ANATOMIE PATHOLOGIQUE
Pour les lésions, comme pourles symptômes, larthrite à pneumocoques participe beaucoup de larthrite infectieuse commune; toutefois, nous aurons, dans ce chapitre, à noter quelques particularités qui semblent la différencier dans une certaine mesure.
Pour ce qui estdu siège, nous l'avons dit, ces arthrites sont assez souvent isolées. Ce n’est que dans des cireonstances particulières que sont observées des localisations multiples, et nous avons déjà trouvé l'explication de ce fait dans l'influence des causes prédisposantes. Ce sont alors, en général, des articulations qu'une atteinte antérieure a mises en état de réceplivité microbienne, ou bien, c'est un organisme déchu qui, souvent, après avoir fait des pneumococcies pluri-articulaires, succombera à l'infection généralisée. On peut donc dire, pensons-nous, que, dans les cas ordinaires d'arthrite mélapneumonique, par exemple, le diplocoque se localisera en une seule jointure. EL alors, ce sont les articulations très mobiles ou les articulations très superficielles où ira se cantonner le germe; les premières présentent une particulière prédisposition de par Paclivité de leur fonctionnement, et l'on
relève une prédilection pour la hanche, puis pour le poi-
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gnet, le cou-de-pied,le genou, les articulations des doigts. Quant aux jointures superficielles, elles sont, de par leur situation, plus exposées aux traumatismes, el nous avons surtout en vue ei Particulalion sterno-claviculaire, au sujet de laquelle nous avons plusieurs fois relevé l'infecion pneumocoecique. Nous ne connaissons pas d'exemple d'arthrite prneumococcique dans les arliculations des os du carpe ou du tarse, des vertèbres, du larynx, où on à noté les arthrites blennorrhagique, rhumatismale, streptococcique et d’autres. Ces faits semblent bien prouver combien est importante la prédisposition dans Parthropathie que nous étudions.
En principe, l'arthrite à pneumocoques peut revêtir l'une des trois formes, séreuse, pseudo-membraneuse, purulente, que peuvent affecter les arthrites aiguës. En fait, la forme pseudo-membraneuse ne se voit que dans des cas exceptionnels, et si on peut la décrire comme un des stades de cette affection, les choses n’en restent pas là, etil est bien rare d'observer ici la persistance, Porganisation etenfin la transformation fibreuse de ces fausses membranes, qui estle principal danger des arthrites à gonocoques.
La forme séreuse est un peuplus fréquente. C'est alors une articulation remplie par un hquide clair, limpide, tenant en suspension des cellules épithéliales qui proviennent de la synoviale, quelques globules blancs sortis des vaisseaux. L'inflammation de la synoviale se traduit par l’'épaississement de cette séreuse, qui forme, sur le pourtour des surfaces articulaires, un bourrelet comparable au chémosis entourant la cornée; elle se traduit encore par lhypertrophie des franges synoviales flottant dans le liquide. Cette forme séreuse estrare dans Paffection pneu-
mococecique des articulations; elle est plutôt l'apanage de la syphilis ou de larthrite rhumatismale.
La forme la plus fréquente est incontestablement larthrile purulente. Elle pourrait, à la vérité, succéder à l’une des deux variétés précédentes, mais la clinique montre que cesfaits sontrares et qu'elle apparaît toujours ou presque toujours d'emblée. La cavité articulaire est distendue par un pus ordinairement épais,jaune verdâtre, d'autres fois, couleur chocolat, comme dans un cas de Griffon, souvent fétide et pouvant atteindre de notables proportions. Ce sont là les caractères du pus qui remplissait l'articulation coxo fémorale de notre petit malade.
L'examen microscopique v révèle le pneumocoque, très souvent seul, quelquefois associé, qu'il n’est pas toujours facile de reconnaitre à cause des altérations qu'il peut avoir subies dans sa forme.
Il est des cas où la recherche de l'agent est restée infructueuse; bien que l’origine parapneumonique ou métapneumonique de l’arthrite ne laissàt guère de doutes sur son origine microbienne. C'est que le pneumocoque, dont la vitalité est assez restreinte, avait disparu ou ne persis- Lait que dans la paroi de la synoviale transformée en membrane pyogénique. Cette propriété du pneumocoque à même permis de dire qu'il fallait penser au pneumocoque lorsque, avec un pus stérile, la marche de l'affection permettait d'éliminer le bacille de Koch.
Lasynoviale présente iei lépaississementque nous avons déerit à propos de la forme séreuse ; elle est recouverte de fausses membranes comme dans la forme pseudomembraneuse. Elle peut être distendue el perforée par l'accumulation du pus qui va fuser dans les interstices
musculaires voisins. Les cartilages sont souvent intacts.
ÉSREfT
Mais, quand le microbe possède une suffisante virulence,
il réagit suivant son processus habituel. On y observe d'abord cette altération de structure que l’on a désignée sous le nom d’ «altération velvélique de Redfern ». C'est une prolifération de cellules carlilagineuses dont les capsules agrandies s'ouvrentles unes dans les autres formant ainsi des boyaux sensiblement parallèles entre eux et perpendiculaires à la surface des cartilages. [l'en résulte une série de villosités dont la juxtaposition donne au cartilage une vague ressemblance avec du velours. Tout peut se borner là, comme chez le malade de Dieulafoy (Presse médicale, 11 nov. 1899), mais laltération velvétique n'est souvent que le premier stade d'une destruction qui uleère ça et là le revêtement cartilagineux, ainsi qu'ilest signalé dans l'observation précitée de Griffon (Presse médicale, 1896, p. CLVID), et peut aboutir à la dénudation complète de la tête articulaire. Le tissu osseux peut done présenter des lésions destructives plus ou moins étendues quand une fois aura été franchie la barrière cartilagineuse et que se sera effectuée cette sorte de trépanation spontanée qui, cette fois, chemine de la cavité articulaire vers la tête osseuse. Mais il est probable que, dans la plupart des cas où ont été signalées des destructions osseuses, il S’agissait d’ostéite concomitante ou même primitive, ainsi qu'on l’observe fréquemment à lorigine des arthrites tuberculeuses. L'ostéile pneumococcique est considérée aujourd’hui comme une entité morbide suffisamment caractérisée, surtout depuis les travaux de Lannelongue et Achard, pour donner quelque crédit à cette hypothèse. Mais l’on sait aussi que lostéite, dans les cas où on l’observe, ne tarde guère d'ordinaire à s'accompagner d’une
inflammation ou plutôt d'une infection articulaire de voi-