CHAPITRE IN
L'ARTÉRIO-XÉROSE ET SON INTERPRÉTATION
Nous venons de terminer l'énoncé des modifications qu'une analyse histologique minutieuse nous a permis de rencontrer dans l'examen de nos coupes d’artères de vieillards. Il ressort de cette description, que dans les différents types d'artères séniles, on rencontre ur ensemble de modifications dont les caractères communs autorisent la constitution d’un type histologique nettement défini; comme il est en outre facile de constater que, dans la constitution de ce type, il n'entre aucun des éléments ordinairement interprétés en anatomie pathologique comme représentant le reliquat d’un travail inflammatoire, nous pensons qu'il est rationnel de considérer ces modifications comme résultant d’un processus évolutionnel.
C'est à la démonstration de cette proposition que nous allons consacrer ce chapitre, et nous croyons bien faire en résumant rapidement les caractères histologiques que nous avons exposés en détail au chapitre précédent ; ils constituent la base indispensable de notre discussion.
HAEITS
Chez le sénile normal, nous avons caractérisé les artérioles : a par l'absence d'endartérite ; par la dissociation des éléments musculaires de la mésartére, au moyen de travées connectives amenant une délamination de cette couche ; c par un épaississement régulier de l'adventice.
Les artères du type musculaire sont caractérisées: « par un léger épaississement de l’endartère sans traces de pro— cessus inflammatoire ; bd dans la tunique moyenne, par un épaississement conjonctif sous la limitante interne, une raréfaction des fibres cellules avec augmentation de la trame connective qui les supporte normalement, et une condensation des lames élastiques vers la limitante externe avec diminution des fibres cellules ; c dans l'adventive, par une augmentation de l'élément connectif avec fragmenta— tion des lames élastiques.
L’aorte présente les modifications suivantes : 4 épaississement de l’endartère constant et régulier par l'apparition de formations connectives à prédominance cellulaire dans la portion supérieure et inférieure de la couche juxta-musculaire et fibrillaire dans la portion moyenne de cette même couche où elles constituent une ligne claire bien caractéristique ; à dans la tunique moyenne, fragmentation des lames élastiques et raréfaction des éléments musculaires par hyperplasie conjonctive ; c dans l’adveutice, tassement des éléments des faisceaux conjonctifs et modifications séni les des vaisseaux nourriciers.
En somme, si nous cherchons à synthétiser les différentes modifications que nous avons observées dans les diverses sortes d'artéres, nous voyons qu'on peut rapporter les diverses modalités de ce processus à un type unique défini par les trois caractères suivants :
1° Hypergénèse du tissu conjonctif, partout où il en existe normalement ;
pe
2° Conservation, maigré cette hyper yénèse, des rapports relatifs des divers éléments constitutifs de l'organe;
3° Absence de tout caractère inflammatoire, susceptible d'être invoqué pour expliquer cette hypergénèse.
Si en effet, on considère les coupes d’artérioles séniles normales que nous avons représentées dans les figures 2 et 3 pl. I, il est facile de voir que l’hypergénése conjonctive qui caractérise surtout ces coupes, ne présente aucun des signes propres aux formations conjonciives issues des processus inflammatoires, cellules jeunes, éléments migrateurs, noyaux embryonnaires nombreux, etc., le nombre des noyaux n est pas plus considérable que chez le jeune pour une surface conjonctive égale ; de plus, les noyaux sont aplatis ou triangulaires, allongés, en un mot, présentent tous les caractères de ceux des cellules conjonctives normales. Au point de vue purement histologique, on peut donc dire que l'hypergénése conjonctive est due à l'apport de nouveaux éléments conjonctifs parmi lesquels dominent surtout les éléments dérivés, fibres connectives principalement, car si on examine le tissu byperplasié à de forts grossissements, on voit que ce sont surtout les fibrilles connectives qui entrent pour la plus large part dans la constitution de l'hyperplasie. Ce type de tissu conjonctif sénile est réalisé au plus haut point dans la bande claire de l'aorte sénile.
Quel que soit d’ailleurs le vaisseau sénile considéré, artérioles, artères à type musculaire (fig. 4, PI IT) ou aorte (fig. 2. PL. Il), nous retrouvons partout dans le tissu conjonctif hyperplasié, ce caractère fondamental que nous venons d'analyser, l'absence de toute manifestation inflammatoire dans sa production, caractérisée par l'absence d'éléments emhryonnaires et la prédominance des éléments fibrillaires dans sa constitution histologique.
Ainsi dans l'artère à type musculaire représentée dans la
fig. 4, le tissu conjonctif hyperplasié est caractérisé dans la mésartère, par la prédominance des fines fibrilles connectivesinter-musculaires, et, dans la zone externe de cette même tunique, par la prédominance des lamelles élastiques, encore éléments dérivés du tissu conjonctif primordial ; dans la tunique externe, c'est encore l'élément fibreux qui domine, mais jamais, dans toutes ces productions hyperplastiques, il n'y a traces d'éléments jeunes, sceau d'un processus inflammatoire ou irritatif.
Dans l’endartére de l'aorte, il y a une hyperplasie conjonctive assez importante pour amener un léger épaississement général de toute la tunique, mais si nous cherchons à analyser les éléments qui entrent dans la constitution de ces néoformations conjonctives, nous voyons de suite que la prédominance est acquise aux formations fibreuses ; ce sont les fibres connectives qui, prédominant dans la zone moyenne de la couche juxta-musculaire, forment cette bande claire si caractéristique de l’endartère des vieux séniles non pathologiques, bande dans laquelle en effet, les plus forts grossissements décélent uniquement la présence de fines fibrilles connectives entrecroisées. Ces mêmes fibrilles ont amené l’hypertrophie des deux autres zones de la même tunique, mais là, leur prédominance n’est pas telle, qu’elles aient fait disparaître les autres éléments histologi ques, comme dans la bande claire médiane ; 1] reste en effet, surtout dans la zone supérieure, quelques éléments museuloïdes, fortement comprimés, ainsi que des cellules connectives que leurs noyaux rendent bien visibles; demême, dans la zone inférieure, quelques cellules connectives se voient encore au milieu du tissu fibrillaire, mais les éléments musculoïdes semblent déjà avoir complètement disparu.
Dans la tunique moyenne du même vaisseau, l'hyperplasie connective qui a envahi les espaces interlamellaires,