente des feuilles sans nervures secondaires, tout-à-fait semblables à celles du Thevetia nerüfolia, et ilest vraisemblable qu'il s’agit de cette espèce, qui est décrite par cet auteur comme provenant d'Amérique, mais sans préciser l'endroit.
Lanné (1), qui semble confondre d’abord tous les Thevetia en une seule espèce (le T'hevetia à feuilles allongées n'étant pour lui qu’une variété) leur donne surtout le Brésil comme aire d'extension. Plus tard (2),il place son Cerbera Thevelia, qui correspond à la fois au T'hevelia Yccotli et au Th. nertifolia, dans l'Amérique tropicale.
A la fin du XVIII: siècle, JAcQuIN mentionne le Cerbera Thevetia L., c'est-à-dire le Thevetia nerüfolia Juss., à Cuba, plus rarement à la Martinique ; FUSÉE Auger l’a rencontré à la Guyane française ; Lamarck l'appelle « Ahouaï des Antilles » et le donne comme croissant aussi à Cayenne. Le Dictionnaire des Sciences naturelles (3) qui mentionne pour la première fois le Thevetia neriifolia Juss. sous son nom actuel, lui attribue une origine géographique semblable.
Il semble quà cette époque l'aire de dispersion de la plante se soit élargie, car un siècle environ auparavant, HANS SLOANE (4) ne l'avait pas signalée à la Jamaïque,où elle fut peut-être introduite au cours du XVIII: siècle. D'ailleurs, DE Tussac (5) dit qu'ilne l’a jamais rencontrée dans les : forêts des Antilles, mais seulement dans les jardins, et qu’elle ne doit pas être originaire de ces îles. Citant le P. Lapar (1663-1738), il la fait provenir de l’isthme de Darien, au sud de l’isthme de Panama.
D'après DE CanboLLe, PERsooN et Descourtirz (6), on trouve également le Thevetia neriifolia au Pérou, à Cuba, dans les Antilles, à la Jamaïque. Ruiz et PAvon le rencon-
(1) GC. LINNÉ. — Hortus Clifforlianus: Amstelædami, 1739, p. 75-76. (2) GC. LINE. — Species plantarum, 1e éd., Holmiæ, 1753, I, p. 208-209. (3) Dictionnaire des Sciences Naturelles par plusieurs professeurs du Jardin du Roi. Strasbourg, Paris, 1816, I, p. 332.
(4) Hans SLOANE. — History of Jamaïca. Londoni, 1696.
(5) F.-R, De Tussac. — Flora Antillarum. Paris, 1827, 4, p. 7.
(6) Descourrirz. — Flore médicale des Antilles. Paris (1827), LI, p. 40, fig. 158,
trèrent dans les forêts du Pérou et affirment qu'on le cultive dans les jardins de Lima, où on l'appelle Arbol de Panama, peut-être en souvenir de son lieu d’origine. D'après L. PLAN- GHON (1),il porte également en Amérique les noms d'Ahouai, Yorre, Alelia-de-Matto, Jaca, Noix de Serpent, Arbreà-lait, Bagage-à-collier. Cette dernièré dénomination et et celle de Bois-à-lait servent également à le signaler à la Martinique et à la Guadeloupe. Le R.-P. Duss (2) l'y signale en particulier aux environs de Basse-Terre.
Enfin, au Salvador, il porte le nom de Chilindron (3).
D'après les auteurs anciens, les indigènes de l'Amérique tropicale employaient les noyaux de Thevelia comme grelots. Après les avoir vidés de leur amande et percés d’un trou, ils les enfilaient sur de petites cordes, de façon à former de courts chapelets de quatre à cinq éléments.Ils fixaient ensuite en grand nomre ces cordelettes à leur cou, à leur ceinture ou à leurs genoux, et rythmaient leurs danses au cliquetis que produisaient les noyaux en s’entrechoquant.
Le Dictionnaire des Sciences naturelles ajoute que « les Brésiliens prennent soin de vider les coques et font quelquefois entrer à la place des amandes de petits cailloux, ce qui augmente le bruit que font les franges garnies de ces nombreux grelots ». Ces indigènes n'ignoraient pas non plus les propriétés vénéneuses des amandes et du bois. Ils s’en servaient pour capturer les poissons et pour régler criminellement leurs querelles (4). .
De Tussac signala le premier l'emploi que faisaient les Mmdigènes, coutre les morsures des serpents, de la graine de Thevelia mâchée et appliquée, pendant une heure ou deux, sur la plaie préalablement scarifiée. Au bout de ce temps, il se formait des phlyctènes que l’on perçait pour retirer le venin qui les remplissaient. Vers la même époque, DxscourTiLz vante l'emploi de l'écorce comme fébriluge.
(1) L. PLANCHON. — Produits fournis à la Matière Médicale par la famille des Apocynacées. Th. agrég.. Paris, 1884, p. 111.
(2) R.-P. Duss. — Flore phanérogamique des Antilles. Ann. Inst. colonial, Marseille, 1896-97, IIT, p. 394.
(3) Catalogue du Salvador. Exposilion de 1889, Paris, groupe V,
(4) GARCIA DA ORTA, — Loc. cil,
it
La facilité avec laquelle le Thevetia neriifolia se reproduit dans les pays chauds, ainsi que l’élégance de son port et de ses fleurs comme ornement de jardin, lui valurent d'être introduit bientôt en Asie. De Canpozre (1) en 184% signale sa culture à Java. De là, il se répand dans toute la Malaisie et passe dans l'Inde où il est couramment cultivé aujourd'hui sous le nom d'Exile Oleander ou Yelow Oleander. D'après War (2), presque tous les jardins de la péninsule en possèdent quelques buissons.
Les populations indigènes lui ont donné divers noms ; dans l’Indoustan, on l'appelle Zard Kunèl, Pila Kanèr ; au Bengale, Kolkaphul : dans la province de Bombay, Pila Kanèr, pivala Kanèr ; enfin dans diverses régions, Pivala Kanhera, pilokorera, tiruvach-chi-pü, pachcha-arali (3).
Dans les îles de la Malaisie, on le désigne sous les noms de Gindjè (4) ou Ginjeh (5) qui appartiennent aussi au Cannabis saliva L.
Outre son emploi comme arbre d'ornement, le Thevetia neriifolia est utilisé dans l'Inde comme bois de menuiserie (6), et son latex, émulsionné dans du lait, est employé comme poison (7). L'écorce a été utilisée avec succès par Binre et SaorTr, comme fébrifuge (8).
En Malaisie, le Thevetia neriifolia entre dans la composition de poisons de flèches, en particulier de l'Ipoh (9). Gresnorr le cite parmi les quatre plantes les plus dangereuses de l’archipel Indo-Malais.
(1) A. DE CANDOLLE.— Prodromus.. Parisiis, 1844, VIII, p. 344.
(2) Warr, — Dictionnary of economic products of India. London, 1893, VI, p. 47.
(3) Dymock. — Vegetable materia of Western India. Bombay, 1883, p. 418. ‘
(4) K.HEYNE.— De Nuttige Planten van Nederlandsch-Indié. Batavia 1913-1917, IV, p. 80. ,
(5) Ficer. — Plantkundig Wodrdenbæk voor Nederlandsch-Indië. Amsterdam, 1888, p. 105.
(6) L. PLANGHON. — Loc. cit.
(7) KANNY LOLL DEY.— Pharmac, Journ., London, 1881, (3), 12, p. 397.
(8) E. J, WanRING. — Pharmacopæia of India. London, 1868, p.138,
7 Dr mn ee 4 F :
(9) Em. PErRor et E. Voc'r. — Poisons deflèche et poisons d’épreuve, Paris, 1912, p. 207,
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L'introduction en Afrique du Z'hevetia nertifolia parait récente. L. PLANGHoN ne le cite pas parmi les Apocynacées africaines ; le R. P. Séire (1) ne le mentionne pas parmi les plantes du Sénégal. En 1905, E. Poisson l'indique pour la première fois au Dahomey et détermina des échantillons botaniques que nous avons vu dans les collections du Muséum d'histoire naturelle de Paris. Le compte-rendu de la Mission Emile Laurenr (2) le donne comme cultivé à Eala et à Wombali, au Congo Belge. C'est dans cette même colonie que M. le Professeur Em. P Error le remarqua, en 1914, au
Jardin d'essai des Pères de la Mission de Kisantu. Vers la même époque, M. H. Pogéauix (3) le signale au Jardin d’essais de Camayenne, près de Konakry (Guinée) ct en recueille des graines qu'il put faire germer dans un jardin de La Varenne-St-Hilaire (près de Paris), mais le climat ne permit pas aux jeunes T’hepelia d'atteindre leur complet développcment.
Enfin, nous-même l'avons trouvé à Dakar où il est cultivé à la station d'essais de Hann, et très répandu dans les jardins publics et particuliers, comme espèce ornementale.
(1) A. SÉBIRE. — Plantes uliles du Sénégal. Paris, 1899.
(2). E. DE WILDEMAN. — Mission E. Laurent. Bruxelles, 1905-07, p. 536.
(3) H. PoBÉGuIN. — Essai sur la flore de la Guinéc française. Paris,